Pour la Grèce devenue indépendante au XIXe siècle, l’Antiquité constitue à la fois un héritage historique et une ressource de légitimation nationale. Dans la construction de ce nouvel État, les références à la Grèce antique jouent un rôle majeur. Elles permettent d’inscrire la nation moderne dans une continuité historique prestigieuse, largement reconnue par les élites européennes.
Athènes devient la capitale du royaume en 1834. L’Acropole est progressivement transformée en grand site archéologique et en symbole national. Les autorités favorisent la mise en valeur des vestiges classiques, tandis que des monuments associés à d’autres périodes sont parfois écartés. Cette politique montre que la patrimonialisation n’est pas une simple redécouverte scientifique : elle implique des choix sur les époques et les héritages que l’on souhaite placer au premier plan. Les références antiques offrent au nouvel État une langue politique commune avec des élites européennes sensibles au philhellénisme. Cette filiation est cependant construite : la société grecque du XIXe siècle a aussi hérité de siècles d’histoire byzantine et ottomane. La sélection des traces visibles de l’Acropole participe à la définition de l’identité nationale au lieu de simplement la refléter.
La mise en valeur de l’Acropole contribue à donner au nouvel État grec un passé commun largement reconnu en Europe. Elle sélectionne pourtant certaines périodes au détriment d’autres composantes de l’histoire du site. Cette construction patrimoniale éclaire la force de la revendication sur les sculptures conservées à Londres : leur retour est présenté non comme un simple enrichissement muséal, mais comme la réunion d’un ensemble devenu central dans la représentation nationale.
