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FICHE 03 / 76

Yalta et Potsdam : gouverner la victoire, redessiner l’Europe et préparer un après-guerre déjà conflictuel

Les conférences de Yalta, du 4 au 11 février 1945, puis de Potsdam, du 17 juillet au 2 août 1945, sont souvent présentées comme les lieux où les « trois Grands » auraient partagé le monde. Cette représentation est trop simple. À Yalta, Roosevelt, Churchill et Staline cherchent d’abord à organiser la fin de la guerre, le sort de l’Allemagne, la création de l’ONU et les conditions d’entrée de l’URSS dans la guerre contre le Japon. L’Europe orientale est déjà largement occupée par l’Armée rouge, ce qui donne à Staline un avantage territorial que les textes diplomatiques ne peuvent effacer.

À Yalta, les Alliés conviennent du principe d’une occupation de l’Allemagne en zones, du désarmement et de la dénazification. Ils acceptent également l’idée d’élections libres dans les pays libérés, formule suffisamment générale pour être interprétée différemment par Moscou et les Occidentaux. La question polonaise cristallise les tensions : Staline veut une frontière occidentale de l’URSS sécurisée et un gouvernement polonais favorable à Moscou, tandis que Londres et Washington défendent formellement le pluralisme politique. La France obtient à Yalta une zone d’occupation en Allemagne et à Berlin, prélevée sur les zones américaine et britannique, ce qui porte à quatre le nombre des puissances occupantes.

À Potsdam, le contexte a changé. Roosevelt est mort en avril et Truman lui a succédé. Churchill est remplacé pendant la conférence par Clement Attlee après la victoire travailliste. L’Allemagne a capitulé et les États-Unis ont testé avec succès la bombe atomique le 16 juillet. Les désaccords sur les réparations, les frontières et l’Europe orientale deviennent plus visibles. Potsdam confirme l’administration quadripartite de l’Allemagne et le déplacement de la frontière polonaise vers l’ouest. Ces conférences ne créent donc pas à elles seules la guerre froide. Elles révèlent plutôt un problème central : les Alliés ont gagné ensemble une guerre sans partager la même conception de l’ordre politique qui doit suivre. La ligne Oder-Neisse n’est toutefois pas encore consacrée comme frontière internationale définitive à Potsdam : les territoires allemands situés à l’est sont placés sous administration polonaise dans l’attente d’un règlement de paix ultérieur.