Histoire · Histoire – Terminale – Thème 1
Document de coursFragilités des démocraties, totalitarismes et Seconde Guerre mondiale (1929-1945)
Introduction
En 1918, l'Europe sort profondément affaiblie de la Première Guerre mondiale. Les traités de paix redessinent les frontières, font naître de nouveaux États et installent une Société des Nations chargée de préserver la paix. Cette reconstruction demeure fragile. Les États-Unis sont devenus la première puissance économique et financière, l'Allemagne conteste l'ordre issu du traité de Versailles, l'Union soviétique construit un régime communiste né de la révolution de 1917 et l'Italie est dirigée par Benito Mussolini depuis 1922. Les démocraties libérales pourtant victorieuses connaissent un recul substantiel : elles sont divisées par deux entre 1920 et 1938.
Le thème couvre la période allant de 1929 à 1945. Il s'ouvre avec le krach boursier de Wall Street, qui transforme les déséquilibres du capitalisme américain en une dépression économique mondiale. La crise économique provoque un chômage de masse, déstabilise les sociétés et fragilise plusieurs régimes parlementaires un peu partout dans le monde.
La période s'achève avec la Seconde Guerre mondiale, conflit planétaire, total et idéologique. Les puissances de l'Axe cherchent à imposer par la force un nouvel ordre territorial et racial. Leur projet rencontre la résistance d'une coalition progressivement organisée autour du Royaume-Uni, de l'Union soviétique et des États-Unis. La guerre atteint un degré de violence inédit contre les combattants comme contre les civils. Elle comprend le génocide des Juifs d'Europe et celui des Roms et des Sinti. Entre 1929 et 1945, la crise des économies, la remise en cause des démocraties, l'ambition des régimes totalitaires et l'échec de la sécurité collective forment donc une même rupture historique.
1. LA CRISE DE 1929 FRAGILISE LES ÉCONOMIES, LES SOCIÉTÉS ET LES DÉMOCRATIES
A. Une prospérité américaine réelle, accompagnée de profonds déséquilibres
Durant les années 1920, les États-Unis connaissent une forte croissance. L'organisation scientifique du travail, la chaîne de montage et la standardisation augmentent la productivité. L'automobile, l'électricité et les biens électroménagers soutiennent une consommation de masse souvent financée à crédit. Cette prospérité reste inégalement répartie. Les salaires progressent moins vite que certains profits ; les agriculteurs souffrent d'une baisse des prix depuis la fin de la guerre et de nombreux ménages sont endettés. Le système bancaire est morcelé et peu réglementé.
La Bourse de New York attire des investisseurs convaincus que la hausse des cours sera durable. Des actions sont achetées à crédit, ce qui amplifie la spéculation. Les prix boursiers s'éloignent de la valeur réelle des entreprises. Lorsque la confiance se retourne rapidement, les ventes se multiplient tout autant. Le 24 octobre 1929, le « jeudi noir », près de treize millions de titres sont proposés sur le marché. Après un bref répit, le 29 octobre, le « mardi noir », l'effondrement reprend. Le krach agit comme un révélateur et un accélérateur du déséquilibre américain ainsi que de la crise de surproduction. La baisse de la richesse financière réduit la consommation, les entreprises diminuent leurs investissements et les faillites bancaires contractent le crédit. La déflation augmente le poids réel des dettes. De 1929 à 1933, la production industrielle américaine chute presque de moitié et le chômage touche environ un quart de la population active. Le PIB se contracte de près de 30%.
B. D'une crise américaine à une dépression mondiale
L'économie internationale dépend largement des capitaux américains. Depuis les plans Dawes de 1924 et Young de 1929, les prêts des États-Unis contribuent au paiement des réparations allemandes et au financement de l'Europe centrale. Les banques américaines rapatrient leurs capitaux après le krach. L'Allemagne et l'Autriche sont frappées par une crise bancaire en 1931. Les échanges diminuent aussi sous l'effet de la baisse de la demande et du protectionnisme. Le tarif douanier américain Smoot-Hawley de 1930 provoque des représailles. Entre 1929 et 1933, la valeur du commerce mondial s'effondre.
