La propagande est un instrument central des régimes totalitaires, mais elle ne se réduit pas à une simple diffusion de mensonges. Elle vise à organiser la perception du monde, à définir les ennemis et à rendre le régime omniprésent dans la vie quotidienne. En Allemagne, Joseph Goebbels dirige à partir de 1933 le ministère de l’Éducation du peuple et de la Propagande. Presse, radio, cinéma, affiches et grands rassemblements sont coordonnés autour de quelques thèmes : unité nationale, culte d’Hitler, antisémitisme et puissance allemande. La radio populaire, le Volksempfänger, permet d’élargir considérablement l’audience des discours officiels.
En URSS, la propagande glorifie la révolution, l’industrialisation et la figure de Staline. Le réalisme socialiste, imposé comme doctrine artistique dans les années 1930, doit représenter un monde conforme aux objectifs du parti plutôt qu’à la réalité sociale. Les succès économiques sont amplifiés, les échecs dissimulés et les responsables tombés en disgrâce disparaissent parfois des récits ou des images officielles. Le stakhanovisme, lancé en 1935 autour du mineur Alexeï Stakhanov, transforme l’ouvrier productif en héros politique. La propagande cherche ainsi à faire du travail et de l’obéissance des formes de participation au projet collectif.
L’encadrement passe aussi par les organisations de masse. Les Jeunesses hitlériennes et la Ligue des jeunes filles allemandes doivent former les enfants selon les normes raciales et militaires du nazisme. En URSS, les Pionniers et le Komsomol inculquent la discipline communiste. En Italie, l’Opera Nazionale Balilla remplit une fonction comparable. L’école, le sport, les loisirs et les cérémonies deviennent des espaces politiques. L’objectif est de réduire les institutions concurrentes, famille, Église, associations ou syndicats indépendants, et de créer une fidélité directe envers le régime.
Cette emprise ne signifie pas que toute la population adhère avec la même intensité. Les régimes doivent composer avec l’indifférence, les pratiques privées, les résistances religieuses ou culturelles et les comportements opportunistes. La propagande fonctionne souvent parce qu’elle se combine à des expériences concrètes, comme le retour de l’emploi en Allemagne, la mobilité sociale en URSS ou le prestige national. Elle s’appuie également sur la peur de la répression. L’encadrement totalitaire doit donc être compris comme une ambition jamais parfaitement achevée : il transforme profondément les sociétés sans supprimer entièrement les distances, les accommodements et les formes de retrait.
