Philosophie · Notion 11

La raison

I. Introduction et définition de la notion

La raison est la capacité de former des jugements, de relier des propositions par des arguments et d’examiner les raisons de croire ou d’agir. Elle ne consiste pas seulement à calculer : elle permet aussi de définir un problème, de comparer des interprétations et de soumettre une affirmation à la discussion. Posséder la faculté de raisonner ne garantit donc pas la vérité ; une raison peut être mal informée, incohérente ou utilisée pour défendre une conclusion déjà choisie.

La philosophie distingue traditionnellement la raison théorique, orientée vers la connaissance, et la raison pratique, qui concerne l’action. Elles restent liées : décider suppose des informations, tandis que produire une connaissance implique des choix de méthode et des normes de preuve. Le problème est donc de déterminer ce que la raison peut établir, quelles conditions rendent ses conclusions valables et comment elle peut reconnaître ses propres limites.

Un vocabulaire pour distinguer les opérations rationnelles

Dans ce cours, le terme « Rationalité » désigne un caractère d’une démarche qui respecte certaines exigences de cohérence, de justification et d’adaptation à son objet. Ces exigences varient selon qu’il s’agit d’une démonstration, d’une enquête ou d’une décision.

Dans ce cours, le terme « Raisonnable » renvoie à une réalité définie de la manière suivante : qualifie un jugement ou une conduite qui tient compte des circonstances, des conséquences et de raisons pouvant être discutées. Le raisonnable ne se réduit pas à l’optimisation exacte d’un calcul.

Dans ce cours, le terme « Entendement » renvoie à une réalité définie de la manière suivante : faculté de comprendre au moyen de concepts et de règles. Chez Kant, il organise l’expérience, tandis que la raison recherche une unité plus générale et les conditions des connaissances.

Dans ce cours, le terme « Déduction » renvoie à une réalité définie de la manière suivante : inférence dont la conclusion découle nécessairement des prémisses lorsque sa forme est valide. La validité ne suffit pas à rendre la conclusion vraie si les prémisses sont fausses.

Dans ce cours, le terme « Induction » désigne une démarche qui étend à des cas non observés une régularité repérée dans des cas observés. Elle peut soutenir une attente raisonnable sans posséder la nécessité d’une déduction.

Dans ce cours, le terme « Intuition » désigne une saisie immédiate d’un objet ou d’un contenu, par opposition à un raisonnement qui passe par plusieurs étapes. Son sens dépend des doctrines et ne se confond pas toujours avec un pressentiment.

Dans ce cours, le terme « Rationalisme » désigne un ensemble de positions qui attribuent à la raison un rôle déterminant dans la connaissance, parfois indépendant de l’expérience. Il ne signifie pas nécessairement que toute observation serait inutile.

Dans ce cours, le terme « Empirisme » renvoie à une réalité définie de la manière suivante : orientation qui fait de l’expérience une source essentielle des contenus de la connaissance. Elle n’exclut pas le raisonnement, mais interroge les prétentions d’une pensée qui s’en affranchirait entièrement.

Dans ce cours, le terme « Dogmatisme » désigne une affirmation de principes tenus pour certains sans examen suffisant de leur fondement ou de leur domaine de validité. Il peut concerner une doctrine savante autant qu’une opinion commune.

Dans ce cours, le terme « Critique » renvoie à une réalité définie de la manière suivante : recherche des conditions, de la portée et des limites d’une affirmation ou d’une faculté. Elle ne consiste pas simplement à rejeter, mais à déterminer ce qui peut être légitimement soutenu.

Ces opérations sont complémentaires. L’enquête rassemble des observations, les concepts permettent de les organiser, et les inférences conduisent à des conclusions qui restent soumises à des vérifications appropriées. Une raison exigeante distingue ces niveaux au lieu d’appliquer partout un seul modèle de preuve.

II.Développement

1. Les exigences d’un raisonnement justifié

La cohérence et la vérité des prémisses

Un raisonnement peut être correctement construit tout en conduisant à une conclusion fausse. Si l’on affirme que tous les métaux flottent et que le fer est un métal, la conclusion selon laquelle le fer flotte suit de ces prémisses ; c’est la première prémisse qui est erronée. La logique évalue le lien entre propositions. La recherche de vérité exige aussi d’examiner ce que ces propositions affirment du monde.