Le système de l'étalon-or diffuse les politiques déflationnistes. Pour maintenir la valeur de leur monnaie, plusieurs gouvernements réduisent les dépenses et augmentent les taux d'intérêt au moment où leurs économies auraient besoin de crédit. Le Royaume-Uni abandonne l'étalon-or en septembre 1931. La France, moins dépendante de la finance et encore très rurale, est touchée plus tard. À partir de 1931, l’aggravation de la situation en Europe, la contraction des exportations, la dévaluation de la livre et la surévaluation progressive du franc prolongent la stagnation française. Les pays exportateurs de matières premières subissent la chute des cours. Au Brésil, l'État achète une partie du café invendu et favorise peu à peu une industrialisation destinée au marché intérieur. Dans les colonies françaises, notamment en Tunisie, la baisse des prix agricoles accroît l'endettement et les inégalités. La crise est mondiale, ses rythmes et ses formes restent nationaux. Il y a donc une internationalisation de la crise qui, bien que débutée aux États-Unis, se transforma en crise mondiale.
C. Le chômage de masse et la recherche de nouvelles politiques
La dépression provoque une crise sociale. Aux États-Unis, des familles perdent leur logement et dépendent des secours. En Allemagne, près de six millions de personnes sont au chômage au début de 1932. La pauvreté affaiblit la confiance envers les partis de gouvernement. Les communistes et les nazis progressent en proposant des réponses radicales.
Élu en novembre 1932, Franklin D. Roosevelt entre en fonctions le 4 mars 1933. Le New Deal associe des secours aux chômeurs, des travaux publics, un soutien à l'agriculture, une réglementation bancaire et une reconnaissance plus large des droits syndicaux. Les « cent jours » de 1933 rétablissent une partie de la confiance. La loi bancaire Glass-Steagall sépare certaines activités financières et l'assurance fédérale des dépôts protège les épargnants. Le second New Deal, à partir de 1935, crée notamment la Social Security. Le New Deal constitue une rupture car les États-Unis sont depuis leur création une nation capitaliste et s’opposent donc à l’intervention étatique et à la protection des travailleurs. Avec le premier New Deal en 1933, Roosevelt réforme le secteur financier pour le rendre plus sûr ; deux ans plus tard, le second New Deal beaucoup plus social intervient : il reconnaît des droits syndicaux et crée la sécurité sociale. Le proto-État-providence est créé.
En France, le 6 février 1934, des ligues d’extrême droite manifestent près de la Chambre des députés. Les affrontements mortels font craindre à la gauche une menace fasciste. Socialistes, communistes et radicaux forment en 1935 le Front populaire, qui remporte les élections législatives du printemps 1936. Une vague de grèves avec des occupations d'usines précède les accords de Matignon des 7 et 8 juin 1936. Ils accordent des hausses de salaire, reconnaissent les délégués du personnel et renforcent la négociation collective. Les lois adoptées ensuite instaurent deux semaines de congés payés et la semaine de quarante heures. Le gouvernement de Léon Blum répond à une attente sociale majeure. Les difficultés économiques, la fuite des capitaux, l'opposition du patronat et les divisions liées à la guerre d'Espagne limitent son action. Ils quittent le pouvoir en 1937.
2. LES RÉGIMES TOTALITAIRES BOULEVERSENT L'EUROPE
A. Une ambition commune de transformer l'État et la société
Le mot totalitarisme désigne un régime qui cherche à soumettre l'ensemble de la société à une idéologie officielle, à un parti unique et à un chef présenté comme infaillible1. La propagande, l'encadrement de la jeunesse, les organisations de masse et la police politique servent cette ambition. La terreur frappe les adversaires réels ou supposés. Les familles, les Églises, les administrations et certains intérêts économiques conservent des marges d'autonomie variables selon les régimes à l’instar de l’Italie fasciste. Les historiens parlent donc d'un projet ou d'une dynamique totalitaire plutôt que d'une domination parfaitement achevée.
