En septembre 1945, après la capitulation japonaise, Hô Chi Minh proclame à Hanoï l’indépendance de la République démocratique du Vietnam. Le Viet Minh, coalition dominée par les communistes, a acquis une forte légitimité par la lutte contre l’occupation japonaise. La France, qui veut rétablir son autorité en Indochine, négocie d’abord avec Hô Chi Minh. Les compromis restent fragiles, notamment sur le statut du Vietnam et de la Cochinchine. Les affrontements de Haïphong puis de Hanoï en novembre-décembre 1946 marquent l’entrée dans la guerre ouverte. Les accords du 6 mars 1946 avaient pourtant reconnu la République démocratique du Vietnam comme un « État libre » au sein de la Fédération indochinoise et de l’Union française ; leur ambiguïté, notamment sur la Cochinchine et le degré réel de souveraineté, contribue à l’échec du compromis.
Le conflit change de nature à partir de 1949. La victoire communiste en Chine offre au Viet Minh une profondeur stratégique, des armes et des bases arrière. Les États-Unis, qui voient désormais l’Indochine à travers la logique de l’endiguement, financent une part croissante de l’effort militaire français et soutiennent l’État du Vietnam associé à Bảo Đại. La guerre de décolonisation devient donc aussi une guerre froide asiatique.
Militairement, la France contrôle surtout les villes, les axes et certaines régions, tandis que le Viet Minh développe une guerre combinant guérilla, mobilisation politique et forces régulières. Le général Võ Nguyên Giáp cherche à transformer progressivement le rapport de force. Pour Paris, le conflit devient coûteux et politiquement difficile à justifier. Les gouvernements français veulent éviter l’abandon tout en refusant une mobilisation nationale comparable à celle d’une guerre européenne. Cette contradiction pèse lourdement sur la stratégie. En 1953, le choix d’établir un camp retranché à Diên Biên Phu doit attirer et détruire les forces adverses ; il débouchera sur une défaite décisive.
