En 1989, Francis Fukuyama publie dans The National Interest un essai intitulé « The End of History? », développé en 1992 dans The End of History and the Last Man. Sa thèse est souvent caricaturée. Fukuyama ne prétend pas que les guerres, les révolutions ou les événements vont disparaître. Il soutient que la démocratie libérale et l’économie de marché semblent avoir remporté la compétition idéologique globale qui avait opposé libéralisme, fascisme et communisme au XXe siècle.
Cette réflexion s’inscrit dans une tradition philosophique inspirée de Hegel, relue par Alexandre Kojève. L’« Histoire » désigne ici la recherche d’un ordre politique capable de satisfaire durablement les aspirations à la reconnaissance et à la prospérité. L’effondrement du communisme soviétique paraît alors confirmer l’absence d’un modèle universel alternatif doté d’une force comparable. Les transitions démocratiques en Europe centrale, en Amérique latine et dans certaines parties de l’Asie nourrissent cet optimisme.
La thèse est rapidement discutée. Les nationalismes, les guerres balkaniques, le retour de puissances autoritaires et la persistance des conflits religieux montrent que la convergence politique n’est ni automatique ni irréversible. L’intérêt de Fukuyama tient donc moins à une prophétie qu’à la formulation particulièrement claire de l’optimisme libéral caractéristique du début des années 1990. La thèse de Fukuyama porte sur l’absence de modèle idéologique universel jugé supérieur à la démocratie libérale, non sur la disparition des guerres ou des crises politiques.
