Philosophie · Notion 07
Document de coursLa justice
I. Introduction et définition de la notion
La justice désigne un principe d’évaluation des relations humaines selon lequel chacun doit recevoir le traitement, la part ou la reconnaissance qui lui revient. Cette formule fait apparaître le problème plutôt qu’elle ne le résout : déterminer ce qui revient à chacun suppose de justifier des droits, des critères de partage et des obligations. La justice peut qualifier une personne, une action, une règle ou l’organisation d’une société ; elle ne se réduit donc pas à la décision d’un tribunal.
Le mot désigne également l’institution chargée de trancher des litiges et de sanctionner certaines infractions. L’institution judiciaire applique le droit positif, c’est-à-dire les normes reconnues dans un ordre juridique déterminé. La réflexion philosophique demande si ces normes sont justes et si une décision régulière suffit à l’être. Le droit peut être évalué par les droits qu’il protège, par ses effets ou par la manière impartiale dont il a été établi.
L’égalité possède plusieurs sens. L’égalité de statut affirme que personne ne vaut moins qu’un autre ; l’égalité de traitement impose une même règle dans des situations comparables. L’égalité des ressources ou des résultats porte sur ce que les personnes possèdent effectivement. Une politique peut améliorer une forme d’égalité en en limitant une autre. Il faut donc préciser ce que l’on cherche à égaliser et pourquoi cette dimension devrait être prioritaire.
L’équité désigne une attention aux différences pertinentes et aux limites d’une règle générale. Elle ne remplace pas la règle par un sentiment personnel : une exception équitable doit pouvoir être expliquée et contrôlée. La justice cherche ainsi à tenir ensemble l’impartialité d’un principe commun et la singularité des situations. Elle doit aussi déterminer quelles personnes et quelles générations doivent être prises en considération.
II. Développement : idées, concepts et analyses philosophiques
A. La justice des règles et des décisions
La légalité et la critique du droit
Appliquer une loi existante et juger cette loi sont deux activités différentes. La première cherche une décision conforme à des normes reconnues ; la seconde examine si ces normes méritent d’être maintenues. Une société peut organiser légalement une exclusion. L’existence de la procédure ne suffit alors pas à justifier la différence de traitement.
La critique doit néanmoins formuler ses propres critères. Une conviction profonde ne suffit pas à trancher un désaccord, car une autre conviction peut lui être opposée. Il faut examiner l’égalité des personnes, les droits protégés, les torts produits et la possibilité d’accepter la règle dans des conditions impartiales. La discussion de la justice commence lorsque l’intérêt de celui qui décide ne constitue plus une justification suffisante.
La généralité et l’attention au cas
Une règle générale protège contre les décisions de faveur. Elle permet à chacun de savoir quels critères seront appliqués. Mais elle simplifie nécessairement les situations. Une date limite identique peut imposer une difficulté exceptionnelle à une personne empêchée par un événement indépendant de sa volonté. La question est de savoir si cette différence justifie une exception, et suivant quelle règle elle pourrait elle-même être reconnue.
L’équité corrige ainsi certains effets de la généralité sans autoriser l’arbitraire. Une exception juste doit pouvoir être expliquée par des propriétés pertinentes du cas. Si elle dépend seulement d’une sympathie, elle fragilise l’impartialité. Le jugement équitable exige donc davantage de justification, plutôt qu’une liberté de s’affranchir silencieusement des principes communs.
B. Les critères de répartition
L’égalité et le besoin
Une répartition égale paraît adaptée lorsque les personnes possèdent des titres comparables et que leurs différences ne sont pas pertinentes pour le bien distribué. Accorder plusieurs voix aux plus riches contredit l’égalité politique. À l’inverse, répartir un secours à parts égales entre des personnes dont les besoins diffèrent peut laisser les plus vulnérables sans protection suffisante. Le critère juste dépend donc aussi de la nature du bien et de la relation qu’il doit rendre possible.
Le besoin fournit une raison de donner davantage à celui qui subit un manque plus grave. Il demande à être défini : nécessité vitale, condition d’une participation sociale ou moyen d’un projet personnel. Toutes les préférences ne deviennent pas des besoins opposables aux autres. L’évaluation doit également tenir compte de la rareté, des possibilités de réponse et des conséquences d’une aide sur les autres bénéficiaires.
Le mérite et la contribution
Le mérite peut se rapporter à l’effort, à la qualité du résultat ou à la contribution apportée. Ces critères produisent des répartitions différentes. Une personne peut fournir un effort considérable et obtenir un résultat limité ; une autre peut produire un résultat élevé grâce à des conditions favorables. Affirmer qu’il faut récompenser le mérite ne tranche donc pas la question de sa mesure.
