NavigationRetour au cours
FICHE 48 / 76

Planification et modernisation sous la IVe République : comment l’État accompagne le rattrapage économique français

La France de 1945 dispose d’un appareil productif vieilli, de logements insuffisants et d’infrastructures endommagées. La priorité n’est pas seulement de reconstruire ce qui a été détruit. Les responsables de l’après-guerre veulent moderniser une économie considérée comme trop fragmentée et insuffisamment productive. Le Commissariat général au Plan, créé en 1946 et confié à Jean Monnet, inaugure une planification indicative. L’État ne fixe pas autoritairement toute la production. Il réunit administrations, entreprises et représentants professionnels autour d’objectifs communs d’investissement et de productivité. Le premier plan de modernisation et d’équipement, dit plan Monnet, est adopté au début de 1947 pour la période 1947-1952 : le Commissariat créé en 1946 prépare donc un instrument qui entre réellement en application l’année suivante.

Le premier plan concentre les ressources sur des secteurs jugés essentiels : charbon, électricité, ciment, transports, machines agricoles et sidérurgie. Les nationalisations donnent à l’État un levier direct dans l’énergie, les transports, le crédit et certaines grandes entreprises. L’aide américaine du plan Marshall, versée à partir de 1948, facilite l’achat d’équipements et de matières premières. Les investissements publics et privés se complètent dans une économie qui reste largement marchande. Cette combinaison explique une partie du rattrapage rapide de productivité.

Le modèle n’est ni purement libéral ni dirigiste au sens soviétique. Il repose sur une coordination publique destinée à réduire les goulets d’étranglement et à orienter l’accumulation de capital. Dans les années 1950, la modernisation gagne l’automobile, la chimie, l’équipement électrique et les biens de consommation. Les gains de productivité permettent une hausse des salaires réels et préparent la société de consommation. La IVe République apparaît ici sous un autre angle que celui de l’instabilité parlementaire : l’État administratif, les entreprises et les partenaires économiques construisent une continuité de long terme qui survivra au changement de régime de 1958.