La politique d’apaisement désigne surtout la stratégie britannique des années 1930 visant à résoudre par la négociation certaines revendications des puissances révisionnistes afin d’éviter une guerre générale. Neville Chamberlain, Premier ministre depuis mai 1937, en devient la figure principale. Cette politique s’explique par le traumatisme de 1914-1918, la faiblesse militaire relative de l’Empire britannique sur plusieurs théâtres, la priorité donnée au réarmement aérien et l’idée que certaines clauses de Versailles peuvent être corrigées. Elle repose sur une hypothèse décisive : Hitler aurait des objectifs limités et pourrait être satisfait par des concessions raisonnables.
La crise des Sudètes met cette hypothèse à l’épreuve. En 1938, Hitler exige le rattachement au Reich des régions frontalières de Tchécoslovaquie où vivent environ trois millions de germanophones. Le dirigeant du parti allemand des Sudètes, Konrad Henlein, soutenu par Berlin, multiplie les revendications. La Tchécoslovaquie est pourtant une démocratie, alliée à la France et dotée d’une armée ainsi que de fortifications importantes. Chamberlain rencontre Hitler à plusieurs reprises en septembre. La perspective d’une guerre européenne paraît imminente, alors que les opinions française et britannique restent profondément inquiètes.
Les 29 et 30 septembre 1938, l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni et la France signent les accords de Munich. La Tchécoslovaquie et l’URSS ne participent pas réellement à la décision. Prague doit céder les Sudètes à l’Allemagne. Chamberlain revient à Londres en proclamant avoir obtenu « la paix pour notre temps ». En France, Édouard Daladier accepte également l’accord, convaincu que le pays n’est pas prêt à combattre sans appui britannique. À court terme, la guerre est évitée. À moyen terme, l’Allemagne gagne des fortifications, des ressources industrielles et une position stratégique dominante en Europe centrale.
Munich est devenu le symbole des limites de l’apaisement, mais son évaluation historique doit éviter l’anachronisme. En septembre 1938, les dirigeants occidentaux ne disposent pas de la certitude rétrospective que la guerre sera inévitable. Le réarmement britannique profite aussi du délai obtenu. Le problème essentiel apparaît en mars 1939, lorsque Hitler occupe Prague et transforme les terres tchèques en protectorat de Bohême-Moravie. Il ne s’agit plus de réunir des germanophones au Reich. L’apaisement perd alors son fondement : les ambitions allemandes sont désormais clairement expansionnistes. Munich a retardé la guerre, sans régler le problème qui la rendait probable.
