Introduction
Au début des années 1970, l’ordre construit après 1945 paraît encore solide. Les États-Unis et l’Union soviétique dominent un monde bipolaire, tandis que les sociétés occidentales bénéficient des progrès accomplis pendant les « Trente Glorieuses ». La croissance ralentit pourtant avant même le premier choc pétrolier. Le système monétaire de Bretton Woods se désagrège, la productivité progresse moins rapidement et la concurrence de l’Europe occidentale puis de l’Asie orientale réduit la prépondérance économique américaine. La détente entre les deux Grands masque aussi les fragilités du modèle soviétique.
La période allant du début des années 1970 à 1991 constitue un ensemble de remises en cause. Les chocs pétroliers de 1973 et de 1979 accélèrent une rupture économique. L’inflation, le chômage de masse, la désindustrialisation et la mondialisation mettent à l’épreuve les politiques héritées de l’après-guerre. Ronald Reagan et Margaret Thatcher privilégient la libéralisation, alors que Deng Xiaoping ouvre l’économie chinoise sans démocratiser son régime. La démocratie progresse en Europe du Sud et en Amérique latine, tandis que la révolution iranienne de 1979 affirme un islamisme politique hostile aux modèles occidentaux et communistes.
Ces transformations conduisent à la disparition du monde bipolaire. L’URSS ne parvient plus à financer sa puissance militaire ni à satisfaire les besoins de sa population. Les réformes de Mikhaïl Gorbatchev libèrent des forces politiques qui lui échappent. L’année 1989 voit à la fois l’effondrement des régimes communistes européens, la chute du mur de Berlin et la répression du mouvement démocratique chinois. En France, les présidences de Valéry Giscard d’Estaing et de François Mitterrand accompagnent les mutations du travail, des droits, de l’immigration, de l’éducation et des médias. Le thème permet ainsi de comprendre comment une crise des modèles économiques et politiques produit, entre 1970 et 1991, un ordre mondial et des sociétés profondément renouvelés.