L'URSS de Staline, l'Italie fasciste et l'Allemagne nazie partagent des instruments de pouvoir qui constituent le totalitarisme. Leurs idéologies diffèrent néanmoins profondément. Le stalinisme affirme construire une société sans classes par la collectivisation des moyens de production. Le fascisme2 exalte l'État, la nation, l'obéissance et la guerre. Le nazisme place au centre une hiérarchie raciale, l'antisémitisme et la conquête d'un « espace vital » à l'Est.
B. L'Union soviétique de Staline, entre industrialisation forcée et terreur
Après la mort de Lénine en 1924, Joseph Staline élimine progressivement ses rivaux. À partir de 1928, le premier plan quinquennal donne la priorité à l'industrie lourde. L'État fixe les objectifs de production, contrôle l'investissement et mobilise une main-d'œuvre nombreuse. L'URSS devient une grande puissance industrielle, au prix de pénuries, de déplacements contraints et de conditions de travail très dures.
Dans les campagnes, la collectivisation imposée à partir de 1929 regroupe les terres dans des exploitations collectives. Les paysans propriétaires qualifiés de « koulaks » sont désignés comme des ennemis. Les réquisitions de céréales, la désorganisation agricole et la répression provoquent une famine immense en 1932-1933, particulièrement meurtrière en Ukraine (3 millions de morts), où elle est appelée Holodomor. Plusieurs dizaines de millions de personnes meurent dans l'ensemble de l'URSS.
Le régime s'appuie sur le NKVD (police politique), la censure et le Goulag3. Les procès de Moscou et les Grandes Purges de 1936 à 1938 éliminent d'anciens bolcheviks, des cadres du parti, des officiers et de simples citoyens. Les aveux sont fabriqués et la peur entretient l'obéissance. En parallèle, le culte de Staline le présente comme le guide de la révolution et le « petit-père des peuples4 ». L'école, les arts et les médias doivent célébrer le socialisme et former un « homme nouveau5 ».
C. Le fascisme italien et le nazisme allemand
En Italie, Mussolini est nommé président du Conseil après la marche sur Rome d'octobre 1922. Les lois fascistissimes de 1925-1926 détruisent les libertés politiques et installent une dictature. Le Parti national fasciste (créé en 1921) encadre la population, tandis que la police politique surveille les opposants. Les accords du Latran de 1929 réconcilient l'État italien avec la papauté et renforcent le prestige du Duce6. La monarchie, l'Église catholique et certaines élites conservent pourtant une existence propre. L'invasion de l'Éthiopie – dernier pays d’Afrique indépendant – en 1935 révèle toute la violence et l’ambition impériale du régime.
En Allemagne, la dépression fait progresser le NSDAP qui passe d’environ 3% en 1929 à plus de 35% en 1932. Les nazis obtiennent 37,3 % des voix en juillet 1932 sans remporter la majorité absolue. Les conservateurs pensent pouvoir utiliser Hitler. Le président Hindenburg le nomme chancelier le 30 janvier 1933. Après l'incendie du Reichstag, un décret suspend les libertés fondamentales. La loi des pleins pouvoirs du 23 mars 1933 permet au gouvernement de légiférer sans le Parlement. Les partis et les syndicats sont supprimés, les Länder perdent leur autonomie et les opposants sont enfermés dans les premiers camps de concentration. À la mort d'Hindenburg en août 1934, Hitler cumule les fonctions de chef de l'État et de chef du gouvernement. L'idéologie nazie définit le peuple allemand comme une communauté raciale : le peuple aryen. Les lois de Nuremberg du 15 septembre 1935 retirent aux Juifs la citoyenneté du Reich et interdisent les unions qualifiées de « mixtes ». La propagande de Joseph Goebbels, les Jeunesses hitlériennes et le Front du travail encadrent la société. Le réarmement et les grands travaux réduisent le chômage, tandis que l'économie est orientée vers la guerre. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, la « Nuit de cristal » marque un changement d'échelle dans la persécution antisémite. Des synagogues et des commerces sont détruits, des Juifs sont tués ou arrêtés.