La rémunération économique ne constitue pas nécessairement une mesure complète du mérite moral. Elle dépend aussi de la rareté d’une compétence, de la demande ou du pouvoir de négociation. Une activité utile peut être peu rémunérée. La réflexion sur la justice doit distinguer les mécanismes qui expliquent une répartition et les raisons qui permettraient de la considérer comme justifiée.
Les chances et les effets de la situation initiale
L’égalité formelle des chances signifie qu’aucune règle n’interdit explicitement l’accès à une position. Une égalité plus substantielle demande que l’origine sociale ou les conditions de départ ne déterminent pas excessivement cet accès. Une sélection professionnelle ouverte à tous peut demeurer très inégale si la préparation exige des ressources auxquelles certains n’ont pas accès. L’ouverture juridique et la possibilité effective diffèrent alors.
Cette correction soulève à son tour des difficultés. Toutes les différences familiales ou personnelles ne peuvent être supprimées, et certaines interventions peuvent entrer en tension avec d’autres libertés. L’enjeu est de déterminer les désavantages que des institutions doivent compenser, puis de justifier les moyens retenus. La justice des chances ne fournit pas automatiquement une réponse complète à la justice des résultats.
La propriété et l’histoire des échanges
Une autre conception de la répartition part des droits sur les biens plutôt que d’un résultat collectif à atteindre. Si une possession a été acquise légitimement puis transmise par des accords libres, modifier le résultat pour correspondre à une proportion déterminée peut apparaître comme une atteinte aux choix des personnes. Deux distributions identiques en quantité ne seraient donc pas nécessairement équivalentes en justice : leur histoire compterait également.
Ce raisonnement demande une théorie de l’acquisition légitime. Il ne suffit pas que le dernier échange soit volontaire si les possessions initiales résultent d’une spoliation. Il faut aussi examiner ce qui rend un accord libre et quelles ressources peuvent devenir des propriétés exclusives. La défense des droits ne supprime donc pas la question des conditions de départ ; elle la place au fondement de l’analyse.
Les critères historiques et les critères de résultat mettent en évidence des préoccupations différentes. Les premiers protègent la continuité des droits et des engagements ; les seconds évaluent les positions que l’organisation produit effectivement. Une distribution peut être très inégale sans résulter d’un vol identifiable, ou résulter d’une histoire injuste même lorsque les parts finales sont proches. Comprendre le désaccord exige d’examiner ces deux dimensions, plutôt que de traiter toute inégalité comme une preuve immédiate ou comme une question moralement indifférente.
C. Les procédures et la structure sociale
La valeur d’une procédure équitable
Une procédure impartiale peut rendre une décision acceptable lorsque plusieurs personnes possèdent des prétentions équivalentes. Un tirage au sort départage parfois des demandes impossibles à hiérarchiser. Mais il serait inadapté si une différence essentielle, comme l’urgence d’un besoin, devait être prise en compte. La justice de la procédure dépend donc des raisons pour lesquelles elle est choisie.
Il faut distinguer la correction d’une procédure et celle de son résultat. Une décision rendue après un débat régulier peut s’appuyer sur une information erronée. Inversement, un résultat favorable ne justifie pas une procédure partiale. L’exigence de justice porte sur les deux dimensions et doit préciser comment corriger une décision lorsqu’une erreur est découverte.
Les institutions qui produisent les répartitions
La distribution des avantages ne résulte pas uniquement d’un partage final. Les règles de propriété, d’héritage, d’accès à la formation ou de coopération économique contribuent à produire les positions avant toute redistribution. Corriger un résultat et modifier les mécanismes qui le créent constituent deux manières différentes d’agir sur l’injustice.
Une analyse structurelle ne suppose pas que chaque individu favorisé ait personnellement commis un tort. Elle examine les effets réguliers d’un ensemble de règles. Cette distinction permet de comprendre comment une injustice peut persister sans intention malveillante immédiatement identifiable. Elle demande aussi de préciser qui peut agir, quelles responsabilités sont attribuables et quelles transformations amélioreraient effectivement la situation.
D. Le tort et la réponse qui lui est apportée
Réparer et reconnaître
La réparation cherche à répondre à un dommage. Restituer un bien ou indemniser une perte peut rétablir une partie de la situation antérieure. Certains torts ne sont pourtant pas intégralement compensables. Une atteinte à la dignité peut demander également une reconnaissance publique, une explication ou une modification des conditions qui l’ont rendue possible.
