Lorsque Léon Blum forme son gouvernement en juin 1936, la vague de grèves avec occupations d’usines place la question sociale au premier plan. Le gouvernement réunit dans la nuit du 7 au 8 juin, à l’hôtel Matignon, les représentants de la Confédération générale du patronat français et ceux de la CGT. Les accords obtenus ne sont pas une loi votée par le Parlement, mais un compromis négocié sous l’arbitrage de l’État. Ils prévoient notamment des hausses de salaires, la reconnaissance des délégués du personnel, la liberté syndicale dans l’entreprise et le développement des conventions collectives. En échange, la CGT s’engage à favoriser la reprise du travail.
Le Parlement complète rapidement cet accord par plusieurs réformes emblématiques. La loi du 20 juin 1936 institue deux semaines de congés payés. Celle du 21 juin fixe la durée légale hebdomadaire du travail à quarante heures, contre quarante-huit heures auparavant dans de nombreux secteurs. Les conventions collectives sont renforcées par la loi du 24 juin. D’autres mesures concernent l’Office national interprofessionnel du blé, la scolarité obligatoire portée à quatorze ans et la nationalisation des industries de guerre. Le gouvernement développe aussi une politique de loisirs populaires, associée au sous-secrétaire d’État Léo Lagrange.
La portée sociale est considérable. Pour de nombreux salariés, les congés payés offrent pour la première fois un temps de repos annuel garanti et rémunéré. La semaine de quarante heures transforme la relation entre temps de travail et temps libre. Les accords Matignon consolident surtout la présence syndicale et la négociation collective dans l’entreprise. Ils participent à un déplacement durable du rapport de forces social. Les photographies de départs en vacances ont donné à 1936 une mémoire heureuse, qui ne doit toutefois pas masquer la conflictualité du moment, ni les inquiétudes patronales devant l’occupation des lieux de production.
Le bilan économique est plus complexe. Les hausses de salaires soutiennent la consommation, mais la hausse des prix en réduit rapidement une partie. La semaine de quarante heures, appliquée de manière rigide dans certains secteurs, peut créer des tensions de production au moment où l’industrie française doit aussi se réarmer. Les sorties de capitaux et les difficultés monétaires conduisent à la dévaluation du franc en septembre 1936. Ces contraintes ne retirent rien à la portée historique des réformes. Les accords Matignon et les lois sociales de juin 1936 inscrivent durablement l’idée que la démocratie politique doit aussi organiser un compromis social entre salariés, employeurs et État.
