Histoire · Histoire – Terminale – Thème 2

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La multiplication des acteurs internationaux dans un monde bipolaire (de 1945 au début des années 1970)

Terminale RévisionsDocument pédagogique

Introduction

En 1945, la victoire des Alliés met fin à une guerre mondiale qui a bouleversé les rapports de puissance. L’Europe et une large partie de l’Asie sont ravagées, des dizaines de millions de personnes ont péri et les crimes nazis révèlent l’ampleur d’une violence organisée par l’État. Les anciennes puissances européennes sortent affaiblies. Les États-Unis disposent d’une supériorité économique, financière et militaire sans précédent, tandis que l’Union soviétique contrôle une grande partie de l’Europe centrale et orientale. Leur alliance de guerre ne résiste pas longtemps à l’opposition de leurs intérêts et de leurs modèles.

Les vainqueurs cherchent d’abord à reconstruire un ordre international fondé sur la coopération. L’Organisation des Nations unies, la justice pénale internationale et les institutions de Bretton Woods doivent empêcher le retour des catastrophes des années 1930. Au même moment, la défaite du Japon, la disparition des empires coloniaux et la création d’Israël transforment profondément l’Asie et le Proche-Orient. À partir de 1947, la rivalité américano-soviétique organise le monde en deux blocs. Cette guerre froide reste en principe indirecte entre les deux Grands, car l’arme nucléaire rend leur affrontement extrêmement dangereux. Elle provoque toutefois des crises et des guerres majeures, de Berlin à Cuba, de la Corée au Vietnam.

La bipolarité ne résume donc pas l’histoire de la période. Des dizaines d’États accèdent à l’indépendance, défendent leurs intérêts à l’ONU et cherchent une voie distincte de celle des blocs. La Chine communiste devient une puissance autonome. Les mouvements de 1968 montrent l’apparition de nouvelles contestations politiques, sociales et culturelles. La France, enfin, reconstruit son économie, participe à la construction européenne, met fin à son empire colonial et fonde la Ve République. De 1945 au début des années 1970, le système international se caractérise ainsi par une tension centrale entre deux superpuissances et par la multiplication d’acteurs capables d’en modifier les équilibres.

1. DE LA SORTIE DE GUERRE AUX DÉBUTS DE LA GUERRE FROIDE

A. Un monde meurtri à reconstruire

La Seconde Guerre mondiale laisse plus de cinquante millions de morts. Les civils forment une part majeure des victimes en raison des bombardements, des famines, des massacres et des génocides. L’URSS, la Chine et l’Europe centrale comptent parmi les régions les plus touchées. Des millions de prisonniers, de déportés et de réfugiés doivent être rapatriés ou réinstallés. La découverte des camps nazis impose une question nouvelle : des dirigeants peuvent-ils répondre personnellement de crimes commis au nom d’un État ?

Les destructions matérielles sont concentrées en Europe et en Asie. Des villes comme Varsovie, Berlin, Dresde, Hiroshima, Nagasaki ou Tokyo sont en ruines. Les réseaux de transport, les logements et les usines doivent être reconstruits. Les pénuries et le rationnement se prolongent plusieurs années. Les États-Unis occupent une position inverse : leur territoire continental n’a pas été dévasté, leur production a fortement augmenté et le dollar est devenu la monnaie centrale du système international. L’URSS possède une armée immense et le prestige de la victoire contre l’Allemagne, malgré des pertes considérables.

Les frontières européennes sont déplacées. L’URSS annexe les États baltes et des territoires situés à l’est de la Pologne. Celle-ci est décalée vers l’ouest jusqu’à la ligne Oder-Neisse, aux dépens de l’Allemagne. Ces changements provoquent des déplacements forcés. L’Allemagne, l’Autriche et Berlin sont divisées en quatre zones d’occupation. Les conférences de Yalta, en février 1945, puis de Potsdam, en juillet-août 1945, organisent l’occupation et la démilitarisation allemandes. Yalta n’est pas un partage définitif du monde : la rupture entre les alliés reste à venir.

