En 1945, les États-Unis occupent une position exceptionnelle. Leur territoire continental n’a pas été dévasté, leur production industrielle a fortement augmenté pendant la guerre et ils détiennent une part considérable des réserves mondiales d’or. Le dollar devient la monnaie centrale du système de Bretton Woods. Les États-Unis disposent aussi d’une marine et d’une aviation mondiales, de bases extérieures et, jusqu’en 1949, du monopole de l’arme atomique. Cette accumulation de ressources transforme une grande puissance en puissance véritablement globale.
La supériorité américaine ne signifie pas que Washington souhaite administrer directement le monde. L’objectif est plutôt de construire un environnement international compatible avec la sécurité et la prospérité américaines : économies ouvertes, stabilité monétaire, institutions multilatérales et absence de domination hostile sur l’Eurasie. L’ONU, le FMI, la Banque mondiale, puis le GATT en 1947 et le plan Marshall en 1947-1948, constituent les différents éléments de cet ordre. Le poids américain s’exerce donc à la fois par la force, le crédit, les institutions et l’attraction du modèle de consommation.
Cette puissance est pourtant traversée par des contradictions. La démobilisation doit reconvertir l’économie de guerre. Les tensions raciales persistent, tandis que les soldats afro-américains revenus d’Europe réclament davantage d’égalité. Sur le plan international, l’opinion publique reste attachée à l’idée de ne pas être entraînée dans des conflits permanents. Entre 1945 et 1947, la politique américaine se transforme rapidement sous l’effet de la montée des tensions avec l’URSS. Le passage d’une prépondérance potentielle à une stratégie d’engagement durable constitue l’un des changements décisifs du début de la guerre froide.