D. La guerre d'Espagne et la marche vers un nouveau conflit européen
La guerre civile espagnole débute en juillet 1936 après le soulèvement d'une partie de l'armée contre la République. L'Allemagne nazie et l'Italie fasciste soutiennent le général Franco avec des avions, des soldats et du matériel et testent des armes qui seront utilisées lors de la Seconde Guerre mondiale. L'URSS aide la République. Des volontaires étrangers rejoignent les Brigades internationales, tandis que des intellectuels comme André Malraux et George Orwell s'engagent par l'action pour défendre la République. La France et le Royaume-Uni choisissent la non-intervention. Le bombardement de Guernica par l'aviation allemande le 26 avril 1937 montre la place croissante des attaques contre les villes. La victoire de Franco en 1939 installe une dictature autoritaire, distincte d'un totalitarisme pleinement mobilisateur.
Hitler détruit progressivement l'ordre européen. Il rétablit le service militaire en 1935, remilitarise la Rhénanie en 1936 et annexe l'Autriche en mars 1938 (Anschluss). Lors de la conférence de Munich, les 29 et 30 septembre 1938, la France et le Royaume-Uni acceptent l'annexion des Sudètes, appartenant pourtant à leur allié tchécoslovaque, afin d'éviter la guerre. En tentant d’éviter la guerre, ils ont détruit l’idée de paix. Winston Churchill dira : « Vous aviez à choisir entre la guerre et le déshonneur ; vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre. » Cette politique d'apaisement s'explique par le traumatisme de 1914-1918, le pacifisme, la crainte du communisme et l'impréparation militaire. Elle encourage aussi Hitler à poursuivre. L'Allemagne occupe Prague en mars 1939. Le pacte germano-soviétique du 23 août 1939, accompagné d'un protocole secret de partage de l'Europe orientale, écarte provisoirement le risque d'une guerre sur deux fronts. L'invasion de la Pologne, le 1er septembre 1939, déclenche la guerre européenne. La France et le Royaume-Uni entrent en guerre le 3 septembre.
3. LA SECONDE GUERRE MONDIALE, UNE GUERRE TOTALE ET D'ANÉANTISSEMENT
A. De l'expansion de l'Axe à la victoire des Alliés
La première phase du conflit est dominée par l'Axe. En septembre 1939, l'armée allemande écrase la Pologne grâce à une guerre de mouvement combinant blindés, aviation et infanterie. L'URSS envahit l'est du pays le 17 septembre, conformément au pacte germano-soviétique. Le 10 mai 1940, l'offensive allemande à l'Ouest traverse les Pays-Bas, la Belgique et les Ardennes. L'armée française est vaincue en six semaines. Le Royaume-Uni poursuit seul la guerre après l'armistice français. Durant l'été et l'automne 1940, la bataille d'Angleterre empêche une invasion allemande. En Méditerranée et en Afrique, Italiens, Allemands, Britanniques et forces coloniales combattent pour le contrôle des routes et des ressources.
Le 22 juin 1941, l'opération Barbarossa lance l'invasion de l'URSS. La guerre à l'Est est pensée par les nazis comme une conquête territoriale et une lutte raciale contre le « judéo-bolchevisme ». Les premières victoires allemandes sont immenses, sans entraîner l'effondrement soviétique. Le 7 décembre 1941, l'attaque japonaise contre Pearl Harbor entraîne l'entrée en guerre des États-Unis. Le conflit devient pleinement mondial. Il relie l'Europe, l'Afrique du Nord, l'Atlantique, l'Asie et le Pacifique.
Les États-Unis arrêtent l'expansion japonaise à Midway en juin 1942. Les Britanniques remportent la bataille d'El-Alamein (en Égypte) à l'automne. À Stalingrad, l'armée allemande capitule le 2 février 1943. La puissance industrielle américaine, la mobilisation soviétique et la maîtrise alliée des mers donnent progressivement l'avantage à la coalition. Les Alliés débarquent en Sicile en 1943, en Normandie le 6 juin 1944 et en Provence le 15 août. Au même moment, l'Armée rouge libère les territoires soviétiques et avance en Europe centrale. Paris est libéré le 25 août 1944. Berlin tombe au printemps 1945 et l'Allemagne capitule le 8 mai. Dans le Pacifique, les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août, l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon et l'épuisement japonais conduisent à la capitulation signée le 2 septembre 1945.