La reconstruction donne aussi naissance à un compromis social. Les gouvernements veulent éviter le chômage de masse et l’instabilité qui avaient affaibli les démocraties avant-guerre. Au Royaume-Uni, le rapport Beveridge de 1942 inspire une protection sociale étendue. En France, le programme du Conseil national de la Résistance adopté le 15 mars 1944 prévoit des nationalisations, une Sécurité sociale et le rétablissement de la démocratie. Les ordonnances d’octobre 1945 créent la Sécurité sociale. Dans plusieurs pays d’Europe occidentale, l’État-providence associe croissance, redistribution et services publics.

B. Un nouvel ordre international fondé sur le droit et la coopération

Dès juillet 1944, les accords de Bretton Woods préparent la stabilité monétaire et la reprise des échanges. Le Fonds monétaire international aide les États confrontés à des déséquilibres financiers et la Banque internationale pour la reconstruction et le développement finance des projets. Le dollar, convertible en or, devient la référence. Ces institutions reflètent la puissance américaine dans un cadre multilatéral.

La Charte des Nations unies est signée le 26 juin 1945 et entre en vigueur le 24 octobre. L’ONU veut préserver la paix, favoriser la coopération et défendre les droits fondamentaux. L’Assemblée générale réunit les États membres. Le Conseil de sécurité peut adopter des décisions contraignantes ; ses cinq membres permanents disposent d’un droit de veto. L’organisation tire les leçons de l’impuissance de la Société des Nations, tout en privilégiant les vainqueurs de 1945. La Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 fixe une référence commune, sans mécanisme universel immédiat pour la faire respecter.

Les procès de Nuremberg, de novembre 1945 à octobre 1946, jugent les principaux responsables nazis encore présents. Ils définissent notamment le crime contre la paix, le crime de guerre et le crime contre l’humanité. Le procès de Tokyo, ouvert en mai 1946, poursuit de hauts responsables japonais jusqu’en 1948. Ces tribunaux sont ceux des vainqueurs et laissent de côté certains actes des Alliés. Ils établissent cependant un principe durable : l’obéissance à un gouvernement ne suffit pas à effacer la responsabilité pénale individuelle.

Au Japon, l’occupation américaine conduite par le général MacArthur associe démocratisation et reconstruction. L’armée est dissoute, des réformes agraires et scolaires sont engagées. La Constitution, entrée en vigueur le 3 mai 1947, affirme la souveraineté populaire, garantit des libertés et renonce à la guerre. L’empereur reste en place sans pouvoir politique. Avec la guerre froide en Asie, Washington fait du Japon un allié stratégique. Le traité de San Francisco rend au pays sa souveraineté le 28 avril 1952, tout en maintenant une présence américaine.

C. La rupture entre les deux Grands et la division de l’Europe

L’alliance entre les États-Unis et l’URSS reposait sur la lutte contre l’Axe, non sur une vision commune de l’après-guerre. Washington défend les élections libres, l’ouverture commerciale et un ordre international favorable à l’économie de marché. Moscou veut garantir sa sécurité après deux invasions allemandes en une génération. Staline impose des régimes communistes dans les territoires libérés par l’Armée rouge et constitue une zone d’influence protectrice. Chaque camp présente alors l’action de l’autre comme une menace expansionniste.

Le 5 mars 1946, à Fulton, Winston Churchill dénonce le « rideau de fer ». En 1947, la rupture devient officielle. Truman annonce le 12 mars une politique d’endiguement du communisme. George Marshall propose le 5 juin une aide économique à l’Europe. L’URSS la refuse et l’interdit aux États de sa zone. Seize pays occidentaux l’acceptent : elle accélère leur reconstruction et consolide leur alliance avec Washington. La doctrine Jdanov de septembre oppose alors un camp « impérialiste » américain à un camp « anti-impérialiste » soviétique. Le Kominform coordonne les partis communistes européens.

