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FICHE 67 / 76

L’offensive du Têt de 1968 : un revers militaire communiste devenu tournant politique de la guerre du Vietnam

Dans la nuit du 30 au 31 janvier 1968, au moment du Nouvel An vietnamien, les forces communistes déclenchent une offensive coordonnée contre de nombreuses villes et installations du Sud-Vietnam. Saigon, Huê et plusieurs bases américaines sont touchées. Des combattants parviennent même à pénétrer dans l’enceinte de l’ambassade des États-Unis à Saigon. L’effet de surprise est considérable, d’autant que l’administration Johnson affirmait depuis des mois que l’adversaire s’affaiblissait. L’offensive du Têt vise autant le champ militaire que les perceptions : Hanoï espère provoquer un soulèvement au Sud et ébranler la détermination américaine.

Sur le plan strictement militaire, les résultats communistes sont décevants. Les soulèvements attendus n’ont pas lieu et les forces du Front national de libération subissent de lourdes pertes. Les Américains et l’armée sud-vietnamienne reprennent les positions conquises. À Huê, les combats durent plusieurs semaines. Pourtant, l’écart entre les annonces optimistes de Washington et les images d’une guerre toujours capable de frapper au cœur des villes produit un choc politique. Une victoire tactique américaine ne peut plus être facilement présentée comme la preuve d’une victoire stratégique prochaine.

Le Têt accélère donc la crise de confiance aux États-Unis. Le 31 mars 1968, Lyndon Johnson annonce une limitation des bombardements sur le Nord et renonce à solliciter un nouveau mandat présidentiel. L’opinion publique n’adopte pas d’un seul coup une position pacifiste, mais le doute sur la conduite de la guerre s’approfondit. Des négociations s’ouvrent à Paris en mai. Le Têt illustre une règle essentielle des guerres politiques : le succès ne se mesure pas seulement au contrôle du terrain ou au nombre de pertes infligées. Il dépend aussi de la capacité à préserver la crédibilité d’un objectif et la volonté de continuer à payer son coût.