L’ordre international de 1919 repose principalement sur les traités de paix signés après la Première Guerre mondiale et sur la création de la Société des Nations. Le traité de Versailles de juin 1919 impose à l’Allemagne des pertes territoriales, des limitations militaires et le principe des réparations. D’autres traités redessinent l’Europe centrale selon le principe, imparfaitement appliqué, des nationalités. De nouveaux États apparaissent ou s’agrandissent, tandis que des minorités importantes restent souvent incluses dans des frontières qu’elles contestent. L’ordre issu de 1919 se veut donc fondé sur le droit et la sécurité collective, mais il contient dès l’origine plusieurs sources de frustration.
La SDN souffre aussi de faiblesses institutionnelles. Les États-Unis, dont le président Wilson avait pourtant défendu le projet, n’y adhèrent pas. L’organisation ne dispose ni d’une armée propre ni de mécanismes automatiques de sanction. Elle dépend donc de la volonté des grandes puissances, notamment de la France et du Royaume-Uni. Dans les années 1920, les accords de Locarno de 1925 et l’entrée de l’Allemagne à la SDN en 1926 donnent l’impression d’une stabilisation. La crise de 1929 puis le retour des politiques nationales de puissance fragilisent cependant cette détente.
Le Japon ouvre la première grande brèche en occupant la Mandchourie en 1931 et en créant l’État fantoche du Mandchoukouo. Face aux critiques de la SDN, il quitte l’organisation en 1933. La même année, Hitler retire l’Allemagne de la conférence du désarmement puis de la SDN. L’Italie fasciste envahit l’Éthiopie en 1935. Les sanctions décidées contre Rome sont incomplètes et ne suffisent pas à arrêter l’agression. Ces crises montrent qu’un système de sécurité collective n’est crédible que si les États acceptent de supporter le coût politique, économique et éventuellement militaire de son application.
À la fin des années 1930, l’ordre de 1919 est donc progressivement remplacé par une logique de révision par la force. Les puissances dites révisionnistes ne poursuivent pas toutes les mêmes buts. L’Italie cherche un empire méditerranéen et africain, le Japon domine l’Asie orientale, tandis que l’Allemagne nazie veut détruire Versailles et construire un espace continental sous hégémonie allemande. Les démocraties cherchent à éviter une nouvelle guerre générale, mais leurs concessions successives diminuent la crédibilité de la dissuasion. L’échec de l’ordre de 1919 tient ainsi à la combinaison de défauts initiaux, de la crise économique, de l’absence de coopération durable et de la volonté offensive des dictatures.