La prise de pouvoir communiste en Tchécoslovaquie, le 25 février 1948, révèle le durcissement soviétique. En Allemagne, les Occidentaux unifient progressivement leurs zones et préparent une nouvelle monnaie. Staline réagit en bloquant, du 24 juin 1948 au 12 mai 1949, les accès terrestres aux secteurs occidentaux de Berlin. Les États-Unis et leurs alliés organisent un pont aérien qui ravitaille la ville. L’échec du blocus renforce la division. La République fédérale d’Allemagne est fondée à l’Ouest en mai 1949 et la République démocratique allemande à l’Est en octobre. Berlin devient un symbole concret de la guerre froide.

La bipolarisation se transforme en système d’alliances. Le traité de l’Atlantique Nord, signé le 4 avril 1949, fonde l’OTAN autour des États-Unis, du Canada et de pays d’Europe occidentale. L’URSS répond en 1955 par le pacte de Varsovie. Dans chacun des blocs, les relations sont asymétriques : les superpuissances disposent de forces militaires, de ressources et d’une capacité de décision supérieures à celles de leurs alliés. La souveraineté des démocraties populaires est particulièrement limitée par Moscou.

D. La naissance d’Israël ouvre un conflit régional durable

Au Proche-Orient, la fin du mandat britannique sur la Palestine pose la question de la coexistence entre les populations arabes et le mouvement sioniste, qui revendique un foyer national juif. La persécution des Juifs en Europe et le génocide renforcent la demande d’un État. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU recommande le partage de la Palestine en deux États, l’un juif et l’autre arabe, avec un statut international pour Jérusalem. Les dirigeants sionistes acceptent le principe. Les représentants arabes palestiniens et les États arabes voisins le refusent, estimant la répartition territoriale injuste.

David Ben-Gourion proclame l’État d’Israël le 14 mai 1948. Dès le lendemain, plusieurs armées arabes interviennent. La guerre s’achève en 1949 par la victoire israélienne et des lignes d’armistice plus favorables à Israël que le plan de partage. Plus de 700 000 Palestiniens fuient ou sont expulsés. Cet exode est nommé Nakba, la catastrophe. Aucun État palestinien n’est créé. La Jordanie annexe la Cisjordanie et l’Égypte administre Gaza. Le conflit naît de revendications nationales concurrentes, de l’héritage colonial et des interventions extérieures.

2. BIPOLARISATION ET ÉMERGENCE DU TIERS-MONDE

A. Deux modèles rivaux organisent des blocs inégaux

Les États-Unis proposent un modèle fondé sur le pluralisme politique, les libertés individuelles, la propriété privée et la consommation de masse. La prospérité des années 1950 et 1960 renforce son attraction, diffusée par les produits, le cinéma et la télévision. Cette démocratie reste imparfaite : les mobilisations afro-américaines doivent combattre la ségrégation jusqu’aux lois sur les droits civiques de 1964 et 1965. Le maccarthysme limite aussi la liberté d’expression au début des années 1950.

L’URSS défend un modèle socialiste : parti unique, planification, propriété collective et promesse d’égalité. L’industrialisation, la victoire de 1945 et Spoutnik en 1957 lui donnent du prestige. Le régime conserve la censure et la police politique. Après la mort de Staline, Khrouchtchev dénonce une partie de ses crimes au XXe congrès de 1956, sans remettre en cause le monopole du parti. L’Armée rouge écrase l’insurrection hongroise en 1956, puis le pacte de Varsovie met fin au printemps de Prague en août 1968.

Les blocs ne sont donc jamais totalement homogènes. La France gaullienne affirme une autonomie stratégique au sein du camp occidental. La Yougoslavie communiste de Tito rompt avec Staline dès 1948. L’Albanie se rapproche ensuite de la Chine. La République populaire de Chine, proclamée par Mao Zedong le 1er octobre 1949, signe une alliance avec l’URSS en 1950, avant qu’un conflit idéologique et stratégique ne sépare les deux puissances au tournant des années 1960. La bipolarité structure le monde, sans effacer les intérêts nationaux.

