Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en 1981 et Helmut Kohl à la chancellerie en 1982, la relation franco-allemande dispose déjà du cadre créé par le traité de l’Élysée de 1963. Les deux dirigeants donnent cependant à cette coopération une forte visibilité politique. Le 22 septembre 1984, leur geste de réconciliation main dans la main devant l’ossuaire de Douaumont, à Verdun, devient l’image d’une mémoire franco-allemande désormais mise au service de la construction européenne.
Le rapprochement produit aussi des initiatives concrètes. Paris et Bonn soutiennent la relance institutionnelle qui mène à l’Acte unique, coordonnent leurs positions sur la coopération monétaire et développent des projets bilatéraux, comme la brigade franco-allemande décidée en 1987. Les désaccords ne disparaissent pas : la France s’inquiète de la puissance économique allemande et les deux pays ne partagent pas toujours les mêmes choix monétaires ou diplomatiques. Leur capacité à construire des compromis donne néanmoins une impulsion à la Communauté. Leur coopération n’efface pas l’asymétrie monétaire créée par la puissance du deutsche mark : une partie du rapprochement consiste précisément à transformer cette dépendance en institutions européennes communes plutôt qu’à la subir dans le seul cadre du SME.
La chute du mur ouvre une épreuve plus délicate. Mitterrand accueille d’abord avec prudence la perspective d’une réunification rapide, tandis que Kohl veut saisir l’occasion historique. La France finit par soutenir l’unité allemande dans le cadre des garanties internationales et d’un approfondissement européen. L’intégration européenne ne constitue pas simplement une « contrepartie » imposée à l’Allemagne : Français et Allemands ont déjà engagé la réflexion monétaire. La réunification accélère toutefois leur intérêt commun à inscrire la nouvelle Allemagne dans des institutions européennes renforcées.
