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FICHE 72 / 76

1968 dans le monde : une constellation de contestations reliées par la jeunesse, les médias et la critique des autorités établies

L’année 1968 ne correspond pas à une révolution mondiale coordonnée. Elle voit pourtant surgir, dans des régimes très différents, des mouvements de contestation qui partagent certains langages. Aux États-Unis, la guerre du Vietnam et la lutte pour les droits civiques radicalisent une partie de la jeunesse. En Allemagne de l’Ouest, les étudiants critiquent l’autorité universitaire et la persistance d’élites compromises sous le nazisme. En Italie, mobilisations étudiantes et ouvrières annoncent un cycle social durable. Au Japon, des organisations étudiantes affrontent les autorités. Au Mexique, le mouvement universitaire est réprimé avant les Jeux olympiques. Au Mexique, la répression culmine le 2 octobre 1968 avec le massacre de Tlatelolco, quelques jours avant l’ouverture des Jeux olympiques de Mexico.

En France, Mai 68 combine révolte étudiante et plus grande grève générale de l’histoire du pays. En Tchécoslovaquie, la contestation emprunte une voie différente : il s’agit de réformer un régime socialiste depuis l’intérieur. Les contextes, les objectifs et les adversaires ne sont donc pas identiques. Ce qui rapproche ces mobilisations tient davantage à la transformation des sociétés : massification de l’enseignement supérieur, essor de la jeunesse comme groupe social identifiable, circulation internationale des images, critique des hiérarchies et remise en cause de formes traditionnelles d’autorité.

Les résultats immédiats sont contrastés. Certains mouvements échouent politiquement ou sont réprimés. D’autres accélèrent des transformations culturelles, sociales et universitaires qui deviennent visibles dans les années suivantes. 1968 ne met pas fin à l’État, au capitalisme ou au communisme. Il fragilise cependant l’idée selon laquelle la croissance économique ou la légitimité révolutionnaire suffiraient à obtenir l’adhésion des sociétés. Dans l’Est comme dans l’Ouest, le pouvoir doit désormais composer avec des aspirations plus individualisées et des formes nouvelles de mobilisation. La contestation devient elle-même une dimension de la recomposition de l’après-guerre.