B. Crises, guerres limitées et équilibre de la terreur

La guerre froide évite un affrontement direct entre les deux superpuissances, car chacune redoute une escalade incontrôlable. Elle provoque des guerres dans lesquelles ses alliés, ses armes et parfois ses soldats s’opposent. En Corée, le Nord communiste envahit le Sud en juin 1950. Une force internationale autorisée par l’ONU et dominée par les États-Unis repousse l’offensive. La Chine intervient à son tour. L’armistice du 27 juillet 1953 rétablit une frontière proche du 38e parallèle, sans traité de paix.

L’arme nucléaire transforme les rapports de force. Les États-Unis la possèdent en 1945, l’URSS en 1949, le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964. Les bombes thermonucléaires, les missiles intercontinentaux et les sous-marins nucléaires permettent une seconde frappe, même après une première attaque. La dissuasion repose sur la certitude de dommages inacceptables pour l’agresseur. Cet « équilibre de la terreur » rend la guerre générale moins probable, tout en faisant peser un danger permanent et en alimentant une course aux armements très coûteuse.

La crise de Cuba montre la fragilité de cet équilibre. Après la révolution de Fidel Castro en 1959 et l’échec du débarquement soutenu par les États-Unis dans la baie des Cochons en 1961, Cuba se rapproche de l’URSS. En octobre 1962, des avions américains repèrent des rampes de missiles soviétiques. Kennedy impose un blocus maritime. Khrouchtchev retire les missiles face à l’engagement américain de ne pas envahir Cuba. Washington retire discrètement les siens de Turquie. La crise favorise une première détente : une ligne directe relie les deux capitales en 1963 et un traité interdit certains essais nucléaires.

Berlin reste un autre foyer de tension. Près de trois millions d’Allemands de l’Est passent à l’Ouest par Berlin entre 1949 et 1961. Dans la nuit du 12 au 13 août 1961, la RDA ferme la frontière et construit un mur. Il stabilise provisoirement la situation en empêchant les départs, au prix de la séparation des familles et d’une restriction brutale de la liberté de circulation. Le mur symbolise moins la force du bloc soviétique que sa difficulté à retenir sa population.

C. Les décolonisations multiplient les États et les stratégies

Les empires coloniaux sont fragilisés par la guerre. Les puissances européennes ont mobilisé les hommes et les ressources de leurs colonies au nom de la liberté, tout en maintenant leur domination. Les élites nationalistes se sont organisées, les sociétés colonisées supportent de moins en moins les inégalités juridiques et économiques, et l’ONU affirme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Les États-Unis et l’URSS condamnent en principe le colonialisme, pour des raisons différentes et avec des contradictions liées à leurs propres intérêts.

L’indépendance de l’Inde et du Pakistan, le 15 août 1947, illustre la réussite d’un mouvement national et les difficultés de la séparation. Le Royaume-Uni quitte l’empire des Indes après les mobilisations du Congrès de Gandhi et Nehru et de la Ligue musulmane de Jinnah. La partition religieuse provoque d’immenses déplacements et des violences. Les Pays-Bas reconnaissent l’Indonésie en 1949 après quatre années de conflit. Le Ghana devient indépendant en 1957. En 1960, dix-sept colonies africaines accèdent à la souveraineté : c’est l’« année de l’Afrique ».

D’autres indépendances naissent de guerres longues. En Indochine, le Viet Minh dirigé par Hô Chi Minh proclame l’indépendance du Vietnam en septembre 1945. La France tente de rétablir son autorité. La guerre, commencée en 1946, s’achève après la défaite française de Diên Biên Phu le 7 mai 1954. Les accords de Genève du 21 juillet reconnaissent l’indépendance du Laos et du Cambodge et divisent provisoirement le Vietnam au 17e parallèle. Cette lutte anticoloniale devient progressivement un conflit de guerre froide.

