Au début des années 1930, le fascisme italien est déjà installé depuis près d’une décennie. Benito Mussolini, nommé président du Conseil en octobre 1922 après la marche sur Rome, a progressivement détruit le régime libéral. Les lois dites « fascistissimes » de 1925-1926 suppriment l’essentiel des libertés politiques, interdisent les partis d’opposition et renforcent la dictature. Le Grand Conseil du fascisme, le Parti national fasciste et la police politique structurent le régime autour du Duce. La monarchie de Victor-Emmanuel III subsiste juridiquement, ce qui rappelle que l’État fasciste conserve certaines institutions anciennes au lieu de les abolir entièrement.
Le régime cherche à encadrer la société et à créer un homme nouveau fasciste. Les organisations de jeunesse, les cérémonies, les uniformes et le culte du chef doivent diffuser l’obéissance, le nationalisme et l’esprit guerrier. L’école et les médias sont étroitement surveillés. Sur le plan économique, le fascisme met en avant le corporatisme : patrons et salariés sont censés être organisés par branches professionnelles sous l’arbitrage de l’État, tandis que les syndicats libres sont supprimés. Dans les faits, le système protège largement l’autorité patronale et subordonne le monde du travail. Après la crise, l’État intervient davantage, notamment à travers l’IRI créé en 1933 pour reprendre des actifs bancaires et industriels.
La politique extérieure devient plus agressive. Mussolini veut transformer l’Italie en grande puissance méditerranéenne et coloniale. L’invasion de l’Éthiopie en octobre 1935, condamnée par la Société des Nations, marque une rupture. Les sanctions internationales restent limitées et renforcent le rapprochement avec Hitler. En 1936, Mussolini évoque un « axe Rome-Berlin ». L’Italie intervient également dans la guerre d’Espagne aux côtés de Franco. L’expansion impériale, longtemps présentée comme un objectif de prestige, devient donc un élément central de la radicalisation fasciste.
À la fin des années 1930, l’Italie se rapproche idéologiquement de l’Allemagne nazie. Les lois raciales de 1938 introduisent une discrimination antisémite d’État, alors que l’antisémitisme n’occupait pas auparavant la même place doctrinale qu’en Allemagne. Le pacte d’Acier de mai 1939 consolide l’alliance avec Berlin. Le fascisme italien demeure distinct du nazisme par son histoire, ses institutions et la place initialement moins centrale du racisme biologique. Il évolue néanmoins vers une dictature plus répressive, impérialiste et racialiste, dont l’ambition est de transformer durablement la société et de réviser l’ordre européen.
