Léon Blum arrive au pouvoir en juin 1936 porté par une forte attente sociale, mais son gouvernement doit très vite affronter des contraintes économiques sévères. Les hausses de salaires stimulent la demande au moment où l’appareil productif peine parfois à répondre. Les prix augmentent, les importations progressent et des capitaux quittent le pays. Le franc, resté dans le bloc-or plus longtemps que la livre ou le dollar, est surévalué. En septembre 1936, le gouvernement accepte finalement une dévaluation, coordonnée avec le Royaume-Uni et les États-Unis. Cette décision constitue un tournant, car elle reconnaît l’échec de la défense à tout prix du franc fort.
La politique économique du Front populaire est aussi contrainte par la confiance des investisseurs et par les capacités administratives de l’État. Blum refuse de contrôler strictement les mouvements de capitaux, craignant d’isoler la France. Au début de 1937, il annonce une « pause » dans les réformes sociales afin de stabiliser l’économie et les finances. Cette décision déçoit une partie de la gauche sans rassurer pleinement les milieux d’affaires. Le Sénat refuse en juin 1937 de lui accorder les pleins pouvoirs financiers. Blum démissionne le 21 juin. La coalition du Front populaire subsiste quelque temps, mais son élan politique est brisé.
La guerre d’Espagne ajoute une difficulté internationale majeure. Après le soulèvement militaire de juillet 1936 contre la République espagnole, une partie de la gauche française souhaite une aide directe aux républicains. Blum est personnellement favorable à leur cause, mais le Royaume-Uni redoute une extension européenne du conflit et plusieurs ministres radicaux craignent une polarisation intérieure. La France adopte donc la politique de non-intervention avec Londres. Dans les faits, l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste soutiennent massivement les nationalistes de Franco, tandis que l’URSS fournit une aide à la République. L’asymétrie de la non-intervention devient évidente.
Blum est donc pris entre fidélité au programme social, contraintes monétaires et montée des périls européens. Son gouvernement ne s’effondre pas à cause d’une seule réforme mal conçue. Il rencontre les limites d’une politique nationale conduite dans une économie ouverte, avec une coalition socialement et idéologiquement hétérogène. Son bilan reste contrasté : difficultés économiques réelles, recul politique dès 1937, mais héritage social durable et réarmement progressivement renforcé face à l’Allemagne. Le Front populaire apparaît ainsi comme une expérience décisive de démocratie sociale au moment même où l’environnement international rend la marge de manœuvre française de plus en plus étroite.