B. Des États et des sociétés entièrement mobilisés
La Seconde Guerre mondiale est une guerre totale. Les États mobilisent les soldats, l'économie, la science, les empires coloniaux et les opinions publiques. Les usines sont converties à la production d'armes, les matières premières sont rationnées et le travail est réorganisé. Aux États-Unis, l'économie devient « l'arsenal des démocraties ». En URSS, des milliers d'installations industrielles sont déplacées vers l'est. L'Allemagne recourt au travail forcé des prisonniers, des déportés et des populations occupées. Les colonies fournissent des combattants, des travailleurs et des ressources aux puissances européennes.
Les femmes occupent davantage d'emplois industriels, agricoles, administratifs et militaires auxiliaires. Cette mobilisation ne supprime pas durablement les inégalités entre les sexes. Le radar, le décryptage, les fusées et le projet Manhattan illustrent l'intégration de la science à l'effort militaire. La propagande entretient le consentement, désigne l'ennemi et justifie les sacrifices. Les bombardements stratégiques frappent Londres, Hambourg, Dresde, Tokyo et de nombreuses autres villes. Les civils deviennent des cibles, des producteurs et des victimes centrales du conflit.
C. La France entre défaite, collaboration et Résistance
La défaite de 1940 provoque l'exode de plusieurs millions de civils. Le maréchal Pétain, devenu chef du gouvernement, demande l'armistice, signé le 22 juin 1940. Le territoire est divisé et l'Allemagne occupe le Nord et l'Ouest. Le 10 juillet, les parlementaires accordent les pleins pouvoirs constituants à Pétain. La République laisse place à l'État français installé à Vichy. Le régime autoritaire défend la « Révolution nationale », résumée par la devise « Travail, Famille, Patrie ». Il exclut des citoyens, réprime les opposants et adopte de sa propre initiative un premier statut des Juifs le 3 octobre 1940. La rencontre de Montoire du 24 octobre engage la collaboration d'État. La police et l'administration françaises participent aux arrestations et aux déportations, notamment lors de la rafle du Vélodrome d'Hiver des 16 et 17 juillet 1942.
Le 18 juin 1940, depuis Londres, le général de Gaulle appelle à poursuivre le combat. Il organise la France libre et les Forces françaises libres en s'appuyant sur des territoires de l'Empire ralliés. Les combattants de Bir Hakeim en 1942, la colonne Leclerc et les unités navales ou aériennes maintiennent une présence française aux côtés des Alliés. À l'intérieur, des réseaux et des mouvements diffusent des journaux clandestins, renseignent Londres, organisent des évasions et mènent des sabotages. L'occupation de toute la France en novembre 1942 et le Service du travail obligatoire instauré en 1943 renforcent les maquis.
Jean Moulin, envoyé par de Gaulle, réunit le 27 mai 1943 le Conseil national de la Résistance. Cette unification rapproche les résistances intérieures et extérieures et prépare le rétablissement républicain. Les femmes jouent un rôle essentiel comme agentes de liaison, opératrices radio, hébergeuses, rédactrices, combattantes ou responsables de réseau. Berty Albrecht, Lucie Aubrac et Marie-Madeleine Fourcade représentent des milliers d'engagements longtemps moins reconnus que ceux des hommes.
D. Une guerre d'anéantissement, des génocides et un monde bouleversé
La guerre menée à l'Est ne vise pas seulement la victoire militaire. Les nazis veulent détruire l'État soviétique, réduire ou déplacer ses populations et coloniser les territoires conquis. Les prisonniers de guerre soviétiques sont soumis à des conditions qui provoquent des millions de morts. Les villages soupçonnés d'aider les partisans subissent des représailles collectives. Les armées allemandes et japonaises, ainsi que d'autres forces engagées dans le conflit, commettent de graves violences contre les civils. La logique d'anéantissement atteint son expression la plus systématique dans la politique raciale nazie.
