Les épisodes d’acqua alta, lorsque l’eau envahit les parties basses de Venise, ont longtemps rythmé la vie de la cité lagunaire. Leur danger s’accroît avec les transformations du littoral, l’affaissement relatif du sol et l’élévation du niveau marin. Pour limiter les submersions, l’Italie engage le projet MOSE, acronyme italien de « module expérimental électromécanique ». Il repose sur un ensemble de 78 barrières mobiles installées aux trois passes qui relient la lagune à la mer Adriatique. Habituellement immergées, elles peuvent être relevées lors de marées particulièrement fortes afin de réduire l’entrée d’eau dans la lagune.
La construction, engagée au début des années 2000, connaît des retards, des dépassements de coûts et des controverses, notamment liées à la gestion du chantier. En octobre 2020, les barrières sont utilisées avec succès face à une marée haute réelle. Le système montre alors sa capacité à protéger des quartiers et des monuments autrefois exposés à des inondations récurrentes. Son fonctionnement exige néanmoins une surveillance scientifique continue, une maintenance coûteuse et une coordination avec les activités portuaires et les écosystèmes lagunaires. Les barrières mobiles constituent une réponse à un risque identifié, non une suppression de la dynamique marine. Leur fermeture modifie temporairement les échanges entre la lagune et l’Adriatique, d’où la nécessité d’arbitrer entre protection urbaine, navigation et équilibre écologique.
MOSE protège une partie du tissu urbain contre certaines marées exceptionnelles, mais son fonctionnement entraîne des coûts permanents de surveillance, d’entretien et d’exploitation. Plus l’élévation du niveau marin se poursuit, plus les épisodes de fermeture risquent de devenir fréquents, avec des conséquences possibles sur les échanges écologiques et la navigation. La sécurité patrimoniale repose donc sur une combinaison d’ouvrages techniques, de gestion de la lagune et de politiques climatiques, plutôt que sur la seule performance d’une infrastructure.