L’indépendance ne supprime ni la pauvreté ni les dépendances économiques. Les nouveaux États héritent de frontières coloniales et d’économies spécialisées dans quelques exportations. À Bandung, du 18 au 24 avril 1955, vingt-neuf États afro-asiatiques condamnent le colonialisme et affirment leur coopération. L’expression tiers-monde, créée par Alfred Sauvy en 1952, désigne ces pays en quête de reconnaissance et de développement. À Belgrade en septembre 1961, Tito, Nehru, Nasser, Nkrumah et Sukarno organisent le non-alignement. Loin d’une neutralité parfaite, il sert à négocier des aides et à refuser la discipline automatique des blocs.

D. La Chine, les guerres du Vietnam et les contestations de 1968

La victoire communiste de 1949 transforme la Chine en acteur international. Mao veut reconstruire un pays ruiné, unifier le territoire et accélérer la révolution. Le « Grand Bond en avant », lancé en 1958, cherche à développer simultanément l’agriculture et l’industrie par les communes populaires. La désorganisation de la production et les prélèvements imposés par l’État contribuent à une famine qui fait plusieurs dizaines de millions de victimes entre 1959 et 1961. À partir de 1966, la Révolution culturelle mobilise les Gardes rouges contre des cadres accusés de s’éloigner de la pensée de Mao. Elle provoque des persécutions, une crise de l’enseignement et de profonds désordres politiques.

La Chine refuse de rester subordonnée à Moscou. Le retrait des experts soviétiques en 1960 marque la rupture. Pékin développe sa propre arme nucléaire en 1964 et prétend incarner une révolution adaptée au tiers-monde. La République populaire obtient le siège chinois à l’ONU le 25 octobre 1971, jusque-là occupé par Taïwan. La visite de Richard Nixon à Pékin en février 1972 amorce un rapprochement qui permet aux deux pays de peser face à l’URSS.

Au Vietnam, les accords de Genève ne débouchent pas sur la réunification prévue. Hô Chi Minh dirige le Nord communiste, tandis que les États-Unis soutiennent un gouvernement anticommuniste contesté au Sud. Après l’incident du golfe du Tonkin en août 1964, Lyndon Johnson obtient des pouvoirs étendus. Les bombardements du Nord et l’engagement massif de soldats américains commencent en 1965. L’URSS et la Chine aident le Nord-Vietnam. La supériorité technologique américaine ne suffit pas à contrôler le terrain.

L’offensive du Têt, en janvier 1968, est repoussée militairement par les États-Unis et le Sud-Vietnam. Son impact politique est considérable : elle contredit les annonces optimistes de Washington et renforce l’opposition à la guerre. Les médias, les étudiants et une partie de la société américaine contestent le coût humain et moral du conflit. Nixon engage ensuite la « vietnamisation » et retire progressivement les soldats américains. Les accords de Paris de janvier 1973 organisent leur départ, sans mettre fin immédiatement à la guerre entre Vietnamiens.

L’année 1968 révèle une contestation mondiale. Aux États-Unis et en Europe occidentale, des étudiants dénoncent l’autorité, les discriminations et la guerre du Vietnam. En Tchécoslovaquie, Dubček tente un « socialisme à visage humain », interrompu par les armées du pacte de Varsovie. Au Mexique, le mouvement étudiant est réprimé. En France, Mai-68 associe révolte étudiante, grève générale et revendications salariales.

3. LA FRANCE CHERCHE UNE NOUVELLE PLACE DANS LE MONDE

A. Reconstruire la puissance par la modernisation et l’Europe

En 1945, la France appartient aux vainqueurs grâce à la France libre, à la Résistance intérieure et aux armées alliées. Elle obtient une zone d’occupation en Allemagne et un siège permanent au Conseil de sécurité. Sa situation reste fragile : le territoire est endommagé et l’empire contesté. Le Gouvernement provisoire rétablit la République. Le droit de vote accordé aux femmes le 21 avril 1944 devient effectif en 1945.

