SES · EC3 01 · CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Le progrès technique est endogène

Amérique du Nord, session 2022 – 22-SESJ2AN1Voir le dossier officiel

EC3 01 · Sujet et correction

Le sujet

Vous montrerez que le progrès technique est endogène.

Dossier documentaire à consulter : 8-9 du sujet de référence

Sources externes :dossier officiel

1. Comprendre la consigne

« Endogène » signifie que le progrès technique résulte de décisions et de mécanismes internes au fonctionnement de l’économie : les entreprises, les ménages et les pouvoirs publics investissent, se forment, recherchent et innovent. Il ne s’agit pas de démontrer seulement que le progrès technique favorise la croissance, mais d’expliquer comment il est produit.

2. Exploiter les documents officiels

Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.

  1. Document 1 (p. 8). L’OCDE décompose la croissance de 2018 : en Corée du Sud, le PIB progresse de 2,9 %, avec une contribution de la PGF de 2,3 points, celle du capital de 1,2 point et celle du travail de −0,6 point. Ces contributions ne mesurent pas directement l’origine endogène du progrès technique ; elles donnent le résultat à expliquer : une amélioration de l’efficacité productive.

  2. Document 2 (p. 8). Marc Gurgand explique que l’accumulation de savoirs par la R&D et l’éducation peut nourrir les découvertes futures. Ce texte permet d’identifier le mécanisme : formation → chercheurs et compétences → production de connaissances → innovations → gains de productivité.

  3. Document 3 (p. 9). En 2018, la Corée du Sud consacre 4,51 % de son PIB à la R&D et compte 15,2 chercheurs pour 1 000 actifs occupés, contre respectivement 2,19 % et 10,9 en France. C’est une comparaison d’efforts d’investissement, et non une preuve que chaque euro investi produit mécaniquement de la croissance.

3. Plan détaillé proposé

I. L’innovation et la recherche résultent de décisions d’investissement

  • Les entreprises financent la R&D pour découvrir ou développer des procédés, produits et organisations nouveaux ; les résultats sont incertains, mais les profits attendus créent une incitation.
  • L’éducation et la formation augmentent le capital humain, indispensable à la recherche et à l’adoption des innovations. Mobiliser le document 2 et les comparaisons du document 3.

II. L’accumulation des connaissances entretient le progrès technique dans le temps

  • Les connaissances nouvelles peuvent être réutilisées : la diffusion et les externalités positives améliorent la productivité au-delà de l’entreprise qui a innové.
  • Les infrastructures, l’éducation et les politiques de recherche soutiennent la production de savoir. Le document 1 illustre la place possible de la PGF dans la croissance, sans la confondre avec une mesure parfaite du progrès technique.

4. Correction entièrement rédigée

La croissance économique correspond à l’augmentation durable du volume des biens et des services produits dans une économie. Elle ne dépend pas uniquement de la quantité de travail et de capital mobilisée : l’amélioration de leur efficacité compte également. Le progrès technique, entendu comme l’ensemble des innovations qui permettent de produire autrement, plus efficacement ou de nouveaux biens, joue donc un rôle central. Or il n’apparaît pas indépendamment des choix économiques. Il est endogène, c’est-à-dire produit par des investissements et des interactions à l’intérieur même de l’économie.

D’abord, le progrès technique naît des activités de recherche et développement et des efforts d’innovation. Une entreprise peut financer la recherche pour mettre au point une nouvelle machine, un logiciel ou un procédé de fabrication. Si cette innovation lui permet de produire davantage à ressources identiques ou de réduire ses coûts, elle peut obtenir un avantage concurrentiel. L’espoir de réaliser des profits l’incite ainsi à consacrer une partie de ses ressources à l’innovation. En retour, les revenus issus de la production peuvent financer de nouveaux projets de recherche. Il existe donc un enchaînement cumulatif entre l’activité économique et la création de techniques nouvelles.

Le document 3 illustre la place des moyens consacrés à cette activité : en 2018, les dépenses de R&D représentent 4,51 % du PIB sud-coréen contre 2,19 % du PIB français. La Corée du Sud compte également 15,2 chercheurs pour 1 000 actifs occupés, contre 10,9 en France. Ces écarts ne signifient pas, à eux seuls, que les différences de croissance sont uniquement dues à la recherche, mais ils montrent que le progrès technique requiert des ressources financières et humaines. Il dépend donc de choix collectifs et privés, susceptibles de varier fortement d’un pays à l’autre.

L’investissement dans le capital humain constitue un deuxième déterminant. Le capital humain regroupe les connaissances, qualifications et compétences dont disposent les individus. Une population mieux formée peut concevoir des innovations, utiliser des équipements plus complexes et adopter plus rapidement de nouvelles méthodes de production. Le document 2 souligne précisément que l’éducation élargit la population capable de participer à l’accumulation des connaissances. Les pouvoirs publics peuvent donc stimuler le progrès technique en finançant les établissements d’enseignement, la recherche fondamentale ou la formation, même lorsque les gains futurs ne sont pas immédiatement appropriables par une entreprise.

Ensuite, les connaissances produites peuvent générer des externalités positives : leurs avantages ne sont pas intégralement réservés à ceux qui ont initialement financé leur création. Un procédé peut inspirer d’autres entreprises ; une découverte scientifique peut être utilisée dans plusieurs secteurs ; des salariés formés peuvent diffuser des savoir-faire. Contrairement à une machine, une connaissance peut souvent être employée simultanément par plusieurs acteurs. Sa diffusion contribue à de nouvelles découvertes et favorise ainsi des gains de productivité répétés. C’est une idée fondamentale des théories de la croissance endogène.

Ces mécanismes permettent de comprendre le rôle de la productivité globale des facteurs, ou PGF, qui mesure la part de la croissance non expliquée par la seule augmentation des quantités de travail et de capital dans les exercices de décomposition. D’après le document 1, la PGF contribue à hauteur de 2,3 points à la croissance sud-coréenne de 2,9 % en 2018, alors que la contribution du travail est négative. Cette donnée souligne l’importance de l’efficacité productive. Toutefois, la PGF n’est pas une mesure exclusive du progrès technique : elle peut également refléter des changements d’organisation, des erreurs de mesure ou d’autres évolutions de l’efficacité.

Ainsi, le progrès technique est endogène parce que les entreprises et les pouvoirs publics investissent dans la recherche, l’éducation et la formation, puis parce que les connaissances nouvelles peuvent être diffusées et réutilisées. La croissance fournit des ressources à ces investissements, qui soutiennent à leur tour la productivité et les possibilités de croissance future.