L’Allemagne est l’un des pays les plus vulnérables au choc de 1929. La stabilisation obtenue après l’hyperinflation de 1923 repose en partie sur l’afflux de capitaux américains et sur une économie fortement dépendante des exportations. Lorsque les prêteurs américains rapatrient leurs fonds, le crédit se contracte brutalement. Les faillites augmentent et la production industrielle chute. Le chômage dépasse cinq millions de personnes au début de 1932. Cette crise frappe une République de Weimar déjà fragilisée par le souvenir de la défaite de 1918, le traité de Versailles, la polarisation politique et la faiblesse des coalitions parlementaires.
Le chancelier Heinrich Brüning, au pouvoir de mars 1930 à mai 1932, mène une politique déflationniste. Il réduit les dépenses publiques, comprime les salaires et relève certains prélèvements afin de défendre la monnaie et de démontrer que l’Allemagne ne peut supporter durablement les réparations. Cette stratégie aggrave à court terme la contraction de la demande. Faute de majorité stable au Reichstag, Brüning gouverne de plus en plus par décrets présidentiels en s’appuyant sur l’article 48 de la Constitution. La crise économique se double donc d’une crise du parlementarisme, ce qui banalise des pratiques autoritaires avant même l’arrivée d’Hitler au pouvoir.
Le NSDAP exploite cette désorganisation. Son discours associe promesse d’emploi, rejet du traité de Versailles, anticommunisme, antisémitisme et dénonciation des élites de Weimar. Son électorat est socialement divers, avec une forte progression dans les classes moyennes, les milieux protestants et certaines zones rurales. Aux élections de septembre 1930, le parti obtient 18,3 % des voix, contre 2,6 % en 1928. En juillet 1932, il atteint 37,3 % et devient le premier parti du Reichstag. La crise fournit donc au nazisme une audience de masse qu’il ne possédait pas auparavant.
La crise ne suffit pourtant pas à expliquer la prise du pouvoir. Le NSDAP recule à 33,1 % en novembre 1932 et Hitler n’obtient jamais seul une majorité électorale. Sa nomination comme chancelier le 30 janvier 1933 résulte aussi des calculs des élites conservatrices autour du président Hindenburg, qui pensent pouvoir l’encadrer dans un gouvernement de coalition. L’effondrement économique a radicalisé l’électorat et affaibli la légitimité du régime. La destruction de la démocratie vient ensuite d’une décision politique : celle d’ouvrir le pouvoir à Hitler, qui utilise rapidement les institutions pour supprimer toute concurrence.
