Les ambitions scientifiques de l’Inde trouvent leurs racines dans les premières décennies de l’indépendance. Sous Jawaharlal Nehru, l’État investit dans l’enseignement supérieur, les instituts technologiques et la recherche publique, convaincu que la maîtrise des sciences doit consolider l’autonomie d’un pays marqué par la domination coloniale. Les Indian Institutes of Technology, créés à partir des années 1950, incarnent cette ambition. Ils forment des ingénieurs recherchés dans le monde entier, tandis que les institutions nationales développent des compétences dans l’espace, l’énergie, l’informatique et la pharmacie.
Depuis les réformes économiques des années 1990, la formation d’ingénieurs s’articule plus directement aux échanges internationaux de services et de technologies. Bangalore devient un centre majeur des technologies de l’information, soutenu par une main-d’œuvre qualifiée, la maîtrise de l’anglais et les relations avec la diaspora. Les entreprises indiennes de médicaments génériques participent à l’approvisionnement international, tandis que l’agence spatiale ISRO illustre les capacités d’innovation du pays, notamment avec la mission lunaire Chandrayaan-3 en 2023. Ces réussites montrent que la connaissance contribue à la puissance économique et au prestige diplomatique. La politique scientifique doit aussi être appréciée à partir de la recherche réellement conduite dans les entreprises et les universités. Les grandes réussites de l’espace ou du numérique ne suffisent pas à mesurer les capacités d’un système comptant des établissements de niveaux très différents.
Ces résultats ne profitent pas uniformément à l’ensemble du territoire ni à toutes les catégories sociales. La qualité des établissements varie fortement, les dépenses de recherche restent relativement modestes au regard des ambitions affichées et l’accès à une formation de haut niveau dépend encore de facteurs sociaux et territoriaux. La mobilité internationale des chercheurs peut constituer une perte de compétences, mais elle entretient également des réseaux d’investissements et de coopération. La principale difficulté consiste à relier les pôles de recherche les plus performants à une amélioration plus large de la formation, de l’emploi qualifié et des capacités industrielles.
