Le renseignement ne porte pas uniquement sur ce que les agents voient : une grande part des informations provient de signaux interceptés. Les États utilisent de plus en plus les communications radio, les réseaux téléphoniques et les systèmes électroniques pour organiser leurs activités militaires et diplomatiques. Aux États-Unis, la National Security Agency (NSA) est créée en 1952 afin de coordonner des fonctions de renseignement liées aux communications et à la cryptologie. Elle s’inscrit dans la continuité des services de déchiffrement développés pendant les deux guerres mondiales, tout en répondant à des besoins nouveaux nés de la confrontation avec l’Union soviétique.
La création de la NSA en 1952 organise le renseignement américain d’origine électromagnétique à une autre échelle. Ce renseignement d’origine électromagnétique se distingue du renseignement humain, qui repose sur des personnes, et de l’imagerie satellitaire ou aérienne. Durant la guerre froide, les progrès de l’électronique et de l’informatique modifient progressivement les volumes de données recueillies et les capacités d’analyse. La difficulté n’est plus seulement d’obtenir des informations : les services doivent aussi identifier les éléments utiles dans une masse croissante de signaux, évaluer leur fiabilité et les confronter à d’autres sources. La spécialisation technique du renseignement accroît donc la place des ingénieurs, des mathématiciens et des informaticiens.
L’évolution des communications rend cette activité à la fois plus essentielle et plus controversée. Les gouvernements peuvent considérer certains programmes de collecte comme indispensables à la prévention de menaces, tandis que leur contrôle démocratique demeure compliqué par le caractère classifié de nombreuses activités. La NSA illustre ainsi une dimension essentielle de l’enjeu de la connaissance : une information devient politiquement décisive lorsqu’un acteur est capable de la capter, de l’interpréter et de la transmettre aux décideurs. L’efficacité de ces moyens dépend de capacités techniques considérables, mais leur emploi pose également la question du contrôle démocratique des activités secrètes.