La Constitution d’octobre 1946 fonde la IVe République. Malgré une forte instabilité ministérielle, le régime mène des politiques durables : reconstruction, État-providence, modernisation industrielle et premiers pas européens. Le plan Monnet oriente les investissements essentiels. L’aide Marshall apporte des financements et équipements. La croissance des « Trente Glorieuses » redonne à la France un poids économique.

La construction européenne doit réconcilier la France et la RFA, moderniser les économies et renforcer l’Ouest. Le 9 mai 1950, Robert Schuman propose, sur une idée de Jean Monnet, une autorité commune pour le charbon et l’acier franco-allemands. Le traité de Paris du 18 avril 1951 crée la CECA entre six États. La Communauté européenne de défense échoue devant l’Assemblée française en 1954, car elle divise sur le réarmement allemand et la souveraineté. Les traités de Rome du 25 mars 1957 fondent la CEE et Euratom.

B. La fin de l’empire colonial et la guerre d’Algérie

La France tente d’abord de préserver son empire sous la forme d’une Union française. Cette politique se heurte aux nationalismes et aux contradictions entre les principes républicains et les inégalités coloniales. La guerre d’Indochine absorbe des ressources importantes et s’internationalise après 1949. Président du Conseil en 1954, Pierre Mendès France négocie les accords de Genève après Diên Biên Phu. Il reconnaît aussi l’autonomie interne de la Tunisie, qui devient indépendante en 1956, comme le Maroc. La crise de Suez, en octobre-novembre 1956, révèle le recul des puissances européennes : les États-Unis et l’URSS contraignent la France, le Royaume-Uni et Israël à interrompre leur intervention contre l’Égypte de Nasser.

L’Algérie occupe une place particulière. Conquise à partir de 1830 par Charles X, elle est divisée en départements français et compte environ un million d’Européens au milieu de neuf millions de musulmans, soumis à de fortes inégalités politiques, foncières et sociales. Le Front de libération nationale lance une série d’attaques le 1er novembre 1954. Le gouvernement français refuse d’abord le terme de guerre et présente le conflit comme une opération de maintien de l’ordre. L’engagement du contingent à partir de 1956, la guérilla, les attentats et la répression généralisent la violence. Durant la bataille d’Alger de 1957, l’armée démantèle les réseaux du FLN en recourant notamment à la torture. Le conflit divise la société française et compromet son image internationale.

Le 13 mai 1958, une crise à Alger fait craindre une rupture entre l’armée et le pouvoir civil. René Coty appelle Charles de Gaulle, investi président du Conseil le 1er juin. De Gaulle prépare une nouvelle Constitution, puis reconnaît progressivement le droit des Algériens à l’autodétermination. Une partie des Européens d’Algérie et des militaires s’y oppose. Le putsch d’Alger d’avril 1961 échoue, tandis que l’Organisation de l’armée secrète poursuit la lutte par des attentats.

Les accords d’Évian du 18 mars 1962 instaurent un cessez-le-feu. L’indépendance est proclamée le 5 juillet. Près de 800 000 Européens gagnent la France en quelques mois. Des harkis, Algériens ayant servi l’armée française, sont abandonnés ou insuffisamment protégés et beaucoup subissent des représailles. Les mémoires restent opposées entre anciens combattants, immigrés algériens, pieds-noirs, harkis et anticolonialistes.

C. La Ve République et la recherche d’une autonomie stratégique

La Constitution promulguée le 4 octobre 1958 renforce l’exécutif. Le président nomme le Premier ministre, peut dissoudre l’Assemblée nationale, recourir au référendum et dispose de pouvoirs exceptionnels dans des circonstances définies. Élu par un collège en décembre 1958, de Gaulle fait adopter en 1962 l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Le régime vise la stabilité et la capacité de décision. Le Parlement conserve le vote de la loi et le contrôle du gouvernement, dans un cadre plus strict que sous la IVe République.