Depuis 1939, les Juifs de Pologne sont enfermés dans des ghettos et soumis au travail forcé. Après l'invasion de l'URSS, les Einsatzgruppen et des unités auxiliaires assassinent des communautés entières par fusillades. Plus d'un million de Juifs soviétiques sont tués dans cette « Shoah par balles ». À partir de la fin de 1941, les dirigeants nazis organisent l'extermination de tous les Juifs d'Europe. La conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 coordonne la déportation et la mise en œuvre administrative de la « Solution finale ». Des centres de mise à mort sont installés dans la Pologne occupée, dont Chelmno, Belzec, Sobibor, Treblinka et Auschwitz-Birkenau. Environ six millions de Juifs sont assassinés. Les Roms et les Sinti sont eux aussi persécutés, déportés et tués par centaines de milliers.
Le conflit provoque au moins soixante millions de morts, avec une majorité de civils. L'Union soviétique et la Chine subissent les pertes les plus élevées. La Pologne perd une part immense de sa population, principalement en raison de l'occupation nazie et du génocide.
Les vainqueurs préparent un nouvel ordre international avant la fin des combats. Les conférences de Téhéran en 1943, de Yalta en février 1945 et de Potsdam durant l'été règlent une partie de l'occupation de l'Allemagne et des frontières européennes. L'Organisation des Nations unies a été fondée en juin 1945 pour préserver la paix collective après l’échec de la SDN. L'Europe sort affaiblie. Les États-Unis possèdent une puissance économique et militaire sans équivalent, tandis que l'URSS contrôle une grande partie de l'Europe centrale et orientale. L'alliance de guerre laisse déjà apparaître les tensions qui structureront la guerre froide.
Conclusion
De 1929 à 1945, le monde traverse une succession de ruptures liées entre elles. La Grande Dépression révèle les fragilités du capitalisme, désorganise les échanges et provoque un chômage de masse. Les démocraties répondent par des réformes inégales. En Allemagne, la crise favorise l'arrivée au pouvoir des nazis. L'URSS stalinienne, l'Italie fasciste et le Reich allemand construisent des régimes fondés sur l'idéologie, le parti unique, l'encadrement des masses et la répression, avec des finalités distinctes.
Leur politique d'expansion contribue à l'effondrement de la sécurité collective et à la Seconde Guerre mondiale. Ce conflit total devient une guerre d'anéantissement, au cours de laquelle l'Allemagne nazie organise le génocide des Juifs et celui des Roms et Sinti. La victoire alliée détruit les régimes de l'Axe, sans restaurer le monde d'avant 1939. En 1945, l'affaiblissement de l'Europe, la puissance des États-Unis et de l'URSS et la création de l'ONU ouvrent une nouvelle période dominée par la guerre froide et la recherche d'un ordre international durable.
ANNEXE - NOTIONS ESSENTIELLES
Grande Dépression. Période de contraction durable de la production, de l'investissement, des prix et des échanges commencée aux États-Unis en 1929, puis diffusée à l'économie mondiale. Elle se distingue d'un simple krach boursier par son ampleur, sa durée et ses conséquences sociales, notamment le chômage de masse.
Totalitarisme. Régime politique fondé sur une idéologie officielle, un parti unique, un chef faisant l'objet d'un culte, une police politique et l'encadrement des masses. Il cherche à transformer la société et les individus. Le terme permet une comparaison, sans effacer les différences entre stalinisme, fascisme et nazisme.
Culte de la personnalité. Mise en scène organisée d'un dirigeant présenté comme exceptionnel, infaillible et indispensable à la nation ou à la révolution. La propagande diffuse son image, réécrit son parcours et lui attribue les réussites du régime afin de renforcer l'obéissance.
Guerre totale. Conflit dans lequel un État mobilise l'ensemble de ses ressources humaines, économiques, scientifiques, militaires et morales. La distinction entre le front et l'arrière s'affaiblit, puisque les civils participent à l'effort de guerre et deviennent eux-mêmes des cibles.
Guerre d'anéantissement. Guerre dont l'objectif dépasse la défaite des forces adverses et vise la destruction de l'ennemi désigné comme politique, racial ou idéologique. Elle favorise une violence extrême contre les combattants, les prisonniers et les populations civiles.
Génocide. Destruction intentionnelle, totale ou partielle, d'un groupe national, ethnique, racial ou religieux en tant que groupe. Le terme, forgé en 1944 par le juriste Raphael Lemkin et défini juridiquement par l'ONU en 1948, s'applique notamment à l'extermination des Juifs d'Europe et à celle des Roms et Sinti par l'Allemagne nazie et ses auxiliaires.
