L’Algérie occupe une place particulière dans l’empire français. Conquise à partir de 1830, elle est organisée en départements et compte environ un million d’Européens au milieu des années 1950, pour près de neuf millions de musulmans. Les inégalités politiques, foncières et sociales demeurent profondes. Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en mai 1945, après des manifestations nationalistes, montrent l’ampleur de la fracture. Les tentatives de réforme restent insuffisantes pour répondre aux aspirations croissantes à l’indépendance.
Le 1er novembre 1954, le Front de libération nationale lance une série d’attentats, la « Toussaint rouge ». Le conflit s’étend progressivement. L’armée française mène des opérations de quadrillage, de déplacement de populations et de renseignement. Le FLN combine guérilla, attentats, organisation politique et action diplomatique. La bataille d’Alger en 1957 révèle l’efficacité tactique de la répression française, notamment par l’usage de la torture, mais aussi son coût moral et politique. L’escalade s’accélère notamment après la loi du 12 mars 1956 accordant des pouvoirs spéciaux au gouvernement de Guy Mollet : les effectifs militaires augmentent fortement et la logique de maintien de l’ordre se transforme en guerre de grande ampleur.
La guerre divise profondément la France. Les gouvernements de la IVe République peinent à définir une issue, tandis que les Européens d’Algérie et une partie de l’armée refusent toute perspective d’abandon. La crise du 13 mai 1958 à Alger favorise le retour du général de Gaulle et l’instauration de la Ve République. De Gaulle évolue ensuite vers l’autodétermination, ce qui provoque la rupture avec les partisans de l’Algérie française et la création de l’OAS. Les accords d’Évian du 18 mars 1962 ouvrent la voie à l’indépendance. La guerre d’Algérie est donc simultanément une guerre de décolonisation, une guerre civile partielle et une crise majeure de l’État français.
