La Shoah désigne le génocide des Juifs d’Europe perpétré par l’Allemagne nazie et ses collaborateurs. Elle ne commence pas en 1942. Elle s’inscrit dans une politique de persécution engagée dès l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Entre 1933 et 1939, les Juifs allemands sont progressivement exclus de la fonction publique, de nombreuses professions et de la citoyenneté. Les lois de Nuremberg de septembre 1935 donnent une définition raciale de la judéité et interdisent notamment certains mariages. La violence s’intensifie lors de la « Nuit de Cristal » des 9 et 10 novembre 1938. Avant la guerre, la politique vise surtout l’exclusion, la spoliation et l’émigration forcée.
La conquête de la Pologne en 1939 place plusieurs millions de Juifs sous domination allemande et radicalise la politique nazie. Dans le Gouvernement général, les autorités regroupent une partie des populations juives dans des ghettos, dont celui de Varsovie, fermé en 1940. La faim, les maladies et le travail forcé y provoquent une mortalité considérable. Les projets de déplacement territorial se succèdent sans aboutir. Cette phase est importante, car elle montre que le génocide n’est pas appliqué selon un plan parfaitement fixé dès 1933. Il résulte d’une radicalisation progressive dans le contexte de la guerre et de l’expansion territoriale.
L’invasion de l’Union soviétique en juin 1941 marque une étape décisive. Les Einsatzgruppen et d’autres unités assassinent systématiquement des communautés juives dans les territoires conquis. À la fin de 1941 et au début de 1942, les autorités nazies organisent une politique d’extermination à l’échelle européenne. La conférence de Wannsee du 20 janvier 1942 coordonne administrativement la « Solution finale », déjà engagée. Des centres de mise à mort fonctionnent en Pologne occupée, tandis que des convois déportent des Juifs depuis une grande partie du continent.
Environ six millions de Juifs sont assassinés pendant la Shoah, soit près des deux tiers de la population juive européenne d’avant-guerre. Le génocide combine décisions politiques, bureaucratie, police, transports, spoliations et collaboration de multiples institutions. Les responsabilités varient selon les pays occupés ou alliés de l’Allemagne, et des individus comme des organisations tentent aussi de cacher ou de sauver des persécutés. L’historiographie insiste aujourd’hui sur la « radicalisation cumulative » du régime nazi : les initiatives concurrentes convergent progressivement vers une politique d’extermination totale. La Shoah est donc à la fois un projet idéologique central du nazisme et un processus historique radicalisé par la guerre.