La réparation rencontre la question de la continuité : qui doit répondre d’un dommage lorsque son auteur a disparu ou lorsque le bénéfice d’une injustice s’est transmis ? Il faut distinguer la culpabilité personnelle, qui ne se transmet pas automatiquement, et des responsabilités liées à des institutions ou à des avantages encore présents. Cette distinction rend une discussion possible sans assimiler tous les héritiers d’une situation à ses auteurs.
Punir et prévenir
La sanction peut recevoir plusieurs justifications. La rétribution la rapporte au tort commis et à ce qui serait mérité. La prévention considère ses effets sur les conduites futures. La réinsertion vise la possibilité pour l’auteur de reprendre une place dans la vie commune. Ces finalités ne coïncident pas toujours : une peine très sévère peut paraître dissuasive tout en étant disproportionnée ou en compromettant la réinsertion.
La vengeance diffère d’une justice publique par le rapport personnel au tort et par l’absence fréquente d’une instance impartiale de limitation. Cela ne signifie pas que toute sanction institutionnelle soit juste. Elle doit être fondée sur des faits établis et tenir compte de la responsabilité. Punir un innocent pour rassurer un public pourrait servir une utilité immédiate tout en détruisant l’exigence même qui justifie la justice pénale.
E. L’étendue de la considération juste
Reconnaissance et exclusion
Une société peut répartir certains biens de manière égale tout en humiliant des groupes ou en refusant de prendre leur parole au sérieux. L’injustice concerne alors la reconnaissance et le statut, pas seulement les ressources. Une protection réelle exige parfois de transformer les conditions dans lesquelles des personnes peuvent défendre leurs intérêts et être considérées comme des interlocuteurs égaux.
Il faut toutefois éviter de réduire toute différence de traitement à une injustice. Une fonction peut demander une compétence spécifique ; une aide peut être ciblée sur un besoin. La justification repose sur la pertinence du critère et sur sa proportion avec la finalité. La reconnaissance de l’égalité n’impose donc pas d’ignorer toutes les différences, mais de refuser celles qui produisent une infériorité de statut sans raison défendable.
Frontières et générations
Les institutions de justice sont souvent organisées à l’intérieur d’une communauté politique, alors que les effets de ses décisions dépassent ses frontières. Un échange ou un dommage environnemental peut affecter des personnes qui ne participent pas à la décision. La question devient celle des obligations envers ceux qui ne sont pas membres du même État.
Les générations futures posent une difficulté comparable d’absence de voix actuelle, sans être identiques aux personnes étrangères déjà présentes. Elles subiront certaines conséquences de nos choix, mais leurs besoins précis restent incertains. La justice intergénérationnelle examine notamment la préservation de possibilités d’existence et la distribution des charges dans le temps. Elle élargit les critères du partage sans fournir une formule unique qui résoudrait tous les conflits entre présents et futurs.
III. Étude et analyse des auteurs
Aristote et les formes de l’égalité juste
Le livre V de l’Éthique à Nicomaque, au IVe siècle avant notre ère, distingue plusieurs sens de la justice. Au sens général, elle concerne la vertu dans le rapport à autrui et le respect de lois orientées vers le bien commun. Au sens particulier, elle porte sur des formes déterminées de partage ou de rectification.
La justice distributive répartit des biens communs selon une proportion. Aristote la qualifie de géométrique : le rapport entre les parts doit correspondre au rapport jugé pertinent entre les personnes. Le raisonnement n’indique pas à lui seul quel mérite doit compter. Les régimes divergent précisément sur ce critère. Cette analyse ne doit donc pas être traduite directement en justification de toutes les inégalités existantes.
La justice corrective intervient notamment lorsqu’un tort rompt une égalité dans les relations. Elle suit une logique arithmétique : retirer un gain indu ou compenser une perte, sans proportionner cette correction au prestige des personnes. L’opposition entre distribution et correction explique pourquoi une même conception de l’égalité ne s’applique pas indistinctement à tous les cas.
L’analyse de l’équité, au chapitre 10, traite des limites de la loi générale. Le législateur ne peut anticiper toutes les particularités ; une application littérale peut manquer la fin de la règle. L’équité cherche ce qu’il aurait décidé en connaissant le cas. Elle corrige donc une insuffisance de formulation plutôt qu’elle ne remplace la justice par la faveur. Les exclusions propres à la cité antique limitent historiquement l’universalité de cette pensée. Ses distinctions demeurent néanmoins utiles pour identifier la nature exacte d’un désaccord sur l’égalité.