Inversement, une conclusion exacte peut être obtenue par un raisonnement défectueux. Deux personnes peuvent parvenir au même résultat, l’une par une méthode justifiée, l’autre par hasard. Cette différence explique pourquoi connaître ne consiste pas seulement à énoncer une réponse correcte. Il faut comprendre ce qui autorise à l’affirmer et si la démarche demeure fiable dans d’autres cas.

L’exigence de non-contradiction joue un rôle essentiel : une proposition et sa négation ne peuvent être simultanément vraies sous le même rapport et dans les mêmes conditions. La précision des conditions évite de fabriquer de fausses contradictions. Une décision peut être avantageuse à court terme et nuisible à long terme ; ces deux jugements ne portent pas exactement sur le même aspect.

La discussion des raisons

Un argument devient partageable lorsqu’un interlocuteur peut en comprendre les étapes et en discuter les prémisses. L’accord obtenu par intimidation, prestige ou répétition n’a pas la même valeur qu’un accord fondé sur des raisons examinables. La rationalité ne dépend donc pas seulement d’une faculté individuelle ; elle suppose un espace de discussion où l’objection peut être formulée sans être disqualifiée par avance.

Cela ne rend pas tous les arguments équivalents. La discussion peut montrer qu’une preuve est insuffisante, qu’un exemple n’est pas représentatif ou qu’une conclusion dépasse ses prémisses. Le désaccord rationnel demande une attention aux critères pertinents. Une préférence personnelle se décrit autrement qu’une relation mathématique, et une interprétation historique s’évalue à partir de traces, de contextes et d’hypothèses explicites.

2. La raison et l’expérience dans la connaissance

Ce que les sens donnent et ce qu’ils ne donnent pas seuls

L’expérience renseigne sur ce qui se produit dans des conditions particulières. Elle ne livre pas automatiquement la règle générale qui explique les observations. Pour reconnaître une variation de température, il faut déjà distinguer des grandeurs, utiliser une mesure et comparer des situations. L’opposition entre faits bruts et pensée pure masque ainsi le travail conceptuel présent dans l’observation.

La raison ne peut pourtant déduire toutes les propriétés du monde à partir de définitions. Savoir ce qu’est un triangle ne permet pas d’établir combien d’objets triangulaires se trouvent dans une pièce. Une nécessité conceptuelle et un fait d’existence n’exigent pas la même justification. Les démarches rationalistes et empiristes se séparent notamment sur l’origine et la portée des principes que l’on ne paraît pas tirer d’observations particulières.

La généralisation et le problème de l’induction

De nombreuses attentes reposent sur la répétition : un instrument a fonctionné dans certaines conditions, et l’on prévoit qu’il fonctionnera encore. L’expérience antérieure fournit une raison d’attendre cette continuité. Mais la proposition selon laquelle une régularité se prolongera n’est pas contenue logiquement dans la liste des cas déjà observés.

Pour justifier cette extension, invoquer le fait que les généralisations ont souvent réussi utilise à nouveau une généralisation. Hume souligne cette difficulté dans l’Enquête sur l’entendement humain de 1748. Elle ne conduit pas à abandonner toute prévision ; elle oblige à distinguer la certitude démonstrative d’un degré de confiance fondé sur des observations, des mécanismes connus et des contrôles possibles. La raison peut organiser l’incertitude sans prétendre la supprimer.

3. La rationalité de l’action et ses limites

Le choix des moyens et la discussion des fins

Un calcul efficace recherche les moyens adaptés à un objectif. Pour transporter un objet, on compare le temps, les ressources et les contraintes. Cette rationalité instrumentale ne dit pas à elle seule si le transport est utile ou juste. Une organisation peut utiliser des moyens cohérents pour une fin destructrice. L’efficacité constitue donc un critère partiel d’évaluation.

Une conception plus large de la raison pratique porte sur les fins elles-mêmes. Elle demande si elles sont compatibles, si elles respectent les personnes et si elles peuvent être justifiées auprès de ceux qu’elles concernent. Certains conflits de valeurs ne se résolvent pas par une mesure commune : renforcer la sécurité peut limiter une liberté, tandis que protéger une liberté peut accroître un risque. Décider exige alors d’expliciter les priorités, les coûts acceptables et les raisons de les retenir.

Dans cette situation, le jugement raisonnable n’est pas un raisonnement moins exigeant qu’un calcul. Il prend en charge ce que le calcul laisse ouvert : l’interprétation du contexte, le choix des critères et la possibilité d’une exception. Sa rigueur tient à l’explicitation de ces choix plutôt qu’à l’apparence d’une exactitude numérique.

