Avec la nouvelle Bibliothèque nationale de France, l’État cherche à conjuguer un grand projet architectural et la modernisation de l’accès aux collections. Parmi les grands travaux de la présidence Mitterrand, cette bibliothèque doit accueillir des fonds croissants et de nouveaux modes de consultation. Confrontée à l’augmentation des collections et à l’évolution des pratiques de recherche, elle ne peut plus satisfaire tous les besoins dans ses bâtiments historiques. L’annonce présidentielle du 14 juillet 1988 insiste sur les technologies nouvelles et sur la diffusion élargie des connaissances.
Le concours international retient en 1989 la proposition de l’architecte Dominique Perrault. Dans le quartier de Tolbiac, quatre tours de verre dessinant des livres ouverts encadrent une esplanade et un jardin central. Le site François-Mitterrand est inauguré le 30 mars 1995 ; la bibliothèque d’étude ouvre en décembre 1996 et les salles de recherche en octobre 1998. L’aménagement accompagne le transfert d’une partie des collections, leur informatisation et la mise en réseau des catalogues. Le bâtiment devient aussi un élément structurant de la transformation de l’est parisien. Ce chantier accompagne les mutations de la consultation documentaire : catalogues informatisés, nouveaux espaces de lecture et développement des possibilités de recherche. Il soulève cependant des problèmes concrets de conservation des collections et de confort des usagers. Les qualités symboliques d’un grand bâtiment ne garantissent pas automatiquement l’efficacité des services qu’il doit accueillir.
Le chantier de la Bibliothèque nationale de France témoigne des ambitions présidentielles de la politique culturelle, mais il rappelle aussi qu’un bâtiment prestigieux doit d’abord remplir sa fonction documentaire. Les conditions de conservation, l’accès aux collections et les besoins des lecteurs déterminent son efficacité réelle. Les controverses entourant le projet tiennent à cet écart possible entre geste architectural, contraintes techniques et service public de la connaissance.
