Les Roms et les Sintés, souvent désignés en français par le terme générique de Tsiganes, sont victimes de persécutions anciennes en Europe. Le nazisme radicalise ces préjugés en leur donnant une justification pseudo-raciale. Dès les années 1930, les autorités allemandes les recensent, les surveillent et limitent leurs droits. Les catégories administratives sont parfois contradictoires, car les idéologues nazis hésitent sur la manière de classer certaines populations romani. Cette incohérence n’empêche pas une politique croissante d’exclusion. Des Roms et Sintés sont internés, soumis au travail forcé ou déplacés avant même le déclenchement de la guerre.
La guerre entraîne une radicalisation comparable, sans être identique, à celle qui frappe les Juifs. Dans les territoires occupés à l’Est, des unités allemandes et leurs auxiliaires assassinent des groupes roms. Dans le Reich et l’Europe occupée, des familles sont déportées vers des camps. En décembre 1942, Himmler ordonne la déportation d’une grande partie des Roms et Sintés du Reich vers Auschwitz-Birkenau, où un secteur spécifique est créé. D’autres politiques varient selon les territoires et les autorités d’occupation, ce qui rend la chronologie moins homogène que celle de la « Solution finale ».
Le nombre de victimes reste difficile à établir avec précision. Les estimations historiques varient généralement de plusieurs centaines de milliers, en raison de la dispersion géographique, du manque d’archives et de l’absence de recensements fiables avant la guerre. Cette incertitude statistique ne remet pas en cause la nature raciale et exterminatrice de la persécution. Les chercheurs utilisent notamment le terme romani Porajmos, « dévorer », ou Samudaripen, « meurtre de masse », même si ces termes ne font pas l’objet du même consensus mémoriel dans toutes les communautés concernées.
La reconnaissance de ce génocide a été tardive après 1945. De nombreux survivants continuent à subir discriminations et marginalisation, tandis que les autorités allemandes ont longtemps présenté les persécutions comme des mesures de police plutôt que comme une politique raciale. Les travaux historiques et les mobilisations mémorielles ont progressivement corrigé cette lecture. Le génocide des Roms et Sintés rappelle que le projet racial nazi visait plusieurs groupes et que la hiérarchie biologique prétendue du régime produisait différentes politiques de persécution. Il faut toutefois conserver la spécificité de chaque processus plutôt que de les confondre sous une catégorie unique.
