La Seconde Guerre mondiale est le conflit le plus meurtrier du XXe siècle. Les estimations varient selon les méthodes, mais le bilan global se situe autour de 60 à 70 millions de morts, civils et militaires. L’URSS paie le tribut le plus lourd, avec environ 26 à 27 millions de morts. La Pologne perd une part considérable de sa population, notamment du fait de l’extermination des Juifs polonais. La Chine, engagée contre le Japon depuis 1937, compte elle aussi plusieurs millions de victimes. Cette mortalité exceptionnelle tient à la combinaison des combats, des bombardements, des famines, des massacres, du travail forcé et des politiques génocidaires.
La destruction matérielle est très inégale. Les États-Unis sortent de la guerre avec leur territoire intact et un appareil productif considérablement renforcé. À l’inverse, l’Europe centrale et orientale, l’Allemagne, une partie de l’Italie, l’URSS occidentale et de nombreuses villes françaises ou britanniques ont subi des destructions importantes. Les infrastructures ferroviaires, les logements, les ports et certaines capacités industrielles doivent être reconstruits. La pénurie reste forte en 1945-1947, et plusieurs pays maintiennent le rationnement bien après la fin des combats.
Le bilan ne se mesure toutefois pas seulement en ruines. La guerre a profondément modifié la structure des États. Les administrations ont appris à mobiliser les ressources, contrôler les prix, orienter la production et organiser la protection sociale. Après 1945, une partie de ces instruments est conservée pour la reconstruction. Les gouvernements européens associent alors intervention publique, planification indicative, nationalisations et extension des systèmes sociaux. Le désastre de guerre devient ainsi l’un des points de départ de la forte croissance de l’après-guerre : la reconstruction crée une demande massive d’investissements, tandis que les États cherchent à prévenir le retour des crises politiques et sociales de l’entre-deux-guerres. Il faut toutefois éviter d’en déduire que la destruction produit mécaniquement la prospérité : le redressement repose aussi sur le rattrapage technologique, l’investissement, la stabilisation politique et monétaire, l’aide américaine et la forte progression de la productivité.
