SES · EC3 02 · CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Comment les institutions influencent-elles la croissance ?

Centres étrangers, session 2023 – 23-SESJ2G11Voir le dossier officiel

EC3 02 · Sujet et correction

Le sujet

Vous montrerez comment les institutions influent sur la croissance économique.

Dossier documentaire à consulter : 8-10 du sujet de référence

Sources externes :dossier officiel

1. Comprendre la consigne

Les institutions sont les règles formelles (lois, droits de propriété, contrats) et informelles (normes, confiance) qui organisent les relations économiques. Le verbe « influer » invite à montrer des canaux d’action concrets : sécurité des transactions, incitations à investir, innovations, fonctionnement de l’État et stabilité des anticipations.

2. Exploiter les documents officiels

Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.

  1. Document 1 (p. 8). Le FMI explique comment la corruption réduit les recettes fiscales, déforme les choix de dépenses publiques et affaiblit la confiance. C’est une démonstration des effets défavorables d’institutions défaillantes, à relier à l’investissement et à la productivité.

  2. Document 2 (p. 9). Le graphique compare les efforts de R&D et les effectifs de chercheurs : la Corée du Sud consacre 4,3 % de son PIB à la R&D, contre 2,3 % en France ; Israël compte 8 250 chercheurs par million d’habitants. Les institutions ne sont pas mesurées ici : la donnée illustre l’intensité de l’innovation et exige une explication supplémentaire sur ses conditions institutionnelles.

  3. Document 3 (p. 10). La part de la Chine dans les familles triadiques de brevets passe de 0,84 % en 2005 à 8,68 % en 2018 ; son PIB en parités de pouvoir d’achat courantes progresse également. Cette concomitance ne prouve pas une causalité entre brevets et PIB, mais montre l’ampleur d’une activité inventive associée à une économie en expansion.

3. Plan détaillé proposé

I. Des règles stables et des droits protégés favorisent l’investissement et l’innovation

  • Les droits de propriété et le respect des contrats réduisent l’incertitude, protègent les rendements attendus des investissements et facilitent les transactions.
  • Le droit des brevets procure une protection temporaire et peut encourager la R&D ; le système public de recherche et l’enseignement créent aussi un environnement favorable. Mobiliser les documents 2 et 3 comme illustrations indirectes.

II. La qualité des institutions publiques conditionne l’allocation des ressources

  • Un État capable de lever l’impôt et de fournir éducation, justice et infrastructures soutient le capital humain et productif.
  • La corruption détourne les ressources, privilégie des projets peu utiles et décourage les investisseurs : expliquer le mécanisme à partir du document 1. Les institutions peuvent donc freiner ou favoriser la croissance.

4. Correction entièrement rédigée

La croissance économique repose sur l’accumulation des facteurs de production et sur les gains de productivité. Toutefois, elle dépend également du cadre dans lequel les ménages, les entreprises et les administrations prennent leurs décisions. Les institutions regroupent les règles juridiques et les normes qui organisent les échanges, la propriété et l’action publique. Elles influent sur la croissance en modifiant les incitations à produire, à investir et à innover, mais aussi la manière dont les ressources sont utilisées.

En premier lieu, des institutions protectrices et prévisibles encouragent les investissements. Lorsqu’une entreprise dispose de droits de propriété reconnus, qu’elle peut faire respecter un contrat et qu’elle anticipe une application relativement stable des règles, elle peut plus facilement engager des dépenses dont les bénéfices sont futurs. À l’inverse, le risque de confiscation arbitraire, l’insécurité juridique ou l’impossibilité de faire respecter un contrat rendent certains projets trop incertains. La confiance dans les institutions diminue donc les coûts de transaction et favorise l’accumulation du capital productif.

La protection de la propriété intellectuelle peut également soutenir l’innovation. Développer un médicament, une technologie ou un procédé nécessite souvent des investissements importants, alors que la découverte peut être copiée. Un brevet procure, pour une durée limitée, un droit exclusif sur certaines utilisations de l’invention. Cette perspective de rémunération contribue à inciter à la recherche. Le document 3 met en évidence l’importance des activités brevetées dans plusieurs économies : la part de la Chine dans les familles triadiques de brevets passe de 0,84 % en 2005 à 8,68 % en 2018, période pendant laquelle son PIB en parités de pouvoir d’achat courantes augmente fortement. Cette évolution illustre la montée d’une activité inventive, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’attribuer la croissance à une institution particulière.

Par ailleurs, les institutions favorisent l’innovation en organisant la formation et la recherche. Les politiques publiques peuvent financer l’éducation, aider les laboratoires, assurer la diffusion des connaissances ou soutenir certains projets qui présentent des externalités positives. Le document 2 indique que la Corée du Sud consacre environ 4,3 % de son PIB à la R&D, contre 2,3 % en France, et qu’Israël compte environ 8 250 chercheurs par million d’habitants. Les différences d’effort de recherche résultent de nombreuses décisions publiques et privées. Elles montrent néanmoins qu’un environnement favorable à l’innovation suppose des capacités de financement, des compétences et des règles appropriées.

En second lieu, la qualité de l’État et des institutions publiques influe sur l’efficacité de l’économie. L’impôt permet de financer des biens et services utiles à l’activité : infrastructures de transport, système éducatif, justice ou recherche fondamentale. Encore faut-il que les recettes soient effectivement perçues et utilisées en fonction de l’intérêt collectif. Dans le document 1, Christine Lagarde explique que la corruption affaiblit les recettes publiques et conduit les décideurs à favoriser des projets susceptibles de procurer des avantages personnels, au détriment de ceux qui créent davantage de valeur économique et sociale.

Cette mauvaise allocation des ressources pénalise la croissance. Une infrastructure choisie pour des raisons de favoritisme peut être moins utile qu’un réseau de transport ou qu’un établissement scolaire réellement nécessaire. La corruption augmente également l’incertitude pour les entreprises, qui doivent parfois supporter des coûts illégaux et imprévisibles. Elle fragilise enfin la confiance dans l’administration et le respect de l’impôt, ce qui réduit les moyens disponibles pour les politiques publiques. Ainsi, des institutions faibles peuvent décourager l’investissement tout en diminuant l’efficacité de la dépense publique.

Les institutions influencent donc la croissance par plusieurs mécanismes complémentaires. La sécurité juridique, les droits de propriété et les dispositifs favorables à la recherche incitent les agents à investir et à innover. Une administration efficace et peu corrompue contribue de son côté à la bonne utilisation des ressources. À l’inverse, l’instabilité des règles et la corruption peuvent freiner durablement les possibilités de développement.