SES · EC3 03 · CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Progrès technique et inégalités de revenus

Asie, session 2021 – 21-SESJ1JA1Voir le dossier officiel

EC3 03 · Sujet et correction

Le sujet

Vous montrerez que le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus.

Dossier documentaire à consulter : 12-14 du sujet de référence

Sources externes :dossier officiel

1. Comprendre la consigne

Le sujet ne demande pas de prétendre que chaque innovation accroît toujours les inégalités. Il faut montrer les mécanismes par lesquels la diffusion des techniques modifie inégalement les salaires, les débouchés professionnels et les revenus du capital. « Peut » invite à identifier des conditions et à éviter toute causalité automatique.

2. Exploiter les documents officiels

Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.

  1. Document 1 (p. 12). Aux États-Unis, les indices de productivité du travail, de rémunération moyenne et de rémunération des salariés d’exécution, tous en base 100 en 1948, divergent surtout après les années 1970. Vers 2016, l’indice de productivité approche 345, contre environ 305 pour le salaire moyen et 210 pour le salaire d’exécution. Ces valeurs sont des lectures approximatives du graphique.

  2. Document 2 (p. 13). Au Royaume-Uni, les entreprises innovantes versent en moyenne aux salariés peu qualifiés des rémunérations horaires supérieures à celles des entreprises non innovantes. Pour les salariés qualifiés, les deux courbes sont nettement plus proches. Le document ne démontre donc pas directement un avantage salarial systématiquement plus fort des qualifiés dans les entreprises innovantes ; il impose de nuancer.

  3. Document 3 (p. 14). Le FMI souligne qu’en 2020 la possibilité de télétravailler dépend du secteur, du niveau d’études, de l’âge et de l’accès aux équipements numériques. Le progrès technique peut répartir inégalement la capacité de préserver l’emploi et les revenus lors d’une crise, mais les restrictions sanitaires constituent ici un facteur contextuel essentiel.

3. Plan détaillé proposé

I. Les innovations modifient la demande de travail selon les compétences et les tâches

  • Les technologies complètent certaines tâches complexes et substituent du capital à certaines tâches routinières ; les salariés n’en retirent pas nécessairement les mêmes gains.
  • Les écarts de formation et d’accès aux outils numériques conditionnent la capacité d’adaptation. Mobiliser les documents 2 et 3 en distinguant constat et mécanisme théorique.

II. Les gains de productivité ne sont pas nécessairement répartis uniformément

  • Les revenus du travail progressent différemment selon les catégories ; les rémunérations d’exécution peuvent décrocher de la productivité (document 1).
  • Les détenteurs du capital et des actifs immatériels peuvent percevoir des profits liés aux innovations ; l’influence des institutions, de la concurrence et des politiques de redistribution détermine aussi le partage des gains.

4. Correction entièrement rédigée

Le progrès technique désigne les innovations qui transforment les produits et les procédés de production et permettent notamment d’accroître la productivité. Ses effets sur les revenus ne sont toutefois pas identiques pour tous les agents économiques. Les inégalités de revenus correspondent à une répartition inégale des salaires, des revenus du capital et des autres ressources monétaires. Le progrès technique peut les accentuer lorsqu’il bénéficie davantage à certains travailleurs et détenteurs de capital qu’à d’autres.

Tout d’abord, les innovations modifient les compétences recherchées sur le marché du travail. Certaines technologies complètent le travail des personnes capables de les concevoir ou de les utiliser : les logiciels d’analyse, par exemple, peuvent accroître la productivité de salariés qualifiés. Les entreprises peuvent alors avoir davantage intérêt à recruter ces travailleurs et à leur verser des salaires élevés. En revanche, l’automatisation peut remplacer certaines tâches répétitives et prévisibles. Lorsque la demande de travail diminue pour les salariés qui exercent principalement ces tâches, leur position de négociation salariale risque de se dégrader, et certains emplois peuvent disparaître.

Ce mécanisme est souvent présenté comme un progrès technique biaisé en faveur des qualifications, mais il ne suffit pas d’opposer mécaniquement diplômés et non-diplômés. Une technologie peut améliorer les conditions de travail de salariés moins qualifiés, tandis que certaines tâches qualifiées deviennent automatisables. Le document 2 montre précisément qu’au Royaume-Uni les salariés peu qualifiés des entreprises innovantes disposent généralement d’un salaire horaire moyen supérieur à celui de leurs homologues travaillant dans des entreprises non innovantes. Les courbes relatives aux salariés qualifiés sont, elles, beaucoup plus proches. Ce document illustre donc l’hétérogénéité des effets salariaux de l’innovation plutôt qu’une hausse universelle de l’écart entre qualifiés et non-qualifiés.

Les technologies numériques peuvent également créer des inégalités entre travailleurs selon leur possibilité d’en bénéficier. Le document 3, consacré à la crise sanitaire de 2020, explique que l’accès au télétravail est très inégal selon les professions, les pays et l’équipement des ménages. Les salariés des services d’hébergement, de restauration ou de commerce sont moins souvent en mesure de poursuivre leur activité à distance. Les diplômés du supérieur et les salariés disposant d’équipements informatiques sont généralement mieux placés pour bénéficier de cette possibilité. Lorsqu’une crise limite la présence sur les lieux de travail, ces différences peuvent avoir des conséquences sur le maintien de l’emploi et des rémunérations. Le choc sanitaire explique le contexte, mais le numérique conditionne la capacité de s’y adapter.

Ensuite, le progrès technique augmente la richesse produite sans garantir que les gains de productivité seront répartis également. Une entreprise plus efficace peut relever les salaires, diminuer les prix, investir davantage ou accroître les bénéfices distribués à ses propriétaires. Le partage dépend notamment de la situation concurrentielle, du pouvoir de négociation des salariés et des règles du marché du travail. Le document 1 montre qu’aux États-Unis, depuis les années 1970, la rémunération des salariés d’exécution progresse moins vite que la productivité du travail. Vers la fin de la période représentée, les indices sont approximativement de 210 pour cette rémunération, 305 pour la rémunération moyenne et 345 pour la productivité, sur une base 100 en 1948.

Ces trajectoires suggèrent que tous les travailleurs n’ont pas bénéficié dans les mêmes proportions des gains de productivité. Elles ne démontrent cependant pas, à elles seules, que le progrès technique est la cause unique de cette divergence : la mondialisation, les institutions salariales et les transformations de l’emploi ont également pu jouer. Il faut donc articuler l’observation du document à un mécanisme économique et ne pas transformer une corrélation historique en causalité exclusive.

Enfin, les innovations peuvent augmenter les revenus du capital. Les actionnaires d’entreprises innovantes et les propriétaires d’actifs intellectuels peuvent percevoir une partie des bénéfices supplémentaires, notamment lorsqu’une innovation procure un avantage temporaire sur les concurrents. Or la détention du patrimoine productif est inégalement répartie. Si les profits croissent plus vite que les rémunérations d’une partie des travailleurs, les inégalités de revenus peuvent s’accentuer. Les politiques fiscales et sociales, la formation et la diffusion des innovations peuvent toutefois atténuer ces écarts.

Ainsi, le progrès technique est susceptible de creuser les inégalités de revenus en modifiant la demande de compétences, en répartissant inégalement les possibilités offertes par les outils numériques et en faisant bénéficier différemment travailleurs et détenteurs du capital des gains de productivité. Ces effets dépendent néanmoins des caractéristiques des innovations et des institutions qui encadrent leur diffusion.