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FICHE 56 / 60

Claude Lanzmann, Shoah : représenter le génocide sans images d’archives

Explorer ce thème dans le cours : Le génocide dans la littérature et le cinéma

Claude Lanzmann consacre plus d’une décennie à Shoah, présenté en 1985. D’une durée de plus de neuf heures, le film repose sur des entretiens avec des survivants, des témoins, des habitants et d’anciens responsables, ainsi que sur les paysages contemporains des lieux. Il n’utilise pas d’images d’archives de l’extermination. Le passé apparaît dans la parole présente, les silences, les gestes et le retour sur les sites.

Ce choix refuse l’illusion d’une image qui donnerait directement accès au crime. Les nazis ont laissé peu d’images de certaines étapes et les documents existants ont des conditions de production spécifiques. Lanzmann fait du témoignage un événement filmé : la caméra enregistre non seulement ce qui est raconté, mais l’effort et parfois la difficulté de le raconter.

Shoah transforme le vocabulaire français en donnant au terme son usage public actuel. Il déplace aussi la représentation des lieux. Une voie ferrée, une forêt ou un village apparemment ordinaires deviennent chargés par le récit. Le film démontre qu’un lieu de mémoire peut exister sans monument monumental, à condition que l’enquête restitue ce qui s’y est produit.

La méthode de Lanzmann fait débat. Certains lui reprochent des dispositifs d’entretien contraignants ou son rejet très large de la fiction et de certaines archives. D’autres considèrent que son refus de reconstitution établit une éthique décisive. L’analyse doit distinguer l’importance historique de l’œuvre et la possibilité d’autres formes légitimes.