Lexique
Technè — La technè, dans la pensée grecque, désigne un savoir-faire organisé permettant de produire un résultat selon des règles et des compétences apprises. Elle peut inclure des activités aujourd’hui distinguées comme artistiques ou artisanales ; elle ne correspond donc pas exactement au sens moderne de technologie.
Savoir-faire — Le savoir-faire est une compétence pratique acquise par l’apprentissage et l’exercice d’une activité. Il permet d’adapter un geste à des circonstances variables et ne se laisse pas toujours traduire en instructions explicites ; il ne se réduit pas à la répétition mécanique.
Outil — Un outil est un objet employé pour faciliter, prolonger ou transformer une action humaine. Sa forme rend certaines opérations possibles ou plus précises, mais son efficacité dépend aussi des gestes appris, du contexte d’usage et des objectifs poursuivis.
Machine — Une machine est un dispositif composé d’éléments coordonnés qui exécutent certaines opérations grâce à une source d’énergie ou à un mécanisme organisé. Elle peut prendre en charge des gestes auparavant humains sans supprimer nécessairement les activités de conception, de surveillance ou d’entretien.
Technologie — La technologie désigne soit l’étude organisée des procédés techniques, soit, dans l’usage contemporain, un ensemble de moyens et de dispositifs associés à une activité. Il convient de préciser le sens retenu, car toute technique ne repose pas sur un appareil complexe ou récent.
Efficacité — L’efficacité est la capacité d’un moyen ou d’une action à atteindre un résultat déterminé. Elle constitue un critère central de la technique, sans suffire à évaluer le but lui-même : un procédé efficace peut être coûteux, injuste ou dangereux.
Progrès technique — Le progrès technique correspond à l’amélioration de procédés, d’outils ou d’organisations qui accroît certaines possibilités d’action. Il ne se confond pas automatiquement avec un progrès humain global, puisque ses bénéfices peuvent être inégalement répartis ou accompagnés de dommages.
Innovation — L’innovation est l’introduction effective d’un procédé, d’un objet ou d’une méthode dans les usages et les organisations. Elle se distingue de l’invention, qui désigne sa conception initiale : une invention peut ne jamais être adoptée, tandis qu’une innovation suppose une diffusion ou une application.
Automatisation — L’automatisation consiste à confier à des dispositifs des opérations auparavant effectuées ou contrôlées directement par des personnes. Elle peut réduire certaines tâches répétitives tout en créant de nouvelles activités de programmation, de maintenance et de contrôle, et transformer la répartition des responsabilités.
Système technique — Un système technique est un ensemble interdépendant d’outils, d’infrastructures, d’énergies et de compétences qui rendent possibles certaines pratiques. L’usage d’un téléphone, par exemple, dépend de réseaux, de ressources matérielles et d’organisations qui dépassent largement l’appareil lui-même.
Concrétisation — Chez Gilbert Simondon, la concrétisation désigne le développement d’un objet technique dont les différentes fonctions deviennent plus intégrées et compatibles. Elle n’est pas simplement le passage d’une idée abstraite à un objet matériel, mais une transformation de son organisation interne.
Rationalité instrumentale — La rationalité instrumentale consiste à choisir les moyens les plus appropriés à une fin fixée. Elle rend l’action technique efficace, mais demeure insuffisante pour déterminer si la fin poursuivie doit être acceptée ; cette décision appelle également un jugement éthique ou politique.
Aliénation technique — L’aliénation technique désigne une situation dans laquelle les dispositifs ou les organisations créés par les humains paraissent échapper à leur maîtrise et orientent leurs conduites. Elle n’est pas inhérente à tout outil : elle dépend aussi des conditions sociales de son développement et de son usage.
Principe de responsabilité — Le principe de responsabilité exige d’évaluer les conséquences possibles de nos actions, notamment lorsque leurs effets techniques s’étendent à de nombreuses personnes ou générations. Hans Jonas insiste sur les risques nouveaux liés à la puissance des technologies modernes et à leurs effets durables.
Technoscience — La technoscience désigne l’imbrication croissante des connaissances scientifiques et des moyens techniques dans la recherche et la transformation du monde. Elle souligne que la science utilise des instruments sophistiqués et que les innovations techniques peuvent, en retour, ouvrir de nouveaux objets de connaissance.