Le sujet
Vous montrerez que la structure socioprofessionnelle a évolué en France depuis la seconde moitié du XXe siècle.
Dossier documentaire à consulter : 7-9 du sujet de référence
Sources externes :dossier officiel
1. Comprendre la consigne
La structure socioprofessionnelle correspond à la répartition de la population en emploi selon les groupes socioprofessionnels. Le verbe « montrer » invite d’abord à caractériser les changements observés depuis la seconde moitié du XXe siècle : salarisation, tertiarisation, élévation des qualifications et féminisation. Il faut décrire les évolutions, puis expliquer brièvement leurs mécanismes, sans transformer le devoir en une étude exclusivement causale.
2. Exploiter les documents officiels
Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.
Document 1 (p. 7). En 1982, les cadres et professions intellectuelles supérieures représentent 7,8 % des emplois, contre 19,3 % en 2019 ; les professions intermédiaires passent de 19,5 % à 25,6 %. Les agriculteurs exploitants reculent de 7,1 % à 1,5 %. En additionnant ouvriers qualifiés et non qualifiés, on passe de 30,3 % à 19,7 %. Les effectifs des femmes en emploi progressent de 9,243 à 13,184 millions.
Document 2 (p. 8). Le graphique d’INSEE sur l’emploi salarié par secteur montre la progression des services entre 1989 et 2019 : le tertiaire marchand passe approximativement de 8,2 à 12,5 millions d’emplois et le tertiaire non marchand d’environ 6 à 8 millions. L’emploi industriel diminue d’environ 4,6 à 3,1 millions. Les valeurs sont des lectures arrondies du graphique.
Document 3 (p. 9). Margaret Maruani souligne l’interdépendance entre salarisation, tertiarisation et hausse de l’activité féminine depuis les années 1960. Le texte précise que les femmes n’ont pas seulement accompagné la transformation des emplois : leur entrée massive dans l’emploi déclaré a contribué à la produire.
3. Plan détaillé proposé
I. L’emploi est devenu davantage salarié et tertiaire
- La salarisation désigne la hausse de la part des salariés dans l’emploi au détriment relatif des indépendants ; elle accompagne le recul de l’emploi agricole et l’essor des organisations productives. Appui : documents 1 et 3.
- La tertiarisation correspond à la progression de la part des services dans l’emploi. Décrire la hausse des emplois du tertiaire marchand et non marchand et le recul industriel relatif ; document 2.
II. La hiérarchie des qualifications et la répartition des professions se sont transformées
- Hausse des cadres et professions intermédiaires, recul des agriculteurs et de la part des ouvriers ; effectuer les différences en points de pourcentage à partir du document 1.
- Relier l’évolution à l’élévation générale du niveau de diplôme et à la croissance des emplois qualifiés, en rappelant la persistance d’emplois peu qualifiés.
III. L’emploi s’est féminisé et cette évolution se combine avec les précédentes
- La part et les effectifs des femmes en emploi ont augmenté, malgré de fortes différences selon les métiers et les postes occupés ; document 1.
- Souligner avec Maruani (document 3) l’interaction entre développement des services, emploi salarié et travail rémunéré des femmes ; ne pas confondre « féminisation de l’emploi » et apparition du travail féminin.
4. Correction entièrement rédigée
La structure socioprofessionnelle désigne la manière dont les personnes en emploi se répartissent entre les différentes professions et catégories socioprofessionnelles. Elle reflète l’organisation de la production, les qualifications et les formes d’emploi caractéristiques d’une société. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la France a connu de profondes transformations économiques et sociales qui ont modifié cette répartition : l’emploi s’est fortement salarié et tertiarisé, les postes qualifiés ont progressé et la présence des femmes dans l’emploi déclaré a augmenté.
La salarisation constitue une première évolution majeure. Elle correspond à la hausse de la proportion des personnes qui travaillent sous l’autorité d’un employeur en échange d’une rémunération. Au cours du XXe siècle, le déclin du monde agricole traditionnel et la croissance des entreprises et des administrations ont réduit la part des emplois indépendants. Dans le document 1, les agriculteurs exploitants représentent 7,1 % des personnes en emploi en 1982, contre 1,5 % en 2019, soit une baisse de 5,6 points de pourcentage. Cette diminution de leur poids relatif illustre le passage d’une économie comprenant de nombreux petits exploitants à une société largement organisée autour du salariat. Pour autant, l’emploi indépendant n’a pas disparu et connaît même des formes nouvelles, par exemple dans les activités de services.
La structure de l’emploi est aussi devenue beaucoup plus tertiaire. La tertiarisation désigne la progression de la part des activités de services dans l’emploi total, au détriment relatif de l’agriculture et de l’industrie. Elle accompagne l’essor de la distribution, de la santé, de l’enseignement, des services aux entreprises et des activités administratives. D’après le graphique du document 2, l’emploi salarié tertiaire marchand passe approximativement de 8,2 millions de personnes en 1989 à 12,5 millions en 2019, tandis que le tertiaire non marchand progresse d’environ 6 à 8 millions. Dans le même temps, l’industrie recule d’environ 4,6 à 3,1 millions d’emplois salariés. Ces ordres de grandeur montrent que la majorité des nouveaux emplois salariés se concentrent dans les services, même si leur diversité empêche d’assimiler tertiaire et travail qualifié.
Les qualifications et les professions ont également évolué. Avec l’allongement des études et le développement de certaines activités techniques ou intellectuelles, les cadres et les professions intermédiaires occupent une place croissante. Le document 1 indique que les cadres et professions intellectuelles supérieures passent de 7,8 % de l’emploi en 1982 à 19,3 % en 2019, soit une progression de 11,5 points. Les professions intermédiaires augmentent quant à elles de 19,5 % à 25,6 %, soit 6,1 points supplémentaires. À l’inverse, la proportion d’ouvriers qualifiés et non qualifiés réunis recule de 30,3 % à 19,7 %. Cette évolution confirme la transformation de la hiérarchie professionnelle, mais elle ne signifie pas la disparition des métiers manuels ni celle des emplois peu qualifiés : les employés non qualifiés, par exemple, représentent encore 12,9 % de l’emploi en 2019.
La féminisation des emplois constitue enfin une caractéristique essentielle des changements contemporains. Elle correspond à la progression de la présence des femmes parmi les personnes ayant un emploi, en particulier dans l’activité rémunérée officiellement enregistrée. Les femmes ont toujours travaillé, notamment dans les exploitations agricoles et les entreprises familiales, mais leurs activités n’étaient pas toujours reconnues dans les statistiques. Selon le document 1, le nombre de femmes en emploi passe de 9,243 millions en 1982 à 13,184 millions en 2019. La progression féminine se retrouve également parmi les cadres : la proportion de cadres dans l’emploi féminin passe de 4 % à 16,8 % sur la période. La féminisation ne supprime cependant pas la concentration des femmes dans certains métiers, ni les écarts d’accès aux postes les plus élevés.
Comme l’explique Margaret Maruani dans le document 3, ces transformations sont liées entre elles. L’expansion des emplois salariés et tertiaires a élargi les possibilités d’emploi des femmes ; réciproquement, l’augmentation de leur activité a contribué à développer ces secteurs et formes d’emploi. Il ne s’agit donc pas de quatre évolutions indépendantes, mais de transformations qui s’alimentent mutuellement. Depuis la seconde moitié du XXe siècle, la structure socioprofessionnelle française a ainsi été profondément recomposée, sans que les distinctions professionnelles ou les inégalités de carrière aient disparu.
