L’Union soviétique sort de la Seconde Guerre mondiale à la fois victorieuse et dévastée. L’Armée rouge a joué un rôle décisif dans la destruction de la Wehrmacht, notamment à Stalingrad, Koursk puis lors des offensives de 1944-1945. Cette victoire donne à l’URSS un prestige immense et lui permet d’occuper militairement une grande partie de l’Europe centrale et orientale. Dans le même temps, le pays a perdu environ 26 à 27 millions d’habitants et de vastes régions ont été détruites. La puissance soviétique de 1945 repose donc sur une capacité militaire considérable adossée à une société épuisée.
Staline raisonne d’abord en termes de sécurité. L’URSS a subi plusieurs invasions venues de l’ouest en quelques décennies. Moscou veut empêcher qu’une Allemagne reconstruite puisse redevenir une menace et cherche à établir autour de ses frontières une zone d’États politiquement sûrs. Cette logique de glacis stratégique se combine avec l’idéologie communiste et avec les intérêts des partis communistes locaux. Entre 1945 et 1948, les régimes d’Europe de l’Est passent progressivement sous contrôle soviétique, selon des modalités différentes mais convergentes. Cette recherche de sécurité ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la soviétisation : elle se combine avec l’idéologie communiste, les intérêts de puissance de Moscou et la volonté d’empêcher l’émergence de gouvernements susceptibles de s’éloigner de l’URSS.
L’après-guerre n’entraîne pas une libéralisation interne. Le régime stalinien réaffirme le contrôle politique, la censure et la priorité donnée à l’industrie lourde. Le quatrième plan quinquennal, lancé en 1946, organise la reconstruction dans un cadre autoritaire. L’URSS acquiert la bombe atomique en août 1949, mettant fin au monopole américain. À cette date, elle est devenue une superpuissance militaire, mais son économie reste beaucoup moins productive et diversifiée que celle des États-Unis. La bipolarité ne signifie donc pas égalité complète des ressources : elle désigne surtout la concentration du pouvoir stratégique autour de deux États capables d’organiser des blocs.
