Le régime de Vichy naît de la défaite de juin 1940. Après l’armistice, le gouvernement s’installe dans la ville de Vichy. Le 10 juillet 1940, députés et sénateurs réunis en Assemblée nationale accordent par 569 voix contre 80 les pleins pouvoirs constituants au maréchal Philippe Pétain. Les actes constitutionnels des jours suivants mettent fin dans les faits à la IIIe République. Pétain concentre l’essentiel des pouvoirs et lance la « Révolution nationale », fondée sur la devise « Travail, Famille, Patrie ». Le régime rejette le parlementarisme, glorifie l’autorité, la hiérarchie sociale, le corporatisme et une vision conservatrice de la société.
Vichy mène très tôt une politique propre de discrimination et d’exclusion. Le premier statut des Juifs du 3 octobre 1940, adopté sans exigence directe allemande dans sa formulation initiale, exclut les Juifs de nombreuses fonctions publiques et professions. Une seconde législation en 1941 durcit ces mesures. Le régime interne des étrangers, des francs-maçons, des communistes et d’autres catégories jugées hostiles est également renforcé. Cette politique montre que Vichy n’est pas seulement un gouvernement soumis à l’occupant. Il possède un projet autoritaire et antisémite autonome, même si la présence allemande détermine évidemment le cadre général de son action.
La collaboration d’État est officialisée par la rencontre de Montoire entre Pétain et Hitler le 24 octobre 1940. Elle prend des formes diplomatiques, économiques, policières et idéologiques. Pierre Laval, revenu au pouvoir en avril 1942, cherche une coopération plus étroite avec l’Allemagne. La police française participe aux arrestations et aux déportations de Juifs. Le Service du travail obligatoire, instauré en 1943 après l’échec de la Relève, envoie des travailleurs français en Allemagne. La Milice, créée la même année, combat la Résistance. À partir de novembre 1942, l’occupation allemande de la zone sud réduit encore l’autonomie du régime.
La notion de collaboration doit être distinguée de celle de simple accommodation quotidienne avec l’occupant. Elle désigne ici un choix politique de coopération avec l’Allemagne nazie. Les motivations varient : anticommunisme, antisémitisme, désir de préserver une marge de souveraineté, opportunisme ou conviction d’une victoire allemande durable. Vichy perd progressivement toute légitimité à mesure que la guerre tourne en faveur des Alliés et que la Résistance s’unifie. À la Libération, la République française affirme juridiquement que le régime de Vichy était « nul et non avenu ». L’histoire retient pourtant sa responsabilité propre dans la collaboration et la persécution.
