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Ancien combattant grièvement blessé pendant la guerre, Pierre Renouvin devient l’un des principaux historiens français des origines du conflit. Il travaille sur les archives diplomatiques et refuse de réduire l’analyse à une plaidoirie nationale. Ses recherches attribuent une responsabilité majeure aux dirigeants de l’Autriche-Hongrie et de l’Allemagne dans l’escalade de juillet, tout en intégrant les choix des autres puissances et les tensions du système européen.

Renouvin distingue implicitement le travail du juge et celui de l’historien. Le premier recherche une culpabilité au regard d’une norme ; le second explique une séquence en reconstituant les contraintes, les objectifs et les perceptions. Avec Jean-Baptiste Duroselle, il développera ensuite l’étude des « forces profondes » — mouvements économiques, démographiques, nationaux et représentations collectives — qui influencent les décideurs. Cette approche dépasse l’histoire diplomatique limitée aux notes des chancelleries sans effacer le rôle de la décision politique.

L’exemple de Renouvin montre aussi que la neutralité de l’historien ne signifie ni indifférence ni absence de point de vue. Le chercheur appartient à une société marquée par la guerre ; sa méthode vise précisément à rendre ses affirmations contrôlables par les sources et la discussion. Une histoire critique peut parvenir à une conclusion asymétrique sur les responsabilités sans devenir une propagande.