Kant et la coexistence des libertés
La Doctrine du droit, première partie de la Métaphysique des mœurs publiée en 1797, examine les conditions sous lesquelles les libertés extérieures peuvent coexister. Kant distingue cette question de l’évaluation du motif moral. Un acte peut respecter le droit même si son auteur agit par intérêt ou par crainte de la sanction.
Le droit considère les relations entre les arbitres, c’est-à-dire entre des capacités de choisir et d’agir extérieurement. Il ne doit pas imposer à chacun la conception particulière du bonheur d’un autre. Le principe recherché permet à la liberté de l’un de s’accorder avec celle de tous sous une loi universelle. La justice juridique protège ainsi une indépendance réciproque plutôt qu’une conformité des consciences.
La contrainte peut sembler contredire cette liberté. Kant répond qu’empêcher une entrave injuste à la liberté contribue à rendre son exercice commun possible. La contrainte juridique est justifiée lorsqu’elle s’oppose à un usage incompatible avec l’égale liberté. Cet argument ne légitime donc pas toute intervention simplement parce qu’elle émane d’une autorité.
La théorie offre un critère fort contre le paternalisme et la domination privée. Elle laisse ouverte une discussion sur les conditions matérielles de l’indépendance : des personnes juridiquement libres peuvent rester placées dans des relations de dépendance économique importantes. L’apport kantien consiste à distinguer la vertu personnelle et la justice des relations extérieures, tout en soumettant la coercition à une exigence de réciprocité.
Marx et la critique d’un droit identique appliqué à des situations inégales
Dans la Critique du programme de Gotha, rédigée en 1875, Marx conteste l’idée qu’une formule générale de partage équitable suffirait à résoudre les contradictions sociales. Il examine une répartition proportionnelle au travail fourni dans une société issue du capitalisme et montre qu’un droit identique peut produire une inégalité réelle lorsque les capacités et les charges diffèrent. L’égalité d’une mesure ne neutralise donc pas les inégalités qui précèdent son application.
Une même mesure du travail paraît égalitaire. Elle s’applique pourtant à des personnes dont les capacités et les charges diffèrent. Deux travailleurs peuvent recevoir une part identique tout en ayant des besoins familiaux différents. Marx montre ainsi comment un droit égal peut produire des situations inégales. Il ne suffit pas de supprimer les privilèges explicites si la règle traite comme comparables des conditions qui ne le sont pas.
Il distingue cette première phase d’une phase supérieure de la société communiste. La distribution selon les besoins suppose alors une transformation de la production, de la division du travail et des possibilités d’abondance. Il ne présente pas simplement un mot d’ordre immédiatement applicable dans n’importe quelle économie. Sa critique lie le partage des biens à l’organisation qui les produit.
Une difficulté reste entière : comment identifier les besoins, organiser les décisions et répartir des ressources qui demeurent limitées ? L’analyse ne fournit pas tous les mécanismes institutionnels nécessaires. Elle oblige cependant à examiner les effets d’une règle sur des personnes concrètes et à ne pas confondre l’identité d’un critère avec l’équité de ses conséquences. Elle déplace également l’attention de la seule redistribution vers les rapports sociaux qui structurent la production.
Rawls et la justice comme équité
Dans Théorie de la justice, publiée en 1971, John Rawls recherche des principes pour la structure de base d’une société, c’est-à-dire ses principales institutions et leurs effets sur les perspectives de vie. Il construit une position originelle où les parties choisissent derrière un voile d’ignorance. Elles connaissent des faits généraux sur la société, mais ignorent leur propre place, leurs talents et leur conception particulière du bien.
Cette restriction cherche à empêcher chacun de tailler les principes à son avantage. Rawls défend un premier principe d’égales libertés fondamentales. Le second associe une juste égalité des chances et le principe de différence : les inégalités économiques et sociales doivent améliorer au maximum la situation des moins avantagés parmi les organisations admissibles. Les libertés fondamentales ne sont pas échangeables contre un supplément de revenu ; l’égalité des chances est également prioritaire sur le calcul des avantages économiques.
Un exemple construit permet de préciser la dernière condition. Si deux organisations respectent déjà les libertés et les chances requises, le simple fait que l’une enrichisse davantage les plus favorisés ne la rend pas préférable. Il faut comparer ce qu’elles permettent aux moins avantagés. Une inégalité peut être admise si elle améliore leur situation, mais une amélioration quelconque ne suffit pas lorsqu’une autre organisation réalisable ferait mieux pour eux.