ANNEXE - DATES À RETENIR
24 octobre 1929 - « Jeudi noir » : la panique boursière à Wall Street ouvre la phase visible du krach.
29 octobre 1929 - « Mardi noir » : l'effondrement des cours s'amplifie et accélère la crise financière.
1932-1933 - Grande famine en URSS et en Ukraine : la collectivisation, les réquisitions et la répression staliniennes provoquent plusieurs millions de morts.
30 janvier 1933 - Hitler devient chancelier : sa nomination permet aux nazis de transformer légalement leur accès au gouvernement en dictature.
4 mars 1933 - Roosevelt entre en fonctions : le nouveau président lance le New Deal et redéfinit le rôle économique de l'État fédéral.
23 mars 1933 - Loi des pleins pouvoirs : le gouvernement hitlérien peut légiférer sans le Reichstag.
15 septembre 1935 - Lois de Nuremberg : les Juifs sont privés de la citoyenneté allemande et exclus de la communauté nationale définie par les nazis.
7-8 juin 1936 - Accords Matignon : patronat et syndicats concluent des accords sociaux majeurs sous le gouvernement du Front populaire.
17-18 juillet 1936 - Début de la guerre civile espagnole : le soulèvement militaire contre la République ouvre un conflit internationalisé.
26 avril 1937 - Bombardement de Guernica : l'attaque de la Légion Condor allemande symbolise la violence contre les civils.
9-10 novembre 1938 - « Nuit de cristal » : le pouvoir nazi organise un pogrom à l'échelle du Reich.
29-30 septembre 1938 - Accords de Munich : la France et le Royaume-Uni acceptent l'annexion allemande des Sudètes.
23 août 1939 - Pacte germano-soviétique : Berlin et Moscou concluent un accord de non-agression et prévoient secrètement le partage de territoires d'Europe orientale.
1er septembre 1939 - Invasion de la Pologne : l'attaque allemande déclenche la guerre en Europe.
10 mai 1940 - Offensive allemande à l'Ouest : l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique et de la France ouvre la campagne qui conduit à la défaite française.
18 juin 1940 - Appel du général de Gaulle : depuis Londres, il invite à poursuivre le combat et pose l'acte fondateur de la France libre.
22 juin 1940 - Armistice franco-allemand : la France vaincue accepte l'occupation d'une partie de son territoire et la démobilisation de son armée.
10 juillet 1940 - Pleins pouvoirs à Pétain : le vote parlementaire permet l'établissement du régime de Vichy.
22 juin 1941 - Opération Barbarossa : l'Allemagne envahit l'URSS et ouvre le principal front de la guerre en Europe.
7 décembre 1941 - Attaque de Pearl Harbor : les États-Unis entrent dans la guerre contre le Japon, puis contre l'Allemagne et l'Italie.
20 janvier 1942 - Conférence de Wannsee : des responsables nazis coordonnent la déportation et l'extermination des Juifs d'Europe.
2 février 1943 - Capitulation allemande à Stalingrad : la victoire soviétique marque un tournant majeur sur le front de l'Est.
6 juin 1944 - Débarquement de Normandie : les Alliés ouvrent un front décisif à l'Ouest.
25 août 1944 - Libération de Paris : la capitale est libérée par les résistants et les forces alliées, dont la 2e division blindée du général Leclerc.
8 mai - 2 septembre 1945 - Capitulations de l'Allemagne et du Japon : la guerre s'achève en Europe, puis dans le Pacifique après les bombes atomiques et l'offensive soviétique contre le Japon.
Notes
- « Leader charismatique » au sens de Weber désigne un chef qui convainc par son charisme et le culte autour de lui.
- Il y a des fascismes, dont le fascisme italien est une variante.
- Le Goulag était l'administration centrale qui gérait le système des camps de travail forcé, présent notamment en Sibérie.
- Surnom de Staline
- L’idée d’un homme nouveau est une composante centrale du totalitarisme.
- Surnom de Mussolini