SES · EC3 05 · CROISSANCE ÉCONOMIQUE

L’innovation face aux limites écologiques

Sujet national 2021, jour 2 – 21-SESJ2ME1 (annale reproduite)Voir le dossier officiel

EC3 05 · Sujet et correction

Le sujet

Vous montrerez comment l’innovation peut être une solution aux limites écologiques de la croissance économique.

Dossier documentaire à consulter : 12-14 du sujet de référence

Sources externes :dossier officiel

1. Comprendre la consigne

Le sujet demande une démonstration des mécanismes par lesquels les innovations de produit, de procédé ou d’organisation réduisent la consommation de ressources et la pollution. Le verbe « peut » appelle une réponse conditionnelle : l’innovation aide à repousser certaines limites, sans constituer une garantie automatique de soutenabilité.

2. Exploiter les documents officiels

Pour chaque document, repérez l’idée principale, relevez les données utiles et reliez-les explicitement au sujet. Les chiffres éclairent le raisonnement : ils ne remplacent pas l’interprétation économique ou sociologique.

  1. Document 1 (p. 12). Entre 2006 et 2015, l’indice des dépenses nationales de R&D consacrées à la protection de l’environnement passe de 100 à environ 172, contre environ 137 pour l’ensemble de la R&D. Il s’agit de dépenses, non d’une mesure des dommages écologiques évités.

  2. Document 2 (p. 13). L’OMPI présente les innovations énergétiques et la baisse des coûts de certaines technologies solaires et éoliennes. Le texte illustre la substitution possible aux énergies fossiles, mais les objectifs de déploiement et données historiques qu’il rapporte ne doivent pas être confondus avec des réalisations actuelles.

  3. Document 3 (p. 14). Les émissions homologuées moyennes des voitures neuves en France métropolitaine passent de 149,3 g de CO₂/km en 2007 à 110,6 g en 2017 (huit premiers mois de 2017), soit environ −26 %. Le document renseigne les véhicules neufs et non les émissions totales du parc routier.

3. Plan détaillé proposé

I. L’innovation permet de produire et de se déplacer en limitant certaines pollutions

  • Les innovations de procédés et de produits peuvent réduire l’énergie ou les matières nécessaires par unité produite ; illustrer par l’intensité des émissions des voitures neuves (document 3).
  • Les investissements orientés vers l’environnement soutiennent la découverte de solutions techniques : document 1, sans assimiler automatiquement R&D à résultat écologique.

II. L’innovation rend possibles des substitutions énergétiques et matérielles

  • Les technologies solaires et éoliennes se substituent, sous conditions, aux combustibles fossiles ; les améliorations de rendement et les économies d’échelle peuvent accélérer leur diffusion (document 2).
  • Les nouvelles techniques peuvent faciliter le recyclage, la réutilisation des matériaux et une gestion plus efficace des ressources ; rappeler que le résultat net dépend des usages, des politiques publiques et des effets rebond.

4. Correction entièrement rédigée

La croissance économique s’accompagne de besoins en énergie, en matières premières et en infrastructures qui peuvent dégrader l’environnement. Elle rencontre ainsi des limites écologiques : épuisement de certaines ressources, pollutions et réchauffement climatique. L’innovation, c’est-à-dire l’introduction effective de produits, de procédés ou de méthodes nouveaux ou sensiblement améliorés, peut contribuer à réduire ces pressions. Elle permet notamment de produire avec moins de ressources et de substituer des techniques moins polluantes aux techniques existantes.

Tout d’abord, les innovations de procédés améliorent l’efficacité avec laquelle les facteurs de production et les ressources naturelles sont utilisés. Une machine moins énergivore, une meilleure isolation ou un procédé industriel limitant les rejets peuvent diminuer la consommation d’énergie ou les émissions par unité produite. L’entreprise peut y trouver un intérêt économique lorsque les économies de matières ou d’énergie compensent les investissements nécessaires. Des normes environnementales ou des taxes sur les pollutions peuvent également renforcer les incitations à développer ce type de solution.

Le document 3 fournit un exemple de diminution de l’intensité polluante d’un bien : les émissions moyennes homologuées des voitures neuves en France métropolitaine passent de 149,3 grammes de CO₂ par kilomètre en 2007 à 110,6 grammes en 2017, soit une baisse d’environ 26 %. Cette évolution peut être liée à des améliorations des motorisations et à des changements dans les modèles vendus, mais également aux réglementations. Elle ne signifie pas que les émissions totales des transports ont diminué dans les mêmes proportions : celles-ci dépendent aussi du nombre de véhicules, de la distance parcourue et des conditions réelles d’utilisation.

La recherche et développement contribue à la découverte de ces nouvelles techniques. Le document 1 montre qu’en France, entre 2006 et 2015, l’indice des dépenses de R&D consacrées à l’environnement passe de 100 à environ 172, tandis que l’indice des dépenses totales de R&D atteint environ 137. L’effort de recherche environnemental augmente donc plus rapidement que l’ensemble des dépenses de recherche pendant cette période. Ce financement peut soutenir des procédés moins polluants, de nouvelles solutions de stockage ou des matériaux plus faciles à recycler. Toutefois, une dépense de recherche n’aboutit pas nécessairement à une innovation commercialisée, ni à un gain écologique immédiat.

Ensuite, les innovations peuvent rendre économiquement et techniquement possibles des substitutions entre sources d’énergie. L’utilisation de combustibles fossiles émet du CO₂ ; leur remplacement par des sources d’électricité faiblement carbonées peut réduire les émissions associées à la production énergétique. Le document 2 insiste sur la progression technologique du solaire photovoltaïque et de l’éolien, dont les rendements et les coûts ont évolué au fil des innovations. Lorsque ces technologies deviennent plus compétitives, leur diffusion s’accélère, ce qui facilite le remplacement d’une partie des capacités utilisant le charbon, le pétrole ou le gaz.

La portée environnementale de cette substitution dépend cependant du système énergétique dans son ensemble. La fabrication des équipements consomme des ressources, certaines énergies sont intermittentes et leur intégration nécessite des réseaux, du stockage ou d’autres moyens de flexibilité. Ces contraintes ne rendent pas les innovations inutiles : elles rappellent que le recul des limites écologiques repose sur un ensemble de solutions complémentaires plutôt que sur une technique unique.

L’innovation peut également contribuer à préserver les matières premières grâce à la réparation, au recyclage, à la réutilisation et à des conceptions de produits mobilisant moins de ressources. Elle peut ainsi diminuer certains prélèvements et prolonger la durée d’usage des biens. Néanmoins, un gain d’efficacité peut être partiellement annulé si la baisse du coût d’utilisation augmente la consommation : c’est l’effet rebond. Pour qu’une innovation réduise effectivement les pressions sur l’environnement, les économies réalisées par unité doivent être suffisamment importantes et ne pas être compensées par l’augmentation des volumes produits ou consommés.

L’innovation représente donc une réponse importante aux limites écologiques de la croissance économique : elle améliore l’efficacité des techniques, facilite la transition énergétique et favorise une utilisation plus économe des ressources. Sa contribution à la soutenabilité demeure toutefois conditionnelle. Les progrès techniques doivent s’accompagner d’incitations adaptées, de politiques environnementales et d’une réduction effective des dommages écologiques.