Les émotions et les désirs

Les émotions peuvent troubler le jugement lorsqu’elles font surestimer une menace ou négliger une information. Elles peuvent aussi attirer l’attention sur une injustice, une perte ou un besoin. Une indignation ne prouve pas qu’un acte est injuste ; elle peut néanmoins ouvrir une enquête sur ce qui l’a provoquée.

Raison et affectivité ne forment donc pas deux ensembles toujours séparés. Délibérer suppose souvent de tenir à quelque chose : éviter une souffrance, respecter un engagement ou poursuivre une connaissance. La question porte sur la manière dont ces attachements peuvent être compris, révisés et confrontés à d’autres raisons. Une maîtrise rationnelle de soi ne se confond pas avec l’absence de tout désir, car un sujet entièrement indifférent manquerait aussi de motifs pour agir.

4. Une faculté universelle qui doit examiner ses usages

L’universalité sans uniformité

Revendiquer l’universalité de la raison signifie que la validité d’un argument ne dépend pas simplement de l’identité de celui qui le formule. Une objection pertinente demeure pertinente lorsqu’elle vient d’un adversaire. Cette exigence soutient la possibilité d’une discussion entre personnes ayant des traditions et des intérêts différents.

Elle ne permet pas de considérer d’emblée une culture particulière comme l’unique expression de la rationalité. Les questions posées, les catégories et les informations accessibles dépendent d’une histoire. Reconnaître ces conditions peut améliorer l’examen des arguments. En revanche, conclure que toute justification est enfermée dans une culture rendrait difficile la critique d’une pratique, y compris à partir de la voix de ses membres qui la contestent.

La différence entre universalité revendiquée et universalité justifiée est donc décisive. Une institution peut présenter comme neutre une règle qui privilégie certains intérêts. L’exigence rationnelle demande d’examiner les effets de cette règle et de permettre aux personnes concernées de discuter la représentation de leurs besoins.

La connaissance des limites et la critique du scientisme

La raison recherche les causes et les fondements. Cette recherche peut la conduire à des questions que l’expérience ne suffit pas à trancher : l’origine ultime du monde, la réalité d’une liberté ou l’existence de Dieu. Selon Kant, une difficulté apparaît lorsqu’elle traite ces objets comme s’ils étaient connaissables de la même manière que les phénomènes.

Déterminer une limite ne consiste pas à prouver l’inexistence de ce qui se trouve au-delà. Ne pas disposer d’une démonstration théorique n’équivaut pas à posséder une réfutation. La critique rationnelle distingue ce qui est connu, ce qui peut être pensé et ce qui fait l’objet d’une croyance. Elle évite aussi bien la prétention à tout démontrer que la conclusion selon laquelle toute opinion aurait la même valeur.

Le scientisme étend aux autres domaines l’autorité des sciences, jusqu’à leur demander de fixer seules les fins de l’existence. Connaître les effets probables d’une politique ne suffit pourtant pas à déterminer la répartition acceptable de ses coûts. Les sciences éclairent le jugement ; le passage à une décision demande une délibération supplémentaire sur les valeurs, les priorités et les personnes concernées.

III. Étude et analyse des auteurs

Descartes et la conduite méthodique du jugement

Le Discours de la méthode de 1637 part d’un constat : des personnes disposant de la capacité de juger aboutissent à des opinions différentes. Descartes rapporte cette diversité aux chemins suivis par la pensée. Le problème ne consiste pas seulement à posséder la raison, mais à la conduire avec ordre.

La deuxième partie présente quatre préceptes : n’admettre que ce qui se présente avec une évidence suffisante, diviser les difficultés, progresser des éléments les plus simples vers les plus complexes et procéder à des dénombrements permettant de limiter les omissions. La division n’est pas une dispersion : elle prépare une reconstruction dont chaque étape doit pouvoir être comprise. Le contrôle final vérifie que les éléments nécessaires ont été pris en compte.

Le modèle des mathématiques inspire cette recherche d’ordre. Une conclusion difficile peut être établie si elle s’inscrit dans une succession d’inférences accessibles. Descartes veut soustraire le jugement à la précipitation et aux préjugés. L’autorité d’une tradition ne suffit pas, mais le simple rejet de toute autorité ne constitue pas non plus une méthode.

La difficulté tient au critère d’évidence : une impression de clarté peut être trompeuse, et toutes les enquêtes ne se laissent pas décomposer comme un problème géométrique. La portée de la méthode cartésienne réside néanmoins dans l’exigence d’un contrôle du cheminement intellectuel. Une conviction doit pouvoir répondre de la manière dont elle a été formée.