L’argument ne repose donc ni sur une égalité absolue des résultats ni sur la seule augmentation de la richesse totale. Il reste discuté : les conditions du choix hypothétique imposent-elles réellement les principes retenus, et les biens distribués mesurent-ils correctement les possibilités de personnes ayant des besoins différents ? Rawls fournit néanmoins une méthode exigeante : une distribution n’est acceptable que si elle peut être justifiée depuis une position où personne ne connaît la place qu’il occupera.
Lexique · 15 notions
- Justice
- Principe selon lequel les personnes doivent recevoir le traitement, la reconnaissance ou les biens qui leur reviennent selon des critères justifiables. La justice concerne aussi bien les actes individuels que les règles collectives et les institutions chargées de régler les conflits.
- Droit positif
- Ensemble des règles juridiques effectivement reconnues et applicables dans une société donnée. Le droit positif décrit ce que les institutions établissent comme obligatoire ; il peut être jugé à partir de principes moraux qui ne se confondent pas avec son existence.
- Droit naturel
- Conception selon laquelle certains principes ou droits peuvent être reconnus par la raison ou fondés sur la nature humaine indépendamment des lois établies. Cette notion sert souvent à critiquer un droit positif injuste, mais ses fondements sont discutés.
- Égalité devant la loi
- Exigence selon laquelle les personnes placées dans des situations juridiquement comparables doivent être soumises aux mêmes règles. Elle n’impose pas de traiter de façon identique toutes les circonstances et n’équivaut pas à une égalité effective des ressources.
- Équité
- Recherche d’une décision juste attentive aux différences pertinentes entre les situations et aux limites d’une règle générale. L’équité n’autorise pas l’arbitraire : les adaptations apportées doivent pouvoir être justifiées par des raisons cohérentes et partageables.
- Justice distributive
- Dimension de la justice concernant la répartition des richesses, des ressources, des chances ou des charges entre les membres d’une communauté. Les critères de distribution peuvent faire appel à l’égalité, aux besoins, au mérite ou à la contribution.
- Justice corrective
- Forme de justice visant à réparer un déséquilibre né d’un tort, d’un dommage ou d’une transaction injuste. Dans la tradition aristotélicienne, elle cherche à rétablir une relation équitable entre les parties sans déterminer l’ensemble de la distribution sociale.
- Mérite
- Critère d’évaluation fondé sur les efforts, les réalisations ou les qualités attribués à une personne. Sa place dans la justice distributive soulève des difficultés : les résultats dépendent aussi de circonstances, de ressources initiales et de contributions collectives.
- Besoin
- Manque ou exigence dont la satisfaction conditionne la vie ou la possibilité d’exercer certaines capacités. Utilisé comme critère de justice, le besoin justifie parfois un traitement différencié, afin que des situations initialement inégales n’entraînent pas des privations disproportionnées.
- Impartialité
- Exigence de juger sans privilégier arbitrairement ses intérêts, ses proches ou un groupe particulier. Être impartial n’implique pas d’ignorer toutes les différences : certaines distinctions, lorsqu’elles sont pertinentes et justifiées, sont nécessaires à une décision juste.
- Égalité des chances
- Principe selon lequel les possibilités d’accéder à des positions ou à des avantages ne devraient pas dépendre de caractéristiques arbitraires de naissance ou de statut. Son interprétation varie entre simple absence de discrimination et compensation active des désavantages sociaux.
- Discrimination
- Différence de traitement fondée sur un critère qui n’est pas pertinent ou légitime dans la situation considérée. Certaines distinctions sont justifiées par les besoins ou les fonctions ; une discrimination injuste crée au contraire une exclusion ou un désavantage arbitraire.
- Position originelle
- Dispositif de raisonnement proposé par John Rawls pour choisir des principes de justice dans des conditions équitables. Les personnes y délibèrent sans connaître leur future place sociale, afin de limiter l’influence de leurs intérêts particuliers.
- Voile d’ignorance
- Condition de la position originelle chez Rawls : les participants ignorent notamment leur richesse, leur position sociale et leurs talents particuliers. Ce procédé hypothétique vise à rendre le choix des principes de justice moins dépendant des avantages que chacun pourrait retirer des règles.
- Désobéissance civile
- Violation publique, généralement non violente et assumée, d’une règle de droit afin de dénoncer une injustice et d’obtenir un changement. Elle pose la question des limites du devoir d’obéissance lorsque la légalité entre en conflit avec des principes de justice.