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FICHE 33 / 50

18 juin 1940 : de Gaulle refuse l’armistice et fonde la légitimité politique de la France libre

Le 18 juin 1940, Charles de Gaulle parle à la BBC depuis Londres alors que le nouveau gouvernement du maréchal Pétain vient de demander les conditions d’un armistice à l’Allemagne. Général de brigade à titre temporaire et ancien sous-secrétaire d’État à la Guerre, de Gaulle est encore peu connu du grand public. Son appel repose sur une analyse stratégique : la France a perdu une bataille sur son territoire, mais la guerre est mondiale et peut continuer grâce à l’Empire britannique, aux ressources des empires coloniaux et, à terme, à la puissance industrielle des États-Unis. Le texte exact entendu ce jour-là n’a pas été enregistré, ce qui explique l’importance mémorielle d’autres versions diffusées ensuite.

L’appel du 18 juin n’entraîne pas immédiatement une adhésion massive. Peu de Français l’entendent en direct. Sa portée vient surtout de ce qu’il inaugure une légitimité concurrente à celle de Vichy. De Gaulle refuse l’armistice comme décision politique et affirme que la France doit rester dans la guerre. Le 28 juin, le gouvernement britannique le reconnaît comme « chef des Français libres ». Des volontaires rejoignent Londres, tandis que certaines possessions de l’Empire se rallient progressivement, notamment le Tchad, le Cameroun et l’Afrique-Équatoriale française à l’été 1940.

La France libre doit cependant résoudre un problème politique autant que militaire. Il ne suffit pas de combattre aux côtés des Britanniques. De Gaulle veut faire reconnaître la France comme puissance alliée et empêcher qu’elle soit traitée après la guerre comme un pays vaincu ou simplement libéré de l’extérieur. Les Forces françaises libres participent à plusieurs campagnes, dont Bir Hakeim en 1942. La France libre développe aussi des institutions politiques qui deviennent en 1943 le Comité français de libération nationale à Alger, coprésidé d’abord par de Gaulle et Giraud avant que de Gaulle ne s’impose.

L’importance historique du 18 juin est donc moins celle d’un soulèvement immédiat que celle d’un acte fondateur. Il établit le principe de la continuité d’une France combattante en dehors du territoire métropolitain. À partir de 1942-1943, le rapprochement avec la Résistance intérieure renforce cette légitimité. Jean Moulin joue un rôle essentiel dans cette unification. Le récit gaullien fera ensuite du 18 juin un symbole central de la Résistance, avec une dimension mémorielle qui dépasse son audience réelle en 1940. L’appel marque le moment où le refus individuel de l’armistice commence à devenir un projet politique national.