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L’industrialisation accroît la disponibilité des biens manufacturés tout en concentrant dans les villes des nuisances dont les effets sanitaires deviennent de plus en plus visibles. Les fumées issues de la combustion du charbon assombrissent l’atmosphère de nombreuses agglomérations britanniques. Les fabriques rejettent des substances dans les rivières, tandis que les quartiers ouvriers connaissent souvent une densité de population élevée et des infrastructures sanitaires insuffisantes. Il importe néanmoins de distinguer plusieurs phénomènes : les pollutions industrielles, les maladies liées à l’insalubrité urbaine et les risques professionnels obéissent à des mécanismes différents, même s’ils se renforcent parfois.

Au XIXe siècle, médecins, réformateurs sociaux et autorités municipales commencent à documenter les conséquences sanitaires de cette situation. Les enquêtes sur l’hygiène publique et les travaux de John Snow concernant le choléra à Londres en 1854 contribuent à transformer les politiques d’assainissement, même si cette épidémie relève surtout de la contamination de l’eau et non des fumées d’usine. Les réseaux d’égouts, les adductions d’eau et certaines réglementations améliorent progressivement les conditions de vie. La conscience des nuisances industrielles apparaît donc bien avant l’écologie politique contemporaine, sans entraîner immédiatement une remise en cause du modèle productif. Les enjeux sanitaires ne se limitent pas aux fumées : ils concernent l’approvisionnement en eau, l’évacuation des déchets et la densité du logement ouvrier. Les politiques d’hygiène combinent alors progrès médicaux et transformations des services urbains.

Les progrès de l’hygiène publique se développent progressivement à partir d’enquêtes sur l’eau, les logements et la mortalité, sans faire disparaître immédiatement les nuisances industrielles. Les autorités doivent composer avec l’intérêt économique des entreprises, la demande de salubrité des habitants et le coût des infrastructures urbaines. Les égouts, l’approvisionnement en eau potable et certaines réglementations représentent des avancées importantes, mais inégalement réparties. La pollution devient ainsi un problème de santé publique qui interroge la manière dont les bénéfices et les coûts de l’industrialisation sont distribués.