Hume et les limites du raisonnement causal

Les sections IV et V de l’Enquête sur l’entendement humain distinguent les relations entre idées et les questions de fait. Nier une relation mathématique démontrée produit une contradiction ; concevoir qu’un événement habituel ne se produise pas demain n’en produit pas nécessairement. Hume examine ainsi ce qui fonde nos attentes à propos du monde.

La relation de causalité permet de dépasser ce qui est immédiatement présent. Une trace conduit à supposer un événement passé ; un effet attendu conduit à prévoir une suite. Mais la perception d’un phénomène isolé ne révèle pas, par elle-même, tous ses effets possibles. L’expérience de conjonctions répétées joue un rôle indispensable.

Lorsque des phénomènes semblables se succèdent régulièrement, l’esprit acquiert une disposition à attendre le second à partir du premier. Hume explique cette transition par l’habitude. Il ne prétend pas qu’elle résulte d’un choix arbitraire ni qu’elle serait inutile. Il montre que sa nécessité psychologique ne doit pas être confondue avec la nécessité logique d’une démonstration.

Une objection consiste à demander si des théories probabilistes ou des explications des mécanismes ne peuvent fournir une justification plus forte de certaines prévisions. Elles enrichissent effectivement les raisons disponibles, sans faire disparaître toute question sur leurs propres présupposés. Hume déplace ainsi l’ambition rationnelle : comprendre les opérations effectives de l’esprit devient une condition de l’évaluation de ses prétentions.

Kant et la raison soumise à sa propre critique

Publiée en 1781 puis remaniée en 1787, la Critique de la raison pure cherche à expliquer comment une connaissance objective est possible et pourquoi la métaphysique rencontre des conflits persistants. Kant distingue la sensibilité, par laquelle des objets nous sont donnés, et l’entendement, qui les pense au moyen de concepts.

L’expérience ne constitue pas une simple réception désordonnée de sensations. Elle suppose des formes et des règles qui rendent possibles l’identification d’objets et l’enchaînement des événements. Cependant, des concepts privés de tout contenu sensible ne fournissent pas, à eux seuls, une connaissance d’objets. Cette complémentarité limite aussi bien un empirisme sans organisation conceptuelle qu’un rationalisme prétendant connaître par purs concepts.

La raison pousse plus loin la recherche des conditions : elle veut comprendre l’ensemble auquel appartiennent les connaissances particulières. Elle peut alors chercher une totalité achevée là où l’expérience ne donne que des phénomènes déterminés. Les antinomies, notamment à propos du commencement du monde, manifestent les difficultés produites par cet usage qui dépasse le domaine de l’expérience possible.

La critique ne condamne pas toute pensée métaphysique. Elle distingue l’usage constitutif, qui prétend connaître un objet au-delà de l’expérience possible, et l’usage régulateur, qui oriente la recherche d’unité sans fournir une connaissance de cet objet. On peut discuter les catégories kantiennes ; son apport demeure l’idée qu’une défense rigoureuse de la raison commence par la détermination de ses conditions de validité.

Pascal et la pluralité des formes de compréhension

Mathématicien, physicien et penseur chrétien du XVIIe siècle, Pascal étudie les pouvoirs du raisonnement sans en faire une faculté capable de tout établir de la même manière. Les Pensées, publiées après sa mort à partir de 1670, distinguent notamment l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse.

Le premier procède à partir de principes explicitement saisis et suit leurs conséquences. Le second intervient lorsque les éléments pertinents sont nombreux, délicats et difficiles à isoler complètement. Comprendre une situation humaine exige souvent de percevoir ensemble des indices que l’on ne peut réduire immédiatement à quelques propositions. La finesse n’autorise pourtant ni l’arbitraire ni le refus de toute justification : elle nomme une difficulté propre à certains objets.

Pascal distingue aussi le raisonnement démonstratif et la saisie première de principes qu’il attribue au cœur. Ce dernier terme ne désigne pas seulement l’émotion. Il renvoie à un mode de connaissance immédiate sans lequel la démonstration ne pourrait commencer, puisqu’elle ne démontre pas indéfiniment ses propres points de départ.

