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FICHE 11 / 50

Le Front populaire en 1936 : de l’unité antifasciste à la victoire électorale et à l’espoir social

Le Front populaire naît moins d’une unité idéologique que d’un rapprochement défensif face à la crise politique ouverte en 1934. Jusqu’alors, socialistes de la SFIO et communistes du PCF sont profondément divisés depuis le congrès de Tours de 1920. Après le 6 février 1934, la crainte d’un basculement autoritaire favorise l’unité d’action. Le changement de stratégie de l’Internationale communiste, qui autorise à partir de 1934-1935 les alliances antifascistes, accélère ce mouvement. Le 14 juillet 1935, socialistes, communistes et radicaux défilent ensemble. Ils élaborent ensuite un programme commun limité, centré sur la défense de la République, les libertés publiques et des mesures économiques et sociales contre la crise.

Aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, les partis du Front populaire remportent la majorité à la Chambre. La SFIO devient la principale force de la coalition. Le PCF progresse fortement mais choisit de soutenir le gouvernement sans y participer, tandis que les radicaux fournissent plusieurs ministres. Léon Blum, chef de la SFIO, devient président du Conseil en juin 1936. Sa nomination constitue un événement politique majeur : il est le premier socialiste à diriger durablement un gouvernement français et il devient immédiatement la cible d’une violente campagne antisémite dans une partie de la presse d’extrême droite.

La victoire électorale provoque un mouvement social qui dépasse le cadre du programme initial. À partir de mai 1936, des grèves avec occupation d’usines se diffusent rapidement. Environ deux millions de salariés participent au mouvement au plus fort de la mobilisation. Ces occupations sont souvent festives et disciplinées, mais elles expriment une demande de dignité, de hausse des salaires et de reconnaissance syndicale. Le gouvernement Blum, qui n’est pas encore officiellement installé au début du mouvement, cherche à éviter une confrontation et organise une négociation entre la Confédération générale du patronat français et la CGT.

Le Front populaire doit donc être compris à la fois comme une coalition politique antifasciste et comme un moment d’affirmation sociale du monde ouvrier. Son programme demeure réformiste : Blum distingue la « conquête du pouvoir » dans le cadre républicain de « l’exercice du pouvoir » sous les institutions existantes. Il n’entend ni abolir le capitalisme ni engager une révolution. Cette modération n’empêche pas une rupture symbolique profonde. En 1936, une majorité parlementaire affirme que la défense de la démocratie passe aussi par l’amélioration concrète des conditions de vie et par la reconnaissance de nouveaux droits collectifs.