La défaite française de mai-juin 1940 est l’une des plus rapides de l’histoire militaire du pays. Elle ne s’explique pas par une simple infériorité numérique ou par l’absence de volonté de combattre. La France dispose d’une armée importante, appuyée par le corps expéditionnaire britannique, et consacre depuis les années 1930 des moyens considérables à sa défense. Sa stratégie reste toutefois largement conçue pour éviter les pertes massives de 1914-1918. La ligne Maginot protège une partie de la frontière orientale, tandis que le plan Dyle prévoit de porter les armées alliées en Belgique dès l’offensive allemande afin d’y établir un front défensif.
Le plan allemand exploite précisément ce dispositif. Alors qu’un groupe d’armées attaque les Pays-Bas et la Belgique, le principal effort blindé traverse les Ardennes et franchit la Meuse à Sedan à partir du 13 mai. Le commandement français réagit lentement, car ses réserves sont insuffisantes et ses communications plus rigides que celles des unités allemandes. Les Panzer atteignent la Manche le 20 mai et isolent les forces alliées du Nord. La bataille n’est pourtant pas terminée à ce moment. Des combats très durs se poursuivent, et l’évacuation de Dunkerque permet de sauver une grande partie de l’armée britannique ainsi que des soldats français.
À partir du 5 juin, l’Allemagne attaque le dispositif reconstitué sur la Somme et l’Aisne. Le gouvernement quitte Paris, qui est occupée le 14 juin. Le débat politique devient aussi important que la situation militaire. Paul Reynaud souhaite poursuivre la guerre depuis l’Afrique du Nord avec le soutien britannique, tandis qu’une partie du gouvernement, autour du maréchal Pétain et du général Weygand, considère la défaite comme irréversible et demande un armistice. Reynaud démissionne le 16 juin. Pétain devient président du Conseil et annonce le lendemain qu’il faut « cesser le combat ».
L’armistice est signé à Rethondes le 22 juin 1940. La France est divisée entre une zone occupée au nord et à l’ouest et une zone dite libre administrée depuis Vichy jusqu’en novembre 1942. La défaite résulte donc d’un effondrement opérationnel et stratégique, non d’une prétendue décadence nationale unique. Les travaux historiques ont largement remis en cause les explications morales formulées par Vichy. Elle provoque toutefois une rupture politique majeure : effondrement de la IIIe République, naissance du régime de Vichy et émergence, autour de de Gaulle, d’une autre légitimité française fondée sur la poursuite de la guerre.