Dans l’ensemble des Pensées, cette limitation ouvre également sur une réflexion religieuse. Il faut distinguer la description des opérations intellectuelles de l’interprétation chrétienne que Pascal leur donne. On peut admettre que toute connaissance ne soit pas déductive sans accepter ses conclusions théologiques. Sa réflexion invite à adapter la rigueur à l’objet étudié, plutôt qu’à réduire la raison à une seule forme de démonstration.

Lexique

Raison théorique — La raison théorique concerne la recherche de connaissances justifiées : elle examine les propositions, leurs preuves et les relations logiques entre elles. Elle ne consiste pas simplement à posséder des informations, mais à pouvoir expliquer pourquoi une affirmation mérite d’être tenue pour vraie.

Raison pratique — La raison pratique intervient dans la délibération sur ce qu’il convient de faire. Elle évalue des motifs, des fins et des obligations ; chez Kant, elle peut également formuler des exigences morales qui ne dépendent pas seulement de l’intérêt ou du désir individuel.

Rationalité — La rationalité caractérise une pensée ou une conduite conforme à des exigences pertinentes de cohérence et de justification. Sa forme dépend du problème traité : la démonstration mathématique, l’interprétation d’un témoignage et la décision collective ne mobilisent pas exactement les mêmes critères.

Raisonnable — Est raisonnable une conduite qui tient compte des circonstances, des intérêts d’autrui et des motifs susceptibles d’être discutés publiquement. Le raisonnable ne se réduit pas à la conformité formelle à une règle de logique ni au calcul du gain individuel maximal.

Entendement — L’entendement est la faculté de comprendre et de juger au moyen de concepts. Dans la philosophie de Kant, il organise les données de l’expérience selon des catégories, tandis que la raison cherche des principes d’unité plus généraux et interroge l’inconditionné.

Argument — Un argument est un ensemble de propositions dont certaines, appelées prémisses, sont avancées pour justifier une conclusion. Sa qualité dépend à la fois de la solidité des prémisses et de la manière dont la conclusion en découle ; persuader n’équivaut pas toujours à démontrer.

Déduction — La déduction est un raisonnement dans lequel la conclusion résulte nécessairement des prémisses si la forme logique est valide. Cette nécessité est conditionnelle : un raisonnement déductif correctement construit peut aboutir à une conclusion fausse lorsque ses prémisses sont elles-mêmes fausses.

Induction — L’induction consiste à tirer d’observations particulières une généralisation ou une prévision concernant des cas non encore observés. Elle intervient dans de nombreuses enquêtes empiriques, mais ne garantit pas logiquement que ce qui a été constaté se reproduira toujours.

Intuition — L’intuition désigne une saisie immédiate, sans déroulement explicite d’un raisonnement par étapes. Elle peut correspondre, selon les auteurs, à une perception sensible ou à une appréhension intellectuelle ; elle ne doit pas être assimilée systématiquement à un pressentiment irrationnel.

Rationalisme — Le rationalisme accorde à la raison un rôle essentiel dans la constitution et la justification des connaissances. Certaines de ses formes reconnaissent des principes accessibles indépendamment de l’expérience, sans affirmer pour autant que l’observation du monde serait inutile à toute connaissance.

Empirisme — L’empirisme souligne le rôle fondamental de l’expérience sensible dans l’origine et la justification des connaissances. Il se distingue du rationalisme par la place qu’il attribue aux données empiriques, mais ne revient pas à interdire les raisonnements abstraits ou les constructions théoriques.

Principe de non-contradiction — Le principe de non-contradiction interdit d’affirmer et de nier simultanément la même chose, sous le même rapport. Il constitue une exigence centrale de la logique classique : deux propositions contradictoires ne peuvent y être toutes deux vraies dans les mêmes conditions.

Rationalité instrumentale — La rationalité instrumentale consiste à choisir efficacement des moyens en fonction d’une fin préalablement fixée. Elle peut déterminer comment atteindre un objectif, sans établir à elle seule si cet objectif est juste ou souhaitable ; cette limite ouvre une interrogation morale.

Dogmatisme — Le dogmatisme est une attitude consistant à tenir certaines affirmations pour définitivement assurées sans soumettre suffisamment leurs fondements à l’examen. Il ne se confond pas avec toute conviction ferme : une thèse peut être fortement soutenue tout en restant ouverte à la critique.

Critique — La critique est l’examen raisonné des fondements, des conditions de validité et des limites d’une proposition ou d’une faculté. Chez Kant, critiquer la raison consiste notamment à déterminer ce qu’elle peut connaître légitimement, non à récuser globalement sa capacité de connaître.