Au lendemain de la guerre du Golfe de 1991, les États-Unis paraissent capables de structurer l’ordre moyen-oriental. Ils disposent de bases et de partenaires dans le Golfe, garantissent la sécurité d’Israël, contiennent simultanément l’Irak et l’Iran et jouent un rôle central dans le processus de paix israélo-palestinien. Cette architecture repose pourtant sur une présence militaire coûteuse et sur des régimes dont la stabilité masque des tensions sociales et politiques profondes.
La guerre d’Irak de 2003 bouleverse l’équilibre. La disparition de Saddam Hussein élimine un contrepoids à l’Iran et ouvre l’Irak aux influences concurrentes de Téhéran, de Washington, des partis locaux et des groupes djihadistes. L’échec d’Oslo, les guerres au Liban et à Gaza, puis les printemps arabes fragmentent davantage la région. L’Iran consolide un réseau de partenaires ; l’Arabie saoudite cherche à contenir cette progression ; la Turquie affirme ses propres ambitions ; Israël développe une stratégie de sécurité de plus en plus autonome.
L’intervention russe en Syrie à partir de septembre 2015 confirme que Washington n’est plus le seul acteur extérieur capable d’influer militairement sur les rapports de force régionaux. Le Moyen-Orient ne devient pas pour autant multipolaire au sens classique : puissances régionales, grandes puissances et acteurs non étatiques s’y superposent. L’ordre est moins hiérarchique et davantage fondé sur des coalitions variables selon chaque crise. Cette recomposition est donc multipolaire à l’échelle régionale : aucune puissance, y compris les États-Unis, ne peut désormais imposer seule un ordre stable au Moyen-Orient.
