L’histoire des services soviétiques ne commence pas avec le KGB : elle remonte aux institutions de sécurité du régime bolchevique. La Tchéka exerce, dès 1917, des fonctions de surveillance et de répression politique ; ses successeurs administratifs sont réorganisés à plusieurs reprises. Le NKVD, créé en 1934 sous cette forme, rassemble notamment des fonctions de sécurité intérieure et de police politique. Durant les grandes purges staliniennes, il joue un rôle majeur dans l’appareil répressif. En 1946, une nouvelle réorganisation donne naissance au ministère de la Sécurité d’État, le MGB, tandis que certaines missions relèvent d’autres organismes. Ces changements de nom ne doivent pas masquer la continuité des pratiques de contrôle imposées par le régime.
La création du KGB en 1954 réorganise des missions déjà anciennes, dans le contexte de l’après-Staline. Il prend en charge des missions de renseignement extérieur, de contre-espionnage, de surveillance intérieure et de sécurité du système politique. Son activité accompagne la confrontation avec les États-Unis et la volonté du pouvoir soviétique de préserver son contrôle sur les sociétés du bloc de l’Est. À la différence d’une représentation simplifiée du renseignement comme collecte d’informations à l’étranger, les services soviétiques associent étroitement protection du régime et observation de ses adversaires. Le secret intervient donc aussi dans les rapports entre l’État et sa propre population.
Le renseignement soviétique associe surveillance intérieure et action extérieure dans un système politique autoritaire. Les services s’appuient sur des agents, des informateurs et différentes formes de collecte, sans que l’on puisse réduire leurs succès à une seule méthode. Les archives ouvertes après 1991 ont éclairé plusieurs opérations, tout en laissant subsister de nombreuses zones d’ombre. Cette histoire rappelle que la guerre froide oppose non seulement deux systèmes d’alliances, mais aussi deux régimes de production et de circulation de l’information. L’efficacité apparente d’un appareil de sécurité doit être distinguée de la qualité des informations transmises à un pouvoir qui peut décourager les analyses contredisant sa ligne politique.
