L’inégalité devant le savoir commence parfois avant l’accès à Internet, lorsque l’école, les livres ou une langue d’enseignement adaptée font défaut. Les progrès de la scolarisation et de la connectivité ont élargi les possibilités d’apprentissage, mais les écarts restent considérables entre pays et à l’intérieur des sociétés. Disposer d’une connexion ne garantit pas de pouvoir suivre une formation : il faut aussi un équipement adapté, du temps, des compétences et des contenus compréhensibles dans sa langue.
La capacité à produire de la recherche demeure elle aussi très inégalement répartie entre institutions. Les universités disposant de financements importants peuvent recruter des chercheurs, acquérir des équipements coûteux et publier plus facilement dans des revues internationales. Les pays aux ressources limitées rencontrent des obstacles supplémentaires, notamment lorsque les abonnements scientifiques sont chers ou que les carrières de recherche offrent peu de perspectives. Les migrations de diplômés peuvent accentuer certaines difficultés, tout en créant des réseaux de coopération avec les diasporas. Les écarts de ressources affectent même la possibilité de lire les résultats de recherche, de participer à des conférences ou de financer des expériences. Une politique de science ouverte peut réduire certains obstacles documentaires, mais elle ne remplace ni les laboratoires ni la formation de chercheurs.
Réduire ces écarts exige des investissements durables plutôt qu’une seule réponse technologique. Les ressources éducatives libres et les publications en accès ouvert facilitent la diffusion, sans remplacer les investissements dans les institutions. La fracture de la connaissance n’est donc pas seulement numérique : elle est sociale, territoriale, linguistique et scientifique. La diffusion des savoirs suppose donc une politique éducative, sociale et scientifique cohérente : la connectivité n’en constitue qu’un instrument parmi d’autres.
