Dès son arrivée au pouvoir, Hitler fait du réarmement un instrument central de sa politique. Le traité de Versailles limite l’armée allemande à 100 000 hommes, interdit l’aviation militaire et restreint fortement l’armement lourd. Le régime contourne puis abandonne ouvertement ces clauses. En mars 1935, Hitler rétablit le service militaire obligatoire et annonce l’existence de la Luftwaffe. Le Royaume-Uni signe en juin l’accord naval germano-britannique, qui autorise une flotte allemande limitée par rapport à la Royal Navy. Cette concession illustre déjà la difficulté des démocraties à maintenir un front commun contre la remise en cause de Versailles.
Le réarmement répond à plusieurs objectifs. Il réduit le chômage grâce aux commandes publiques et aux grands programmes d’investissement, même si la reprise allemande ne s’explique pas par lui seul. Il prépare surtout une politique d’expansion fondée sur le rapport de force. Le plan de Quatre Ans confié à Hermann Göring en 1936 doit rendre l’économie plus apte à soutenir une guerre prochaine, en développant les produits de substitution et les industries stratégiques. L’autarcie complète reste impossible, ce qui renforce paradoxalement la logique de conquête : l’Allemagne cherche aussi à sécuriser par la force des ressources et des espaces économiques.
La première victoire diplomatique majeure est la remilitarisation de la Rhénanie le 7 mars 1936. Des troupes allemandes entrent dans une zone qui devait rester démilitarisée selon Versailles et Locarno. L’armée française dispose alors d’une supériorité locale potentielle, mais Paris refuse d’agir sans soutien britannique. Hitler prend un risque réel et constate que les démocraties n’interviennent pas. L’Anschluss avec l’Autriche en mars 1938 puis la crise des Sudètes montrent ensuite une accélération. Le principe revendiqué du rassemblement des populations germanophones sert de levier à une politique beaucoup plus vaste de domination continentale.
Les ambitions hitlériennes ne se limitent donc pas à corriger certaines frontières de 1919. Le mémorandum Hossbach de novembre 1937 révèle la conviction du Führer qu’une expansion territoriale est nécessaire à la puissance allemande. Le Lebensraum doit être conquis principalement en Europe orientale. La politique extérieure combine révision du traité, nationalisme pangermaniste, calcul stratégique et projet racial. Les succès sans guerre de 1936 à 1938 renforcent l’autorité d’Hitler et convainquent le régime que les adversaires hésiteront toujours. Cette lecture encourage une prise de risque croissante qui mène, en 1939, à l’affrontement général.
