SES · EC3 04 · CROISSANCE ÉCONOMIQUE

Les limites écologiques de la croissance soutenable

France métropolitaine, septembre 2022 – 22-SESJ1ME3Voir le dossier officiel

EC3 04 · Sujet et correction

Le sujet

Vous montrerez qu’il existe des limites écologiques à la croissance économique soutenable.

Dossier documentaire à consulter : 8-9 du sujet de référence

Sources externes :dossier officiel

1. Comprendre la consigne

Une croissance « soutenable » est une croissance compatible avec la préservation des conditions de vie des générations futures. Il faut identifier les contraintes de ressources, les pollutions et la dégradation des écosystèmes, puis expliquer pourquoi ces phénomènes remettent en cause la possibilité de maintenir durablement la production.

2. Exploiter les documents officiels

Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.

  1. Document 1 (p. 8). Entre 1960 et 2018, le PIB mondial (en dollars constants de 2010) passe de 11 320 à 83 027 milliards, tandis que les émissions mondiales de CO₂ passent de 9,46 à 34,04 milliards de tonnes. Les émissions augmentent nettement en niveau, mais moins vite que le PIB : il faut distinguer dissociation relative et baisse absolue.

  2. Document 2 (p. 9). Le texte mobilise les débats sur la rareté des ressources et rappelle qu’une ressource renouvelable peut aussi être surexploitée au-delà de sa capacité de régénération. Il fonde le raisonnement sur la limite du capital naturel.

  3. Document 3 (p. 9). Selon la FAO, les pertes forestières dues à la déforestation s’élèvent à 16 millions d’hectares par an en 1990-2000, contre 8 millions d’hectares d’expansion des forêts. En 2015-2020, les ordres de grandeur sont de 10 millions d’hectares déforestés et 5 millions en expansion : le solde reste négatif.

3. Plan détaillé proposé

I. La production économique est confrontée à la rareté et à la dégradation du capital naturel

  • Le recours aux ressources non renouvelables crée un risque d’épuisement ; les ressources renouvelables peuvent être prélevées plus vite qu’elles ne se régénèrent (document 2).
  • La déforestation réduit des services écosystémiques : biodiversité, absorption du carbone, régulation de l’eau et protection des sols (document 3).

II. Les pollutions et le réchauffement climatique menacent la croissance durable

  • Les activités économiques émettent des gaz à effet de serre et des polluants : en l’absence d’une prise en compte des externalités négatives, les coûts écologiques sont insuffisamment intégrés aux décisions privées.
  • Le document 1 permet d’établir la hausse absolue des émissions de CO₂ malgré une croissance du PIB plus rapide ; leurs effets sur le climat et la santé pèsent sur les possibilités de production futures.

4. Correction entièrement rédigée

La croissance économique correspond à l’augmentation durable de la production de biens et de services. Pour être soutenable, elle doit pouvoir se poursuivre sans compromettre les capacités des générations futures à satisfaire leurs besoins. Or toute production mobilise des ressources naturelles et peut altérer l’environnement. Les limites écologiques de la croissance désignent les contraintes liées à l’épuisement des ressources, aux pollutions et à la dégradation du climat ou des écosystèmes. Elles peuvent remettre en cause la possibilité d’une croissance durable.

En premier lieu, la croissance repose sur l’utilisation de ressources dont la disponibilité est limitée. Les ressources non renouvelables, telles que les énergies fossiles ou certains minerais, sont constituées de stocks qui ne se reconstituent pas à l’échelle des temps humains. Leur exploitation répétée réduit les réserves accessibles et peut augmenter leur coût d’extraction. Même les ressources dites renouvelables ne sont pas inépuisables : les forêts, les sols ou certaines populations de poissons se reconstituent à une vitesse limitée. Si les prélèvements dépassent durablement cette capacité de régénération, le stock de capital naturel se dégrade.

Le document 2 rappelle cette distinction fondamentale à propos des débats sur les limites de la croissance apparus notamment dans les années 1970. Une expansion continue de l’activité peut exercer des pressions croissantes sur les ressources et sur les écosystèmes. Il ne faut cependant pas conclure que toute croissance entraîne nécessairement, dans les mêmes proportions, l’épuisement de chaque ressource : les techniques, le recyclage et les substitutions peuvent modifier l’intensité matérielle de la production. La question décisive est celle de la capacité à préserver durablement les fonctions du capital naturel.

La déforestation donne une illustration concrète de cette contrainte. Les forêts fournissent du bois, mais elles abritent aussi une biodiversité importante, stockent du carbone et participent à la régulation de l’eau et des sols. Le document 3 indique qu’entre 1990 et 2000, la déforestation mondiale représente environ 16 millions d’hectares par an, contre 8 millions d’hectares d’expansion des forêts. Entre 2015 et 2020, la déforestation ralentit à environ 10 millions d’hectares par an, tandis que l’expansion atteint 5 millions d’hectares. Malgré cette amélioration, le solde de surface demeure négatif. La disparition de forêts peut dégrader des services écosystémiques indispensables à l’agriculture et à la qualité de vie.

En second lieu, les activités de production et de consommation sont à l’origine de pollutions et d’émissions de gaz à effet de serre. Quand une entreprise brûle des combustibles fossiles, elle supporte ses coûts privés de production, mais elle ne prend pas nécessairement en charge l’ensemble des dommages climatiques causés aux autres agents. Il s’agit d’une externalité négative. Si ces coûts ne sont pas intégrés dans les prix ou dans les décisions, l’activité émettrice peut se développer au-delà du niveau compatible avec la préservation de l’environnement.

Le document 1 montre l’ampleur de ce problème sur le long terme. De 1960 à 2018, le PIB mondial, exprimé en dollars constants, passe de 11 320 à 83 027 milliards, tandis que les émissions mondiales de CO₂ progressent de 9,46 à 34,04 milliards de tonnes. Les émissions sont donc multipliées par environ 3,6, alors que le PIB l’est par environ 7,3. Les émissions par unité de production mondiale ont diminué, ce qui traduit une forme de dissociation relative, mais les émissions totales ont continué d’augmenter. Une efficacité carbone améliorée ne suffit donc pas nécessairement à réduire la pression climatique globale.

L’accumulation des gaz à effet de serre contribue au réchauffement climatique, dont les conséquences peuvent pénaliser l’activité : sécheresses affectant l’agriculture, dégâts sur les infrastructures lors de catastrophes, difficultés d’approvisionnement en eau ou baisse de certaines productivités. D’autres pollutions peuvent nuire à la santé et dégrader les ressources nécessaires à la production. Ces coûts, parfois différés dans le temps, montrent que la destruction du capital naturel peut réduire les possibilités de croissance futures.

La croissance économique se heurte ainsi à des limites écologiques majeures. L’épuisement et la surexploitation des ressources, la déforestation et les émissions polluantes révèlent que la production dépend d’un capital naturel fragile. L’innovation et les politiques environnementales peuvent atténuer certaines pressions, mais la soutenabilité suppose que les dommages écologiques soient effectivement maîtrisés, et pas seulement que l’activité devienne relativement plus efficace.