Au XVIIe siècle, la recherche scientifique s’appuie de plus en plus sur des institutions permanentes capables de réunir les savants et de rendre publics leurs travaux. Les savants avaient déjà constitué des réseaux de correspondance, mais la création d’académies leur offre des lieux de réunion, d’échange et de reconnaissance plus stables. La Royal Society est fondée à Londres en 1660 et obtient une charte royale dans les années suivantes. À Paris, l’Académie royale des sciences est créée en 1666 sous l’impulsion de Colbert et avec l’appui de Louis XIV. Ces institutions s’inscrivent dans un contexte où les monarchies cherchent à accroître leur prestige tout en développant des connaissances utiles à la navigation, à la cartographie, à l’astronomie ou aux techniques.
Ces institutions donnent aux pratiques savantes de nouveaux cadres de travail et de discussion. Les membres présentent leurs observations, débattent d’expériences, échangent des instruments et transmettent leurs résultats par écrit. Les Philosophical Transactions de la Royal Society, publiées à partir de 1665, deviennent une référence dans l’histoire des périodiques scientifiques. La diffusion imprimée des travaux rend possible leur examen par des lecteurs éloignés et aide à établir des priorités de découverte. Les communautés scientifiques se construisent ainsi autour de procédures de communication, de discussion et de reconnaissance mutuelle, même si ces procédures diffèrent encore des standards contemporains d’évaluation par les pairs.
Les académies renforcent la continuité de la recherche en organisant réunions, échanges de lettres, expériences et publications. Elles constituent également des instruments de prestige pour les États ou les souverains qui les soutiennent. Leur recrutement sélectif limite néanmoins l’accès de plusieurs catégories de savants, particulièrement des femmes et des chercheurs éloignés des centres intellectuels. La science européenne se développe donc à travers une double dynamique : institutionnalisation nationale et circulation internationale des résultats. Cette tension entre concurrence des puissances et coopération entre chercheurs demeure un trait important de la production des connaissances.
