À partir des années 1980, l’ouverture d’archives, l’histoire transnationale et le recul de la guerre froide favorisent des approches comparatives. Les chercheurs s’intéressent aux cultures stratégiques, aux opinions publiques, aux empires et aux acteurs des Balkans. Ils remettent en cause l’idée que les peuples auraient unanimement désiré la guerre : l’enthousiasme d’août 1914 varie selon les pays, les milieux sociaux et les lieux. La rapidité du ralliement ne doit pas être confondue avec une passion guerrière ancienne et générale.
À l’occasion du centenaire de 2014, Christopher Clark, dans Les Somnambules, replace les dirigeants serbes, austro-hongrois, russes, allemands, français et britanniques dans une crise interactive. Le titre ne signifie pas qu’ils seraient inconscients ou innocents. Il souligne que chacun poursuit des objectifs partiels, anticipe les réactions des autres et contribue à une issue qu’aucun ne maîtrise entièrement. T. G. Otte insiste également sur les erreurs de jugement, les rivalités bureaucratiques et l’affaiblissement des mécanismes de concertation.
Ces travaux déplacent la question de « qui a voulu la guerre ? » vers « comment la paix est-elle devenue impossible en quelques semaines ? ». Ils redonnent sa place à la contingence : d’autres choix étaient concevables, comme l’avaient montré des crises antérieures résolues sans guerre générale. Ils ne suppriment pas pour autant la responsabilité particulière de ceux qui ont choisi une politique de risque. Une histoire relationnelle n’aboutit pas nécessairement à l’équivalence morale.
Le débat contemporain oppose moins deux camps parfaitement séparés qu’une série de pondérations. Quel poids attribuer aux ambitions austro-hongroises dans les Balkans, au soutien allemand, à la mobilisation russe, à la stratégie française ou à l’ambiguïté britannique ? Les causes structurelles rendent-elles compte du moment précis de l’explosion ? Les responsables politiques contrôlaient-ils les plans militaires ou étaient-ils enfermés par eux ? Ces questions produisent des réponses divergentes parce que la causalité historique n’est pas une opération arithmétique.