De Gaulle veut garantir l’indépendance nationale sans quitter le camp occidental. La France réalise son premier essai nucléaire dans le Sahara le 13 février 1960 et construit une force de dissuasion nationale. Elle reconnaît la République populaire de Chine en 1964. En 1966, elle se retire du commandement militaire intégré de l’OTAN et demande le départ des états-majors alliés installés sur son territoire. Elle reste membre de l’Alliance atlantique. Cette politique ne constitue donc ni un neutralisme ni une rupture avec les États-Unis. Elle cherche une marge de manœuvre dans un monde dominé par Washington et Moscou.

La construction européenne demeure un autre pilier de la puissance française. De Gaulle accepte la Communauté économique européenne, dont le marché commun soutient la croissance et l’agriculture françaises. Il défend une « Europe des États » et resserre le partenariat avec la RFA par le traité de l’Élysée du 22 janvier 1963. Il s’oppose aux institutions supranationales lorsqu’elles limitent selon lui la souveraineté nationale. La politique de la « chaise vide » en 1965-1966 et ses refus de l’entrée du Royaume-Uni illustrent cette conception.

D. Une société modernisée, traversée de nouvelles tensions

Entre 1945 et le début des années 1970, la croissance transforme la société française. La productivité agricole progresse, l’exode rural s’accélère et l’emploi industriel puis tertiaire augmente. Le baby-boom rajeunit la population. La main-d’œuvre immigrée venue d’Europe du Sud, du Maghreb et d’Afrique participe à la reconstruction et à l’expansion. Les grands ensembles répondent à l’urgence du logement, sans toujours offrir des équipements suffisants. L’automobile, le réfrigérateur, la machine à laver et les vacances deviennent accessibles à une partie croissante de la population. Cette société de consommation améliore le confort, tout en créant de nouvelles inégalités et en diffusant un modèle centré sur l’achat de biens.

La radio et la télévision jouent un rôle majeur. La Radiodiffusion-télévision française est créée en 1949 et l’ORTF en 1964. Le nombre de téléviseurs augmente rapidement. L’audiovisuel public informe, divertit et fabrique des références communes. L’exécutif surveille les nominations et l’information, tandis que les journalistes revendiquent davantage d’autonomie. Jusqu’à la dissolution de l’ORTF en 1974, les médias sont à la fois un instrument d’État et un espace disputé de la démocratie.

En mai-juin 1968, les manifestations étudiantes sont suivies d'une grève de près de dix millions de salariés. Les étudiants contestent l’autorité et la consommation. Les salariés réclament des salaires et meilleures conditions de travail. Les accords de Grenelle prévoient une forte hausse du salaire minimum. De Gaulle dissout l’Assemblée et la majorité gaulliste remporte les élections de juin. La crise révèle le décalage entre modernisation et aspirations à l’autonomie. Après l’échec d’un référendum, il démissionne le 28 avril 1969. Georges Pompidou poursuit la modernisation d’une France européenne, nucléaire et postcoloniale.

Conclusion

De 1945 au début des années 1970, le monde passe de l’alliance contre l’Axe à un système dominé par la rivalité entre les États-Unis et l’URSS. L’ONU, les institutions économiques internationales et la justice pénale cherchent à établir des règles communes, tandis que les blocs, les crises et la dissuasion nucléaire installent une paix incertaine. La guerre froide structure les relations internationales sans les réduire à deux acteurs. Décolonisations, non-alignement, affirmation de la Chine, conflits régionaux et mouvements sociaux multiplient les centres d’initiative.

La France illustre cette recomposition. Elle reconstruit son économie, fonde l’État-providence, participe à l’unification européenne et transforme ses institutions. La fin conflictuelle de son empire, surtout en Algérie, marque le recul d’une puissance coloniale. La Ve République recherche ensuite une influence fondée sur la dissuasion nucléaire, l’autonomie diplomatique et le partenariat européen. Au début des années 1970, la bipolarité demeure, quoique les relations sino-américaines, la détente et l’affirmation du tiers-monde annoncent déjà un ordre international plus complexe.

ANNEXE - NOTIONS À MAÎTRISER

État-providence. État qui intervient dans l’économie et protège collectivement contre la maladie, la vieillesse ou le chômage. Après 1945, il associe justice sociale et stabilité démocratique.

Guerre froide. Affrontement mondial entre les États-Unis et l’URSS, de 1947 à 1991. Les deux puissances évitent la guerre directe, tout en s’opposant par des alliances, des crises et des conflits indirects.

Bipolarisation. Organisation du monde autour de deux pôles : le bloc occidental dominé par les États-Unis et le bloc communiste dominé par l’URSS. Leurs membres gardent des marges d’autonomie variables.

Dissuasion nucléaire. Stratégie qui empêche une attaque en menaçant l’adversaire de représailles inacceptables. Elle limite l’affrontement direct entre puissances nucléaires, sans supprimer les crises.

Décolonisation. Accession des territoires colonisés à la souveraineté, par négociation ou par guerre. L’indépendance politique laisse souvent subsister des dépendances économiques et diplomatiques.

Tiers-monde et non-alignement. Le tiers-monde rassemble des pays en quête de développement après la domination coloniale. Le non-alignement leur permet de refuser la soumission automatique à un bloc.

ANNEXE - DATES À RETENIR

15 mars 1944 — Programme du CNR. Il prépare la démocratie sociale de l’après-guerre.

1er-22 juillet 1944 — Accords de Bretton Woods. Le dollar devient le pivot du système monétaire.

8 mai et 2 septembre 1945 — Capitulations allemandes et japonaises. La guerre mondiale s’achève.

26 juin et 24 octobre 1945 — Naissance de l’ONU. La coopération internationale dispose d’une nouvelle organisation.

20 novembre 1945 — Ouverture du procès de Nuremberg. Une justice pénale internationale s’affirme.

27 octobre 1946 — Naissance de la IVe République. La France rétablit un régime parlementaire.

12 mars et 5 juin 1947 — Doctrine Truman et plan Marshall. Washington organise l’endiguement.

15 août 1947 — Indépendance de l’Inde et du Pakistan. L’empire britannique des Indes est partagé.

25 février 1948 — Coup de Prague. Les communistes contrôlent la Tchécoslovaquie.

14 mai 1948 — Proclamation d’Israël. La première guerre israélo-arabe commence.

24 juin 1948-12 mai 1949 — Blocus de Berlin. Le pont aérien occidental résiste à Staline.

4 avril 1949 — Création de l’OTAN. Le bloc occidental forme une alliance défensive.

1er octobre 1949 — République populaire de Chine. Mao dirige une nouvelle puissance communiste.

18 avril 1951 — Traité de Paris. Six États fondent la CECA.

7 mai et 21 juillet 1954 — Diên Biên Phu et Genève. La guerre d’Indochine prend fin.

1er novembre 1954 — Début de la guerre d’Algérie. Le FLN lance l’insurrection.

18-24 avril 1955 — Conférence de Bandung. Les États afro-asiatiques affirment leur autonomie.

Octobre-novembre 1956 — Suez et Budapest. Le recul européen contraste avec la domination soviétique.

25 mars 1957 — Traités de Rome. Ils créent la CEE et Euratom.

4 octobre 1958 — Constitution de la Ve République. L’exécutif français est renforcé.

1960 — Année de l’Afrique et essai nucléaire français. Décolonisation et dissuasion se croisent.

18 mars et 5 juillet 1962 — Évian et indépendance algérienne. La guerre prend fin.

22-28 octobre 1962 — Crise de Cuba. L’équilibre nucléaire approche du point de rupture.

1968 — Contestations mondiales. Des sociétés remettent en cause les ordres établis.

25 octobre 1971 — La Chine populaire entre à l’ONU. Le jeu bipolaire se complexifie.